L’armée malienne est entrée jeudi à Kidal. Un retour fort en symboles dans cette ville du nord du Mali longtemps privée de présence étatique. Un détachement malien d’environ 300 soldats a été escorté par les Casques bleus de l’ONU.

Après six ans d’absence, l’armée malienne est entrée dans la ville de Kidal, jeudi 13 février. Parti lundi de Gao, un contingent de 240 soldats maliens est arrivé dans la ville du nord du Mali, escorté par des Casques bleus de l’ONU.

L’information a été confirmée par la Minusma, la mission de l’ONU au Mali. Impliquée dans l’opération, elle a publié des photos d’une colonne de véhicules dans un paysage dénudé et poussiéreux à l’entrée de Kidal selon elle, après trois jours de piste au départ de Gao, à environ 200 km au sud.

Ce retour marque une victoire symbolique pour l’État malien, qui s’emploie à restaurer son autorité dans le Nord, et une étape encourageante dans la mise en oeuvre de l’accord de paix conclu entre Bamako et les rebelles touaregs en 2015, qui prévoit une plus grande autonomie pour les Touaregs en échange du retour des forces maliennes dans la région.

Il est aussi supposé donner l’exemple de la réconciliation dans le pays en guerre depuis 2012. Les unités entrées dans Kidal, dites “reconstituées”, comprennent d’anciens rebelles intégrés dans l’armée malienne conformément à l’accord de paix d’Alger de 2015.

Multiples insurrections

Le Mali est confronté depuis 2012 aux insurrections indépendantistes, salafistes et jihadistes et aux violences intercommunautaires qui ont fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés. Parties du nord du pays, les violences se sont propagées au centre et aux pays voisins, le Burkina Faso et le Niger.

Kidal, à 1.500 km au nord-est de Bamako, est un bastion culturel touareg et le berceau historique des clans les plus influents. C’est aussi une région qui a été marginalisée depuis l’indépendance malienne et où sont nées les différentes rebellions touareg.

L’armée malienne n’y avait pas repris pied depuis mai 2014. Une visite du Premier ministre de l’époque, Moussa Mara, avait donné lieu à des combats qui s’étaient soldés par sa lourde défaite face aux rebelles.

Coordination des mouvements de l’Azawad

Kidal est depuis contrôlée par la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), alliance à dominante touareg d’anciens groupes armés rebelles. La CMA est signataire de l’accord d’Alger de 2015 avec une alliance de groupes armés progouvernementaux, appelée la Plateforme.

Les conditions du déploiement des forces maliennes “reconstituées” à Kidal a fait l’objet de mois de négociations entre la CMA, l’État malien et les partenaires étrangers de celui-ci.

La situation de Kidal est aussi une source de fortes crispations pour les voisins du Mali qui y soupçonnent ou y dénoncent des alliances entre séparatistes et jihadistes. Pour eux, Kidal a servi de base arrière aux attaques jihadistes.

Kidal donne aussi lieu à des accusations contre la responsabilité imputée à la France, en raison de ses liens présumés avec les rebelles touareg, dans la situation particulière de la ville. Ces accusations apparaissent dans les discours hostiles à la présence française, de plus en plus audibles ces derniers mois.

Avec AFP et Reuters

Source: france24