Plus que jamais, la crise sécuritaire qui sévit au Mali depuis quelques années a atteint son apogée. En plus des autres attaques, les récents massacres de nos soldats à Boulkessy et à Indelimane ont fait couler beaucoup d’encres mais surtout de larmes. La France longtemps sollicitée et longtemps présente dans les opérations anti terroristes dans le Sahelistan semble désormais pour beaucoup ne pas être la solution. Ils sont nombreux ces maliens, qui tout en soutenant notre Armée regardent le globe terrestre et essayent d’y trouver le pays qui auprès de nous sauvera le nôtre. Dans cette recherche, beaucoup pointent du doigt la Russie de Vladimir Poutine. Et pensent que le succès de l’homme fort du Kremlin en Syrie peut se répéter au Mali. 

 

Pour beaucoup  de pays, l’indépendance et la souveraineté commencent par l’absence de soldats et de bases étrangères sur leur sol. Tout peuple fier se sent très mal à l’aise en voyant sur son territoire des soldats et d’autres forces étrangères. Hélas au Mali, nous sommes longtemps arrivés là, nos forces armées perdant souvent de repères sur leur propre sol. Au Mali nous sommes aujourd’hui contraints d’accepter l’idée d’une présence militaire étrangère comme la rançon de l’échec de nos dirigeants à préserver les attributs de notre souveraineté. Et cela notamment et surtout dans les volets défense et sécurité. L’état et le peuple malien se lancent aujourd’hui dans la recherche de partenaires crédibles autre que la France, déjà désavouée par beaucoup, pour former notre armée et la préparer à mieux affronter le terrorisme. Beaucoup de maliens pensent qu’il est déjà temps de nous affranchir de la tutelle française. Mais le problème n’est pas si simple. Le Mali ressemble aujourd’hui à cette jeune fille bouleversée qui regarde çà et là, et après une expérience douloureuse avec la France ne sait pas à qui se confier.

 

Les objectifs de la France et du Mali se sont vite séparés à l’entrée de Kidal

La France étant le premier à être sollicitée avait pourtant un bon début pour séduire le Mali. Ce premier prétendant bien équipé et disposant de moyens financiers était bien entré dans la danse en repoussant rapidement l’avancée des djihadistes. Mais les objectifs de la France et du Mali se sont vite séparés à l’entrée de Kidal. Avec amertume, le peuple malien a vite compris que la France ne fait pas honnêtement le jeu. Il a aussi compris que malgré la présence de la Minusma, de Barkhane et  autres la donne ne change guère. Au contraire.

Le deuxième prétendant tant souhaité est la Russie du puissant Vladimir Poutine. Surtout que son armée auprès d’Assad en Syrie a démontré son efficacité. Mais le Sahel n’est pas la Syrie. Et bien qu’ayant des expériences dans la lutte contre le terrorisme, surtout avec la guerre de Tchétchénie, il n’est  pas exclu que l’armée russe puisse avoir des difficultés dans le Sahel. La lutte contre le terrorisme exclut parfois l’aviation, l’un des moyens le plus utilisé en Syrie. Mais  même si une  ingérence russe est nécessaire dans la résolution de la crise malienne, on ne doit pas perdre de vue que la Russie ne doit  pas être adepte d’une immixtion dans les affaires maliennes. Aussi, avec l’intervention russe et son influence, on peut  craindre le retour vers des systèmes autocratiques d’hommes forts à la Poutine en Afrique qui, protégés par la Russie surtout en cas de succès militaire, s’accrocheront au pouvoir. Et sans jamais penser à céder démocratiquement le pouvoir au nom d’une prétendue stabilité. Ce dont l’Afrique a déjà de trop. Protégés par le Tsar russe nos autocrates africains peuvent être capables d’organiser des alternances à la Poutine et malheureusement comme toujours, nous  n’aurons que nos gros yeux pour pleurer.

Le Mali dispose encore de vaillants soldats 

Le troisième prétendant et le plus crédible à notre avis était et reste l’armée malienne. C’est à elle et à elle  seulement que le pouvoir et le peuple malien doivent se marier. Cette armée, certes  aujourd’hui peu performante parce que mal gouvernée et  dirigée, est la seule qui sauvera le Mali.  Car l’Armée malienne est liée au peuple malien.

Aussi, nous ne devons pas douter que le Mali dispose encore de vaillants soldats. Mais la société malienne doit aider son armée de se débarrasser de la hiérarchie militaire bourgeoise pleine de généraux et de colonels nommés parfois sans mérite et qui pensent plus à leur bien-être. Et beaucoup de la hiérarchie militaire ne sont pas prêts à mourir pour la nation malienne, utilisant l’armée pour une vache laitière avec des faux contrats d’équipement militaire surfacturés. Nous devons aussi renforcer nos services de renseignement en les ramifiant. Les terroristes utilisent nos opérateurs téléphoniques pour les communications. Donc ces derniers doivent apporter leur soutien dans les opérations de renseignement.

Toute aide  militaire russe est souhaitable. L’aide peut être technique mais pas politique. Ce qui est bien difficile. Dans ce monde actuel, personne ne viendra mourir gratuitement chez nous pour nous défendre. Nous devons  comprendre que toute ingérence militaire étrangère a un prix  à  payer. Et ce prix est parfois beaucoup plus cher que celui qui devait être payé si nous nous organisons nous  même. Certes, la menace terroriste a atteint un tel degré au Mali que l’existence du pays même comme entité souveraine est menacée et, puisque que seuls nous n’arrivons pas à  tenir le coup, la priorité est de trouver des partenaires crédibles qui puissent permettre à notre pays de faire face au  péril  djihadiste. Mais cela avec intelligence et attention.

Seguemo Kassogué

Source: L’Evènement