L’ouverture d’un nouveau round de négociations à Alger n’est pas synonyme de signature de l’accord de paix par la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). Elle constitue un camouflet pour le Mali et le médiateur algérien.

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La semaine dernière, le Premier ministre Modibo Keita annonçait fièrement aux représentants de la classe politique et de la société civile que la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) parapherait l’accord d’Alger mercredi dernier. Depuis cette déclaration, il y a eu des démentis, des conciliabules, mais rien de concret relatif à l’accord proprement dit. C’est le statuquo car le grand coup que voulait réaliser le médiateur algérien s’est mué en un coup de massue. Non seulement la CMA dans son ensemble ne semble pas vouloir signer le document de paix mais aussi certaines têtes de proue de la coordination exigent l’ouverture d’une autre « fenêtre » pour plus de négociations sur ledit projet. Presque tout est à refaire et l’incertitude totale entoure l’avenir des régions du Nord du Mali. Les observateurs avertis de ce processus interminable ont déjà commencé à s’interroger sur les options susceptibles de débloquer la situation. Pour ce faire, la communauté internationale devra sortir le grand jeu en jouant carte sur table. D’ici là, la rencontre de cette semaine aura laissé des traces.

La volte face de la CMA entame la crédibilité de la médiation. En informant les autorités maliennes de la signature imminente de l’accord de paix par la CMA, l’Algérie pensait tenir le bon bout. C’était cependant compter sans l’imprévisibilité des rebelles extrémistes. Même si un nouveau round des négociations se tient présentement à Alger, l’objectif initial de ces échanges n’est pas prêt d’être atteint, tant les tergiversations perdurent. Ce qui suscite des questionnements sur l’aptitude de la médiation à diriger les débats et convaincre les séparatistes de la pertinence de l’accord. Un médiateur doit se distinguer par sa ruse et sa force de persuasion. Des qualités que ne semble  pas avoir l’Algérie et qui font regretter le président déchu du Burkina Faso, Blaise Compaoré.

Le revers de la médaille

Le médiateur en chef doit changer son fusil d’épaule pour réussir sa mission et éviter de se ridiculiser devant de simples mouvements armés. Surtout que la tournure des derniers événements atteste que la CMA n’accorde pas au voisin malien toute l’importance et la place qui lui revient dans la quête de la paix. Au contraire, les sécessionnistes accusent Alger de faire les jeux de Bamako en divisant les mouvements armés du Nord, à travers leur instrumentalisation.

L’Algérie doit éviter le piège des scissions au sein de la CMA. Cette dernière est aujourd’hui divisée. Le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) et la Coordination du peuple de l’Azawad (CPA) estiment qu’il faudrait signer l’accord d’Alger alors que les extrémistes du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) entendent continuer dans leur logique de rejet du document de paix. Cette divergence de positions entre les groupes constituant la CMA ne favorise un retour définitif de la paix. L’application de tout accord qui sera signé dans ces conditions posera problème en ce sens que les scènes de sabotage annihileront tous les efforts de paix. A l’issue du sommet de l’Union africaine en janvier dernier, le chef de la diplomatie Algérie, Ramtane Lamamra a confié à nos confrères de Jeune Afrique qu’au « niveau des parties maliennes, la médiation souhaite le regroupement plutôt que la fragmentation ».  Si la médiation est toujours dans cette logique, elle devra  s’atteler a la cohésion au sein de la CMA avant tout paraphe. Il faudrait que toutes les parties se retrouvent dans le texte final afin qu’il ne soit pas une feuille morte.

Finaliser le plus tôt possible un accord de paix global et définitif est l’ambition de Bamako. Les autorités maliennes croient en cette possibilité mais elles trouvent le temps d’attente de plus en plus long. En réalité, le régime d’Ibrahim Boubacar Keita, qui n’a pas le sort du septentrion entre ses mains, semble fatigué de ce cycle interminable de négociations. C’est pourquoi, de sources diplomatiques, le président IBK ne souhaitait pas la tenue d’une énième rencontre dont le but n’est pas de signer le document de paix. Ce nouveau round de discussions est à l’image des précédents pour le Mali: le pays subi au lieu d’agir.  IBK et son PM se contentent d’observer et noter. Sans pour autant maintenir la pression sur la communauté internationale. Au sommet de l’Etat, seul le ministre des Affaires étrangères multiplie les efforts diplomatiques pour que le Mali ne soit pas un spectateur résigné des décisions de la communauté des nations, mais plutôt un Etat engagé dans la poursuite de légitimes ambitions. Alger peut baliser le chemin de la paix à condition que le médiateur en chef invite la communauté internationale à prendre ses responsabilités face au faux rythme que les séparatistes imposent au processus de paix.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

Source: Les Echos