Le Mercredi 1er Avril 2015 restera, à n’en pas douter, l’une des dates les plus importantes de l’histoire du Nigéria. Elle consacre la première alternance pacifique au pouvoir dans ce pays de plus de 177 millions d’habitants. Par cette élection bien réussie, le géant économique de l’Afrique est en passe de devenir la vitrine démocratique du continent.

président nigérian Goodluck Jonathan sommet onu nations unies

En effet, Goodluck Jonathan, au pouvoir depuis 2010, a accepté sa défaite bien avant l’annonce officielle des résultats, et félicité son rival, Muhammadu Buhari en des termes très élégants dans un esprit qui n’est pas sans rappeler le comportement historique du challenger d’IBK, Soumaila Cissé.

Goodluck Jonathan : « J’ai promis à ce pays des élections libres et justes. J’ai tenu parole. (…) Aucune ambition personnelle ne vaut le sang d’un Nigérian. » Jamais encore un chef d’Etat élu n’avait consenti à l’alternance dans toute l’histoire du pays. Par ce geste combien de fois « Faire Play » Goodluck a renforcé sa stature d’homme d’Etat.

Comment en est-on arrivé là ? L’idée de Bongo selon laquelle en Afrique on ne peut pas organiser les élections et les perdre n’a-t-elle pas été démentie ? Quelle leçon pour les  autres chefs d’Etat ? Voici une série de question que le citoyen lambda africain se pose.

Cette victoire de Muhammadu Buhari n’est pas forcément une adhésion à son programme, mais plutôt une sanction contre Jonathan pour avoir été incapable de lutter contre  la gabegie, le chômage, les inégalités, les universités en ruine, l’incapacité à lutter contre la secte Boko Haram.

La grande mobilisation du peuple Nigérian, en dépit des menaces de la secte islamiste Boko Haram, est le signe de son envie de changement et de la prise en main de son destin d’où cette expression d’un habitant de Lagos : « Le président a perdu, mais le Nigeria a gagné » et un autre d’ajouter : « cette alternance signale aussi la soif qu’ont les Nigérians de voir leurs élus enfin rendre des comptes ».

Par cette victoire claire, nette et limpide, feu le président Oumar Bongo Ondiba vient d’être démenti pour la 5e fois. L’Afrique montre à tous qu’on peut bien organiser des élections et les perdre. Ce fut d’abord le cas au Sénégal entre Abdou Diouf et Abdoulaye Wade d’une part et entre Abdoulaye Wade et Macky Sall d’autre part.

Ensuite entre Nicéphore Dieudonné Soglo et Mathieu Kérékou, le caméléon, au Benin. Et enfin, en Côte d’Ivoire entre Laurent Gbagbo Koudou et Alassane Dramane Ouattara. Cette victoire de Buhari sur Jonathan est celle de l’Afrique sur les afro pessimistes, celle de la démocratie sur la dictature.

Le Nigéria vient de donner une leçon à l’Afrique, un signal fort pour les pays aux élections truquées, aux plébiscites délirants, aux scores soviétiques, aux familles régnantes, pour ne jamais quitter le pouvoir. Vivement enfin que les peuples Africains prennent  leurs destins en mains avec des élections sans anicroches.

Youssouf Sissoko

Source: Inf@sept