Le Sahel est, plus que jamais, au cœur d’une rude concurrence entre le Maroc et l’Algérie. Le royaume est de retour dans cette région, notamment après la visite du roi au Mali. Le voisin de l’Est tente de freiner cet élan. Il vient d’envoyer son chef de la diplomatie en périple en Mauritanie, au Mali et au Niger.

ministre algérien Affaires étrangères Ramtane Lamamra

Après la visite réussie, en septembre, du roi Mohammed VI au Mali, l’Algérie veut récupérer le terrain perdu dans ce pays. Son opposition à l’intervention militaire française et ses accointances avec certains groupes armés ne sont pas pour plaire aux nouvelles autorités. Pour renverser la vapeur, en sa faveur, Alger vient dépêcher son nouveau ministre des Affaires étrangères, à Bamako.

Après des entretiens avec le président Ibrahim Boubacar Keïta et son homologue malien, Ramtane Lamamra, a tenu un point de presse sur l’état des relations avec le Mali. Et au cours duquel, le Maroc y était fortement présent. C’est tout à fait naturel, les deux voisins ennemis se livrent une dure concurrence dans la région du Sahel.

L’Algérie n’a pas perdu de son influence dans la région

Devant un parterre de journalistes, le chef de la diplomatie algérienne a minimisé les analyses faisant état de perte d’influence de son pays au Mali, notamment après la présence du roi Mohammed VI, en tant qu’invité d’honneur, à la cérémonie d’investiture d’Ibrahim Boubacar Keïta. Lamamra a, bien entendu, rejeté ces lectures, accusant « certains medias » d’en être les responsables.

Ils « se sont arrangés, avec l’art consommé du sensationnel, pour créer une tempête dans un verre d’eau ». « Dans cette région saharienne, si avide en ressources hydriques, je crois que cela pouvait être, pendant un court moment, à la mode, mais cette mode devrait maintenant être dépassée », a-t-il ajouté.

Alger forme des unités de l’armée malienne

En dépit de ses propos moqueurs, le ministre des Affaires étrangères n’a pas tari d’éloges sur les efforts de son pays dans la résolution de la crise malienne, rappelant au passage que la contribution de l’Algérie « n’était ni mineure, ni accessoire, mais elle était significative ».

Ramtane Lamamra a révélé que son gouvernement « participe à la formation, à l’équipement et à l’opérationnalisation d’un certain nombre d’unités des forces armées des trois pays du champ (Mali, Mauritanie, Niger) ». Une participation qui, selon lui « est à la fois un devoir et un investissement sur la sécurité collective ».

Rabat réplique par une réunion de la CENSAD

Deux jours après la fin du périple de Lamamra en Mauritanie, au Mali et au Niger, le Maroc a répliqué par la tenue, ce lundi à Rabat, de la réunion des membres du CENSAD (Communauté des Etats sahélo-sahariens), consacrée à l’examen des questions de la sécurité, de la gouvernance et du développement. C’est la deuxième du genre après la rencontre du 4 juin 2012. Le royaume aspire à jouer un rôle prépondérant dans cette région. Son intégration à ce groupement est un atout, sachant que l’Algérie ne siège pas au sein de la CENSAD.

Le 30 août, à l’occasion de la première réunion des ambassadeurs du Maroc, le roi Mohammed VI a invité « la diplomatie à accompagner assidûment cette orientation, par le développement de nos relations bilatérales avec les pays subsahariens, par une contribution efficace aux actions de la Communauté des Etats Sahélo-Sahariens, CENSAD, notamment à la définition des nouvelles missions dévolues à ce rassemblement ».