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Guerre contre le terrorisme: ceux qui bloquent l’armée

Le Mali doit-il faire le deuil de son ambition de gagner par lui-même la guerre contre les ennemis narco-séparatistes, narco-terroristes et narco-djihadistes ? Sur la ligne de front, de drôles de choses n’incitent pas à l’optimisme. Après la mutinerie des femmes de soldats qui s’opposent à l’envoi de leurs guerriers de maris au front prétextant un manque d’équipement qu’on impute à la hiérarchie et aux auto commis par des éléments des forces de défense et de sécurité. Dans les deux cas, les faits sont gravissimes ; dans les deux cas, les révélations n’ont pu être démenties.

Après la soustraction frauduleuse, par le régisseur, de 32 pistolets mitraillettes dans les magasins de la Police à Sévaré, c’est la grande muette qui est obligée de reconnaître par euphémisme qu’elle a failli être victime d’un cambriolage de son magasin d’armement.

Affaire des 33 PM de la Police
33 PM servant à la dotation miliaire des forces de police dans la zone d’insécurité de Mopti ont miraculeusement disparu au commissariat. L’affaire éclate lors de la passation de service en juillet dernier entre le commissaire rentrant Boubacar Sidiki Fané et le sortant Ousmane Sow qui fait porter le chapeau à son magasinier, l’Adjudant de Police Lassana KEITA, qui depuis, a filé à l’anglaise. Dans un communiqué de presse relative à la perte d’armes au Commissariat de Police de Mopti, le directeur général de la police confirme les faits et annonce des sanctions disciplinaires :

« À la suite des informations publiées le 08 octobre 2019 dans les colonnes d’un journal de la place, relayées sur les réseaux sociaux, faisant état de disparition de 35 Pistolets Mitrailleurs (PM) au magasin d’armement du Commissariat de Police de Mopti, la Direction Générale de la Police nationale apporte des éclaircissements ci-après :
En effet, le 03 juillet 2019, au cours de la passation de service entre les Commissaires entrant et sortant de la ville de Mopti, il a plutôt été constaté la disparition de trente-trois (33) Pistolets Mitrailleurs contrairement à trente-cinq (35) annoncés dans ledit journal.
Aussitôt, une enquête administrative a été ouverte au niveau de l’Inspection Générale de la Police nationale.
Le magasinier incriminé, l’Adjudant de Police Lassana KEITA, actuellement en fuite, fait l’objet d’une enquête judiciaire ouverte à son encontre au niveau de la Brigade d’investigations Judiciaires (BIJ). De même, une procédure administrative de licenciement est engagée contre lui.
L’enquête administrative ouverte au niveau de l’Inspection Générale de la Police nationale se poursuit en ce qui concerne le Commissaire sortant et le Directeur Régional de la Police nationale de Mopti, en vue de faire toute la lumière sur cette affaire.
Le Directeur Général de la Police nationale sait compter sur la bonne compréhension de la population et invite toutes les forces de sécurité à s’engager pour retrouver le présumé auteur et les armes. »
En attendant, la saint glinglin, le commissaire sortant, Ousmane Sow, et le Directeur Régional de la Police nationale de Mopti, n’ont à ce jour, écopé d’aucune mesure conservatoire. Le premier a été déplacé à Ségou et le second reste gaillardement en poste ! Comment des armes de guerre peuvent-ils sortir, comme par magie, du magasin alors que celui ou ceux qui ont la clé, sont connus de tous. En attendant la réponse, personne ne conteste les indiscrétions selon lesquelles, certaines de ces armes soustraites du magasin de la police de Mopti ont servi dans pour perpétrer des massacres contre de paisibles populations à Ogossagou, qui a fait plus de 100 morts.
Les voleurs, les complices et les receleurs de ce crime de vol d’armes seront-ils un jour identifiés, appréhendés et traduits devant la justice pour leur faire rendre gorge ?

Affaire de vol de PM de l’armée
Dans un post très embarrassant, l’armée évoque une « tentative de vol d’armes à la DMHTA » : « Le samedi 12 octobre 2019, un caporal, chef de poste adjoint à la DMHTA, a tenté de voler des armes. Mais grâce à la vigilance des autres hommes de garde, ce coup a pu être déjoué. L’intéressé avait pu enlever 95 PM de type ZASTAVA et 8 FSA pour les placer dans son véhicule juste avant qu’il ne soit découvert.
Malheureusement, il a pu s’enfuir, mais il a laissé sur place son véhicule avec lesdites armes au nombre de 103. Les enquêtes sont en cours. »
Concédons à la grande muette son mutisme, surtout qu’il n’est ni aisé ni acceptable de reconnaître qu’en temps de guerre et sur la ligne de front, on pioche dans son magasin d’armements comme sur une table de pique-nique. De quoi s’agit-il ?
En fait, de tentative de vol, il ne s’agit pas d’une première.
Le Caporal de l’armée malienne en question, selon plusieurs sources relayées sur les réseaux sociaux, avait déjà réussi à voler et vendre plusieurs centaines d’armes de guerre de la dotation de Famas à un groupe armé évoluant dans la région de Mopti. Selon les mêmes sources, à l’inventaire, on découvre qu’il a vendu plus de 400 PM, 5 mortiers, 10 LRAC.
C’est lors de cette énième tentative de soustraction frauduleuse d’armes de guerre que le Caporal a été démasqué et appréhendé dans sa fuite pour rejoindre le Burkina Faso.

