Son opération de vente promotionnelle commence aujourd’hui.

marche mouton tabaski 2013

Comme nous le disions dans notre édition du vendredi dernier, depuis quelques semaines, la fièvre du mouton monte progressivement à Bamako au fur et à mesure que s’approche la fête de la Tabaski. Depuis  près de 5 ans, le ministère de l’Elevage et de la Pêche à travers le Programme d’appui au développement de l’élevage dans le Sahel occidental (PADESO) organise une opération de vente promotionnelle de moutons dénommée «Opération Tabaski». Année après année, cette opération s’est avérée être une pertinente initiative permettant d’atténuer la spéculation et la hausse des prix qui caractérisent le marché du mouton à  l’approche de la Tabaski.

L’opération sera encore au rendez-vous cette année malgré la situation économique et sécuritaire difficile qui prévaut dans le Sahel depuis plus de deux ans. L’opération de vente promotionnelle se veut une opportunité très appréciée par les travailleurs des services publics et des sociétés privées qui en constituent également la principale clientèle. Les achats sont généralement groupés et il y a la possibilité de payer par tranches. Certains éleveurs acceptent même de livrer les moutons à crédit à long terme aux agents des services publics.

Pour cette année, l’opération débute aujourd’hui. Il s’agit de la cinquième du genre. Les moutons proposés proviennent toujours des riches pâturages du Sahel occidental, zone encadrée par le PADESO : Nioro du Sahel, Diéma, Nara, Dilly, Guiré, Sokolo, Nampala et les zones de pâturage N°1 et N°2 du Sahel.

Le coordinateur du PADESO, Bakary Koné, rappelle que le but de l’opération est de stabiliser les prix des moutons sur les différents marchés de la capitale en réduisant la spéculation autour des bêtes. Selon lui, pour cette année, près de 30 sociétés coopératives et de groupements d’éleveurs du Sahel vont proposer aux consommateurs de la capitale plus de 5000 animaux. Et comme les autres années, ce sont les éleveurs eux-mêmes qui seront là en contact direct avec les clients. Sans « coxeurs », ces intermédiaires qui alimentent la spéculation sur les marchés traditionnels.

En même temps qu’elle permet de proposer aux Bamakois des moutons à des prix raisonnables, l’opération vise à améliorer les revenus des agro-éleveurs du Sahel occidental par la promotion et le développement durable de la filière de production animale. Et en plus de l’aspect commercial,  l’opportunité est offerte aux éleveurs de procéder au déstockage de leur cheptel, ce qui favorise l’accroissement rapide du cheptel, explique Bakary Koné.

Les moutons sont vendus dans une fourchette de prix variant entre 25. 000 et 100. 000 Fcfa, selon la catégorie. Comme lors des éditions précédentes, trois choix sont proposés aux acheteurs. Le premier choix est constitué des plus gros béliers. Ceux-ci sont marqués avec la couleur verte et sont cédés entre 75.000 et 100.000 Fcfa. Le deuxième choix concerne les béliers moyens, identifiables à leur marquage jaune et dont les prix varient entre 50.000 et 75.000 Fcfa. Les moutons classés en troisième catégorie coûtent entre 50.000 et 25.000 Fcfa. Leur marque d’identification est le rouge.

L’opération est désormais décentralisée sur plusieurs sites :  le stade municipal de l’Hippodrome en Commune II du District de Bamako, à l’annexe du terrain « Chaba » à Lafiabougou (Commune IV), le stade municipal Souleymane Mory Coulibaly à Torokorobougou (Commune V) et le stade municipal de Sogoniko (Commune VI).

Pour la première fois depuis son lancement, l’initiative s’étend à une autre ville que Bamako. Le choix a porté sur Kayes sur la base du constat que le marché du mouton dans la « capitale des rails » comme à Bamako, est soumis à une forte pression à l’approche de la Tabaski. Comme ici dans la capitale, les spéculateurs infiltrent le marché rendant les moutons inaccessibles aux bourses moyennes.  A Kayes, l’opération  est basée au marché de Kayes N’Dy.

En plus de cette opération de vente promotionnelle, le ministre délégué auprès du ministre du Développement rural, chargé de l’Elevage, de la Pêche et de la Sécurité alimentaire, soucieux de l’approvisionnement correct du marché, a pris des dispositions particulières. Dans une communication verbale passée en Conseil des ministres du mercredi, le département analyse que la fête de Tabaski occasionne de fortes tensions et une grande spéculation sur les marchés de grande consommation, notamment ceux du District de Bamako, malgré l’existence de plus de 3 millions de têtes, pour un besoin de consommation estimé à environ 1 million de têtes pour l’ensemble du pays.

« Malgré ce potentiel, le niveau d’approvisionnement des marchés des principales villes reste faible, occasionnant un renchérissement du prix du mouton à l’occasion de la Tabaski, créant ainsi une véritable psychose chez le consommateur moyen pour l’obtention du mouton de Tabaski. Les principales raisons évoquées à cet état de fait, sont entre autres : la perception abusive de taxes municipales journalières de 50 Fcfa par tête et par jour, les entraves aux déplacements des animaux par l’occupation abusive des pistes de passage des animaux, les nombreuses barrières de sécurité sur les axes routiers occasionnant le paiements de nombreuses taxes sauvages, les tracasseries et le coût exorbitant du transport des animaux.

Selon le secrétaire général du département, Mody Kanouté, pour faire face à ces difficultés majeures, le ministère a pris les mesures nécessaires. Ainsi, en plus de l’opération du PADESO, il a, en collaboration avec le département de la Sécurité, décidé l’apposition sur les véhicules de transport de moutons en règle, d’un laisser-passer visible pour éviter leurs arrêts intempestifs sur les axes routiers. Il a aussi été décidé la suspension temporaire (15 jours avant la fête) de l’arrêté n°039/M-DB portant règlementation de la circulation et du stationnement des gros porteurs dans le District de Bamako. Cette dérogation permettra aux camions transportant les moutons d’accéder en permanence aux points de vente du District.

Les mairies ont également été sollicitées pour suspendre la perception des taxes municipales sur les moutons, 15 jours avant et 15 jours après la fête. Ces mesures, selon Mody Kanouté visent surtout à faciliter l’approvisionnement correct de Bamako en moutons, assurer une maitrise des prix en évitant des pénuries et en réduisant la spéculation. Ces mesures particulières sont rassurantes, mais leur impact réel sur le marché sera fonction de leur application effective sur le terrain. Il sera toujours loisible de le vérifier dans les jours à venir.

D. DJIRE

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