Une réunion de la dernière chance afin de relancer le G5 Sahel s’est déroulée à Nouakchott le 2 juillet 2018 en présence d’Emmanuel Macron. Elle a été précédée par deux attentats sur le QG de la Force militaire conjointe à Sévaré (centre Mali) et sur la force Barkhane dans la région de Gao. La Mauritanie a par ailleurs fait monter les enchères relevant qu’il y avait encore trop de failles à corriger dans la sécurité.

Pourquoi le G5 Sahel et en particulier sa force militaire conjointe peinent à s’imposer. Quelles sont les perspectives auxquelles il faut s’attendre ?

Le G5 Sahel est un cadre institutionnel de coopération créé en 2014 regroupant cinq pays (Mauritanie, Mali, Burkina-Faso, Niger, Tchad). Il a pour but de créer les conditions de sécurité et de développement de la zone sahélienne afin de faire face au défi terroriste et à la croissance démographique de la zone. Il comporte trois composantes essentielles : sécurité, défense, développement.

La composante sécurité a été la première mise en avant par la France. Il s’agit de développer les échanges d’informations policières opérationnelles sur la criminalité organisée, transfrontalières, terrorisme et trafics en tous genres. Le projet de plate-forme de coopération en matière de sécurité créé en 2015 végète toujours. Cette composante se heurte à de fortes résistances de la part des services de renseignement. Dans cette région d’Afrique, le culte du secret domine.

La composante défense concerne la création d’une force militaire conjointe afin de lutter contre les groupes djihadistes. Elle a été annoncée en grande pompe par Emmanuel Macron en juillet 2017 à Bamako. Elle a fait l’objet d’un long et laborieux processus de financement par la communauté internationale, toujours sous l’impulsion de la France, non abouti aujourd’hui. Le scepticisme, les réticences de la communautés internationale, les freins politiques et les déficiences opérationnelles du dispositif sont expliqués dans un article sur le blog Défendre la Défense intitulé « l’illusion de la force militaire conjointe du G5 Sahel ». A force de vouloir aller trop vite et de lui fixer des objectifs inatteignables, cette force conjointe a été mise en situation opérationnelle délicate sans être prête ni matériellement, ni moralement.

La composante développement concerne en particulier l’Alliance Sahel lancée par la France et l’Allemagne, mécanisme de renforcement de la coordination des partenaires pour une aide plus rapide au G5 sahel. À ce jour, des financements ont été promis de manière temporaire et bilatérale. Malheureusement, les aides au développement du continent africain depuis soixante ans ont échoué et la corruption y est souvent endémique. Les investisseurs du monde entier, qu’ils soient publics ou privés hésitent donc à y investir et le feront avec parcimonie. Loin de se combler, la pauvreté africaine augmente annuellement d’autant plus que la démographie galopante y efface les quelques gains de croissance.

La force militaire du G5 Sahel n’est pas une solution mais peut devenir un problème et il ne faut pas se bercer d’illusions en pensant qu’elle pourra un jour prendre la suite de l’opération Barkhane. Dans le contexte actuel, il y a un risque certain d’enlisement de cette dernière. La sécurité passe par une diplomatie de pression sur l’Algérie et le Mali qui freinent un retour de la paix au nord Mali. Seule l’ONU est capable d’une telle action et notre diplomatie doit être orientée dans ce sens. C’est à cette seule condition qu’une coalition militaire puissante pourra être mise en place et éradiquer le terrorisme dans la zone.

La composante développement du G5 Sahel, la seule viable de mon point de vue, doit être malgré tout poursuivie et amplifiée en combattant énergiquement la corruption et les détournements, en espérant une efficacité à long terme afin de fixer les populations dans leur milieu et maîtriser l’immigration vers l’Europe. Nous n’avons pas d’autre choix.
En attendant, il apparaît inévitable de prendre des mesures drastiques d’empêchement de l’immigration massive de court et moyen terme.

 

Source: bvoltaire