Comme un serpent à quatre têtes, même s’il n’atteint pas celui mythologique du wagadou Bida qui mangeait des jeunes filles, le nôtre se présente comme :

mali drapeau

– Le chiffre quatre attribuée à la femme dans nos coutumes, qui, se prostituant a accepté les cadeaux de son amant mais refuse de l’aimer parce qu’il a perdu la chefferie ;

– Les quatre régions du Mali en crise qui se flirtent en vue  leur autodétermination et ;

– Les quatre anciens présidents en vie qui n’ont rien à dire sur l’évolution de la situation même s’ils ont des compétences techniques et politiques pour contribuer à l’avènement de la paix définitive au Mali.

Tous les ingrédients sont réunis pour la désintégration du Mali si l’on n’y prend garde.

– La force française barkhane viole le serment moral des maliens depuis le dernier soldat ayant quitté le sol malien.  Cela, au profit d’un accord de coopération militaire ou de défense qui n’est pas peut-être ratifié par le Mali. Barkhane évolue dans le sahel sous prétexte d’une efficacité stratégique. Les intérêts de la France sont légitimement défendus par cette force pour le sahel. Mais au delà de cette légitimité, comment gérer les enjeux des intérêts stratégiques en jeux dans cette zone ? Le Mali a-t-il les moyens de contrôler la force Barkhane pour qu’elle aille vers l’intérêt unique du Peuple Malien ? Le gouvernement doit répondre à ces questions avant de commencer les négociations avec les groupes armés. Il ne s’agit pas de dire que la France est contre nous ou pour nous, mais comment faire converger les intérêts par des relations internationales solides et durable en ne  cherchant pas le gagnant-gagnant à tout prix  dans un temps minimal mais être réaliste et stratège.

– La MUNISMA, les Nations Unies, ce grand machin comme disait le grand. Que fait-il au Mali ? Oui il est là pour stabiliser le pays. Ne doit-il   pas aller au delà des résolutions ? Quelles sont les forces en présence de tout le monde ? Un pays qui envoie une troupe pour les Nations-Unies, c’est pour un intérêt précis. Ici au Mali les intérêts des forces qui composent la MUNISMA sont tellement divergents qu’il faut faire attention pour ne pas participer à des cacophonies. Le Tchad veut confirmer sa suprématie militaire ; le grand Nigeria veut aller plus vite pour battre l’Afrique du Sud ; les autres pays voisins c’est à jamais si çà arrivait à eux ? Les autres pays d’Asie, pour détrôner les européens dans la compétition autour des marchés et des ressources naturelles, l’Europe et les Etats Unis, doivent faire barrage à la Russie qui s’agrandit de jour en jour avec un Poutine intraitable.

Alors comment faire pour faire face à cette situation qui n’est pas favorable au Mali ? Faut-il mettre la MUNISMA entre parenthèse et s’adosser aux forces composantes ? Le Mali doit engager une analyse profonde de haut niveau capable de confirmer ou d’infirmer cette thèse.

– Le Mali lui-même, pays un et indivisible dans l’esprit de la plus grande majorité, mais quelle est la stratégie mise en place, en terme de feuille de route ou de diplomatie, pour être capable de maintenir le pays un et indivisible, si elle existe, cette stratégie est invisible ? Les accords paraphés ne parlent pas de stratégies ni de mécanismes bien élaborés. C’est seule une concertation bien organisée qui peut mettre en place cette stratégie. Mêmes ceux qui ont paraphé ces accords ne comprennent pas beaucoup le contenu fondamental qui est la régionalisation avec une bonne connotation de régionalisme et de fédéralisme. Les accords sont écrits en français, les concepts, les paradigmes ont des contenus plus ou moins fixes dès leur conception et à connaissance de cause. L’option néolibérale de la décentralisation opte pour un Etat très faible et un marché assez grand ; d’où l’éclatement des pays en mini ou morceaux, en vue d’affaiblir ces Etats et faire place aux multinationales et à la globalisation. La mondialisation ne marche pas avec des Etats centraux forts, le Marché ne va pas avec des règles rigides.  C’est pourquoi une régionalisation mal conçue aboutit forcement à un fédéralisme et l’ouverture d’un marché où le « renard sera dans le poulailler ».

Concertation- concertation, concertation, seule solution pour libérer le génie malien de résilience !

– Les groupés armés ou encore appelés rebelles, c’est un complexe de variété qui va toujours produire des générations variées et complexes. Ces groupes semblent mieux organiser en utilisant les instruments internationaux : la diplomatie, la communication, les droits des peuples tant revendiqués par les africains à la place des droits de l’Homme de l’occident dont la liberté individuelle est le principal objectif. Ce sont des groupes qui revendiquent la démocratie et le droit des peuples en fonction de leurs valeurs culturelles. Tellement légitime que la régionalisation prévoit la valorisation des pouvoirs locaux et le développement économique régional. Ces groupes sont liés les uns aux autres par les liens de parentés et d’hiérarchie sociale. La lutte des classes entre eux fait noyer le dialogue avec l’Etat du Mali. Ils ne sont pas les mêmes entre eux, un arabe n’est pas un arabe, un touareg n’est pas un touareg, un maure n’est pas un maure, un peul n’est pas un peul, etc. Ils se sont repartis les groupes comme certains villageois se répartissent les partis politiques lors des campagnes electorales en vue de bien « profiter » des retombés économiques de ces semblants d’élections démocratiques. Ils ont tout compris !

Pour faire face à cette situation il faut arriver à faire écarter les problèmes identitaires au profit des problèmes de développement en sachant que le développement ne peut pas se faire sans valeurs socioculturelles. On parle de quel développement ?

Voici le  serpent à quatre têtes, Faut-il couper une tête, deux têtes, tuer le serpent entier ou au nom de la diversité culturelle et biologique utiliser le serpent dans un écosystème géostratégique ?

SDF

Source: Le Canard de la Venise