En dépit des multiples défis auxquels le Mali est confronté, le pouvoir en place veut ouvrir un autre front pour détourner l’attention du peuple sur son incapacité à lui offrir des lendemains meilleurs. Pour permettre à IBK, dont les chances sont très minces de se faire réélire à la présidentielle de 2018, les constitutionnalistes recrutés à tour de bras et certains ténors de la mouvance présidentielle seraient déjà en réflexion pour tripatouiller la Constitution, afin de prolonger de deux ans supplémentaires le mandant de l’actuel président. Reste à savoir si les Maliens vont courber l’échine, après avoir barré la route à ses devanciers qui avaient manifesté cette volonté d’aller au-delà du mandat constitutionnel de cinq ans.

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Avec le mécontentement général qui se profite déjà à l’horizon, le poids de l’âge du chef de l’Etat et la récupération des déçus du régime par l’opposition qui est en train de gagner du terrain, il n’est pas certain que le président IBK gagne la présidente de 2018.

Et depuis, l’idée de faire passer le mandant présidentiel à sept (7) ans, uniquement pour IBK alimente les causeries dans certains milieux politiques. La réflexion aurait déjà commencé avec le recrutement des constitutionnels qui ont mis le feu à la case dans certains pays pour un tel passage forcé.

Pourtant, l’idée d’une révision constitutionnelle ne date d’aujourd’hui. Le président IBK a été le premier à parler de la lecture des textes fondamentaux de la République dans une de ses adresses à la nation. La même idée a été reprise par le Premier ministre Moussa Mara lors de sa Déclaration de politique générale (DPG) en mai dernier devant les députés. Et, si après, une année tumultueuse à la tête de l’Etat, on aborde cette épineuse question de la modification de la Constitution malienne, il n’y a rien de surprenant. Sauf, pour ceux qui ne suivent pas l’évolution politique de notre pays et qui ne prêtent pas souvent une attention particulière aux déclarations de leurs hommes politiques.

Selon des sources concordantes, la principale modification viserait l’Article 30 de la Constitution de 1992 qui fixe le mandat présidentiel à cinq (5) ans renouvelable une seule fois. Le changement de Constitution, qu’on compte faire, portera le mandat présidentiel à sept (7) ans. Il s’appliquera uniquement à IBK, si la loi venait à être adoptée.

Ce forcing à la Wade, l’ancien président du Sénégal, qui a passé tout son temps à modifier le mandant présidentiel pour se maintenir au pouvoir, risque de rencontrer de la résistance. D’une part, du côté de l’opposition qui n’attend plus jouer les seconds rôles. Et d’autre part, du côté du peuple qui ne souhaite pas que quelqu’un souille la mémoire des victimes des événements de mars 1991. Mais du côté des tenants du pouvoir, ils sont persuadés que rien ne peut les empêcher de sauter le verrou constitutionnel qui fixe le mandat présidentiel à cinq ans. Ils pensent qu’avec leur majorité à l’Assemblée nationale la loi passerait comme une lettre à la poste. Ils placent aussi l’espoir sur les partis qui vont désormais constituer la plate-forme de la mouvance présidentielle.

Du côté de la société civile, ils comptent s’appuyer sur les membres de certaines organisations qui participent déjà à des missions de l’Etat et ceux qui ont bénéficié des nominations dans des structures mises en place par l’Etat.

Yoro SOW

SOURCE: Inter De Bamako  du   8 sept 2014.