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Mali : le MNLA déçu par la conférence d’entente nationale

Le MNLA se dit déçu de la Conférence d’entente nationale, qui se tenait à Bamako fin mars Le mouvement touareg, l’un des principaux acteurs de l’accord de paix d’Alger de 2015, s’impatiente et durcit son discours.

Bilal Ag Acherif secrétaire général mnla cma cpa

La Conférence d’entente nationale, qui se tenait du 27 mars au 2 avril 2017 à Bamako, était attendue. Elle était censée aboutir sur une charte de réconciliation, qui au final, n’a pas vu le jour. Et du côté du MNLA, mouvement touareg qui participe à la Coalition des Mouvements de l’Azawad, aux côtés du Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) et du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA), la déception est palpable.

L’organisation a pourtant un poids symbolique et politique majeur et reste une des parties importantes de l’accord de paix d’Alger de 2015. Pour Mossa Ag Attaher, porte-parole du MNLA, joint par téléphone par Jeune Afrique, la conférence a tourné à la « cérémonie folklorique ». Chacun des cadres du mouvement revenu chez soi, qui au Maroc, qui au Burkina, après des déplacements nombreux, fait savoir son sentiment. « Aujourd’hui, peu de choses ont changé et chaque partie agit de son côté » tranche pour sa part Bilal Ag Cherif, secrétaire général du MNLA. Qui en vérité, ne se faisait pas tant d’illusions sur l’issue de la Conférence.

Les déceptions sont grandes dans nos rangs et dans le Nord, les gens perdent espoir.

Aujourd’hui, le langage du leader touareg, se fait légèrement plus clivant qu’avant la conférence. De nouveau, Ag Cherif appelle à discuter du « statut politique de l’Azawad ». S’il le fait, c’est parce que la situation sécuritaire l’y oblige assure-t-il en substance. Et à ceux qui, au Mali, sont étonnés de ses sorties, il répond : « Certains disent que nous sommes d’accords avec l’idée d’un Azawad sans « fonds politique » et bien sûr, cela est totalement faux. » Ag Attaher assure de son côté que « les déceptions sont grandes dans nos rangs et que dans le Nord, les gens perdent espoir, l’impatience se fait sentir chez les jeunes qui se sont soulevés en 2012 », comme pour légitimer un changement de ton.

L’insécurité, la faute à qui ?

À Bamako, on s’est aussi questionné autour du voyage de représentants du MNLA au Tchad. Ag Cherif a rencontré le président Idriss Déby le 10 mars dernier, comme pour se redonner une stature. « Le Tchad est l’un des pays les plus importants en Afrique centrale, et son président s’est donné un rôle important au sein de la Minusma et du G5. C’est normal que le contact soit maintenu », justifie l’intéressé. « Nous avons présenté au président tchadien la situation et lui avons demandé d’insuffler un nouveau souffle aux négociations » dit Ag Attaher, qui assure que Idriss Déby a promis de réfléchir à de nouvelles formes de réunion.

Le MNLA semble notamment inquiet, à l’instar de nombreux autres acteurs politiques maliens et internationaux, de l’insécurité galopante. « Les retards dans la mise en œuvre de l’accord sont le premier facteur, la première raison de cette situation » assure Ag Cherif. Ag Attaher complète : « La multiplication de groupes qui rejoignent le comité de suivi est préjudiciable à la situation sécuritaire. » Le MNLA serait-il inquiet de voir ses ouailles quitter le navire ?

Ce sont souvent des scissions des mouvements de la CMA qui exigent aujourd’hui d’être admis à la dynamique de mise en place de l’accord d’Alger, signés par la CMA, la Plateforme (loyaliste) et Bamako. Ag Attaher assure que ce n’est pas de cela qu’il est question. « N’importe quel mouvement peut devenir membre du comité de suivi de l’accord. Cela enraie son exécution et la mise en place des autorités intérimaires, dont un des rôles est de rétablir la sécurité. »

C’est un cercle vicieux, plus on s’attarde, plus des petits groupes apparaissent.

À en croire les membres du MNLA, toutes les tribus et toutes les régions essaient aujourd’hui de s’imposer et polluent les discussions entre les principaux partenaires. Il cite en exemple la ville de Tombouctou, dont un membre de la CMA, Boubacar Ould Hamadi, devait présider le Conseil régional, prévu par l’accord. Ce dernier a dans un premier temps été refusé par des groupes locaux, indépendantistes ou loyalistes, notamment le Congrès pour la justice dans l’Azawad, formé par des anciens du MNLA et qui se veut une représentation des Kel Ansar, une confédération touareg, suscitant des blocages dans l’installation des autorités intérimaires jusqu’au début du mois de mars. Et suscitant de multiples accrochages. « C’est un cercle vicieux, car plus on s’attarde, plus des petits groupes apparaissent, dont chaque partie espère pouvoir se servir » se plaint Ag Attaher.

Ag Ghali, le débat

Enfin, il y a le cas Iyad Ag Ghali, figure historique du mouvement touareg malien devenu chef jihadiste et créateur du groupe Ansar Eddine, avec qui le MNLA est entré en conflit en 2012 après une alliance. Ce dernier est apparu début mars comme le leader d’un nouveau groupe affilié à Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) : Jamaât Nasr al Islam wa al mouminin.

« Pour nous, au vu de la difficulté déjà immense de faire avancer le processus de paix, il est impossible d’y adjoindre en cours de route un nouvel acteur aussi radicalisé que lui » déclare Ag Attaher, qui ajoute : «Les valeurs du MNLA sont difficilement conciliables avec ce que Ag Ghali met en avant comme discours. »

Mais ce dernier sait bien que, dans la CMA, tous ne sont pas forcément du même avis. Ag Cherif n’est aujourd’hui plus président par intérim de la CMA. Il a été remplacé à ce poste par Alghabass Ag Intalla, « avec qui nous travaillons dans la plus grande entente », précise-t-il. Ce dernier, secrétaire général du HCUA, ainsi que d’autres cadres de la CMA, est passé par Ansar Eddine. « Ils sont nombreux à avoir un tout autre regard sur cet homme. Un regard très différent du nôtre. Ils aimeraient le voir à la table des négociations », concède Ag Attaher, qui ne préfère pas citer de noms. La Conférence d’entente nationale, a recommandé au gouvernement d’entamer un dialogue avec le jihadiste.

Source: jeuneafrique

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