Affaire de drogue au sein de l’armée
Dans sa circulaire N° 1199 du 17 septembre 2019, le Chef d’état-major général des Armées appelait en ces termes la hiérarchie militaire à « l’application stricte du Statut général des militaires et du Règlement de discipline générale (qui) s’impose à tout chef militaire faisant face à des cas avérés de consommation ou vente de drogues et de vols, afin de sauvegarder « l’intégrité et l’honneur » des FAMa qui font partie de leurs valeurs cardinales :
«Il m’a été donné de constater que ces derniers temps, beaucoup de nos militaires sont auteurs ou complices de cas de vols, mais aussi de consommation ou vente de stupéfiants. Ces phénomènes, de nature à ternir l’image des Forces armées Maliennes et de Sécurité (FAMa), sont en train de gangrener nos casernes et impacter négativement les familles des militaires.
La présente circulaire a pour objet d’attirer l’attention de tous les chefs sur ces fléaux, afin que les militaires placés sous leurs ordres soient sensibilisés le plus largement possible. L’impunité et le manque d’autorité sont des facteurs aggravants de ces phénomènes qui pourraient avoir des conséquences néfastes sur le succès de nos opérations ».
En cette période de menace terroriste qui exige de notre part une vigilance accrue, combien de fois nos hommes déployés sur le terrain n’ont-ils pas été « surpris » par l’ennemi qui après son forfait expose triomphalement à la face du monde son butin de guerre : nos équipements militaires abandonnés par nos hommes ? Nos hommes dit-on grâce auxquels nous sommes en sécurité, grâce auxquels nous dormons tranquillement et grâce auxquels nous nous permettons de critiquer !

Extirper la mauvaise graine
Chacun doit dans ces conditions se demander et s’inquiéter comment dans ces conditions, avec une armée de voleurs et de drogués, le Mali pourrait-il gagner la guerre contre ses ennemis et se défendre de lui-même.
Heureusement, tous les soldats du Mali ne sont pas à l’image de cette soldatesque d’opérette «auteurs ou complices de cas de vols, mais aussi de consommation ou vente de stupéfiants ». Oui, pour notre optimisme, l’armée malienne regorge d’honorables, dignes et loyaux soldats, véritablement engagés pour la défense de la patrie, qui se battent et se sacrifient au quotidien pour le Mali. Dieu merci, contrairement à ceux qui se cachent derrière leurs épouses et aux mauvaises graines de fils à papa, les vrais soldats du Mali sont les plus nombreux. Sur eux, la Nation pourrait fonder sa survie.
Sans vouloir trop remuer outre mesure le couteau dans la plaie, ceux qui (peut-être de bonne foi) ont accablé la hiérarchie militaire et les autorités en les traitant de tous les noms d’oiseaux pour n’avoir pas mis nos soldats dans les conditions et de n’avoir pas payé les équipements militaires sont désormais édifiés. En tout cas, ces affaires de vol d’armements dans les magasins des forces de défense et de sécurité et drogue dans nos casernes prouvent trois choses. Primo, qu’il existe malheureusement des mauvaises graines (des déserteurs, des voleurs et des drogués) au sein de forces armées et de sécurité qu’il faut vite extirper au risque de gangrener nos troupes en cette période de guerre. S’il le faut, à travers la Cour martiale.
Secondo, que les autorités et la hiérarchie militaire ont souci et sont investies dans l’acquisition d’équipements militaires. Les magasins de l’armée et de la police sont bien approvisionnés d’armes qui sont simplement volées et vendues par des militaires et policiers apatrides qui normalement doivent être fusillés parce que leur acte n’est rien d’autre qu’une trahison de l’armée et de la nation.
Tertio, que contrairement à la manipulation et à la désinformation, que l’effort consenti par l’État dans l’acquisition d’équipements militaires est tout simplement dilapidé par les hommes eux-mêmes. À ceux qui disent que les soldats sur la ligne de front n’ont pas d’arme, la réponse logique est désormais : il ne peut y avoir d’armes pour la simple et bonne raison que les armes acquis à prix d’or et sur la sueur du contribuable malien sont soit volées et vendues à l’ennemi soit abandonnées à l’ennemi.

Par Sidi DAO

Source: info-matin

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