L’organisation Etat islamique (EI) a mis en ligne, samedi 4 avril, une vidéo montrant ses soldats djihadistes à l’œuvre dans la destruction de la cité antique d’Hatra (1er siècle av. J.-C. – 1er siècle ap. J.-C.), en Irak, pays dont les frontières actuelles correspondent à celles de l’ancienne Mésopotamie. Cette vidéo de plus de sept minutes porte le titre : « Gouvernorat de Dijlah » (le Tigre, en arabe, fleuve qui baigne la région). Elle est signée : « Bureau de communication de l’Etat Islamique ; année 1436 [de l’Hégire, soit 2015, selon notre calendrier] ».

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La vidéo a-t-elle été tournée lors de la destruction annoncée d’Hatra, le samedi 7 mars à l’aube, alors que des habitants du voisinage signalaient une puissante explosion sur le site ? Ou bien après les faits eux-mêmes, comme ce fut le cas lors de la diffusion le 26 février du saccage du musée de Mossoul, qui aurait eu lieu fin janvier ? Rien ne permet de le dire.

Cité arabe de l’empire parthe, Hatra était un ancien carrefour caravanier prospère sur les routes de la soie et des épices. Ses grands temples étaient debout, et avaient été restaurés. Premier site irakien inscrit en 1985 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, cette ville était exceptionnelle à plusieurs titres : par son ampleur (324 hectares) ; par la hauteur de ses monuments (plus de quinze mètres pour le sanctuaire à double colonnade et fronton dédié à Shamash, le dieu Soleil) ; par la qualité de ses décors sculptés ; et par son état de conservation.

  • Le Premier ministre irakien Haïdar al Abadi a annoncé samedi que quiconque entrerait en infraction avec la loi serait immédiatement arrêté après les nombreux pillages et incendies constatés à Tikrit, au nord de Bagdad:. Une déclaration qui intervient donc trois jours après la reconquête de cette ville par l’armée, au terme d’une bataille d’un mois contre les combattants du groupe Etat islamique. Par ailleurs, le porte-avions américain USS Carl Vinson, l’un des plus puissants navires de guerre au monde, croise toujours dans le golfe persique avec quelque 60 avions de combat qui bombardent les positions de Daesh en Irak et en Syrie. On ne compte plus les coups portés par les combattants djihadistes au patrimoine artistique irakien. Mossoul, Nimrud, Khorsabad et Hatra ont notamment été prises pour cibles dans le nord. Hatra dont plusieurs monuments de la vieille ville, classée au patrimoine mondial de l’Unesco ont été détruits à coups de massue ou par des rafales de Kalashnikov, comme le montre une vidéo attribuée à Daesh mais mon encore authentifiée.

Une vidéo professionnelle

Techniquement très professionnelle, avec photo aérienne en ouverture, gros plans sur les saccages, à la masse et à la pioche, des statues et hauts-reliefs de cette ville monumentale en pierre de taille, cette vidéo est ponctuée de longues déclarations par les terroristes posant face à la caméra.

Turban noir, barbe fournie, sac à dos et gilet de combat, le premier s’exprime en arabe, kalachnikov en mains, pour rappeler la victoire totale de Mahomet :

« Après sa conquête de la Mecque, son premier acte a été de détruire les idoles. Je jure par le Dieu tout puissant qu’on va suivre son exemple. On attaque El Hadr [Hatra] pour appliquer la législation de Dieu. Dieu ne pardonne pas à ceux qui adorent un autre que lui. Nous suivons l’exemple de notre père Abraham et celui du prophète Mahomet. Merci à Dieu de nous avoir donné force et puissance et d’avoir permis aux soldats de l’EI d’éradiquer toutes traces des mécréants et athées, et d’appliquer la charia, la législation de Dieu. »

Et se moquant de l’organisation mécréante (l’Unesco) qui a qualifié la destruction de pièces archéologiques de « crime de guerre », un autre soldat ajoute : « Nous sommes là pour les détruire, on va détruire toutes les pièces archéologiques, vos sites, vos idoles, votre patrimoine, où que ce soit, et l’EI va gouverner vos pays, règnera sur vos terres ». Des déclarations entrecoupées de scènes de massacre, qui sont minutieusement mises en scène. Quand les figures sont trop hautes pour être atteintes à la masse, les terroristes font des cartons à la kalachnikov, jusqu’à ce qu’elles soient réduites en pièces.

Les protagonistes ne seraient pas irakiens

Les guerriers fanatiques qui se disent « envoyés par l’EI » et se mettent ainsi en scène ne seraient pas irakiens. Si l’on en juge par leur accent, « ils ne sont pas de la région, précise Fareed Yassen, ambassadeur d’Irak en France. L’un des deux premiers à s’exprimer est visiblement africain et l’autre du sous-continent indien. Le troisième avec sa manière de prononcer les “t” serait plutôt maghrébin. La production cinématographique est de toute première force, de gros fichiers dont on doit pouvoir tracer l’origine. »

En louant « Allahou Akbar » (« Akbar », dieu le plus grand), l’EI montre sa volonté de faire disparaître toutes marques de polythéisme et prône un retour au VIIe siècle de Mahomet, au sens littéral. Sans toutefois renoncer aux outils les plus performants du XXIe siècle pour servir sa propagande sur la scène médiatique mondiale dont il maîtrise parfaitement le fonctionnement.
Source: lemonde.fr