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PROBLEMATIQUE DE LA GESTION DE LA CRISE MALIENNE : Pas de paix sans reconnaissance de soi comme l’autre !

Il est une certaine pratique qui ne peut servir qu’à temporiser les faits. Dans la gestion de la crise malienne, nous avons l’impression qu’on a oublié les priorités en s’attelant à des pratiques qui ne peuvent que coûter cher à l’existence même de la nation tout entière. Des indépendances à nos jours, que de rébellions ! Mais chaque fois résolue à travers la signature d’accords dans lesquels certaines couches sociales se voient défavorisées, contribuant ainsi à la pérennisation des crises dans le pays. Nous trouvons qu’il n’y a pas de possibilité d’instaurer une paix durable, tant que les citoyens ne s’acceptent dans la multiplicité.

La paix est devenue le maitre mot dans les pays du Sahel, voire dans le monde entier et plus particulièrement au Mali en ce 21e siècle. Ne faut-il pas dire d’ailleurs depuis que le monde a été laissé à lui-même ou entre les mains de ses maîtres incontestés, les capitalistes. Nous savons que cette problématique a toujours préoccupé les hommes et cela depuis l’Antiquité. Toutes les sociétés ont pratiquement connu les guerres tribales. Ce qui sous-entend que les hommes n’ont jamais su cohabiter ensemble dans une parfaite harmonie.

Hier comme aujourd’hui, tout ce problème relève du fait que les hommes ne voient que leurs propres intérêts. Ce n’est que le soi qui l’emporte sur le multiple, pour eux. On a envie de dire d’ailleurs que nous n’assistons qu’à des guerres identitaires. Mais est-ce juste ou relèverait-il d’une mauvaise interprétation de l’identité qui implique la multiplicité ? En effet, la crise qui préoccupe plus d’un au Mali aujourd’hui, a des racines profondes dans le temps, remontant notamment depuis la colonisation comme a tenté de nous faire comprendre des écrivains comme Choguel Kokalla Maiga et Issiaka Ahmadou Singaré dans leur livre coécrit « Les rébellions au Nord du Mali : des origines à nos jours ». Un livre sans équivoque, intéressant, qui attribue la persistance de ces crises à leur mauvaise gestion dans le temps par les pères de cette nation.

À y regarder d’une autre part, à la lecture du tapuscrit, on ne peut que tenir la France pour responsable par la discrimination qu’elle avait eu à instaurer entre les Arabo-Berbères et les Négro-Africains, dont certains, étaient privilégiés par le système d’une administration directe alors que pour d’autres c’était indirect. Les privilégiés n’accepteront jamais de se voir perdre leurs privilèges dans les temps à venir. En nous en tenant à cette explication, nous ne pouvons qu’accuser la France d’être l’auteur des maux du Mali, comme ne cesse de le faire l’Initiative de la société civile malienne dénommée Jiriba Koro.

Les temps ont évolué. Nous ne pouvons plus continuer à subir le poids de ces mentalités, de ces pratiques. L’âge de la colonisation est révolu. N’est-il pas vrai que le Mali est indépendant depuis le 22 septembre 1960 ? Alors, il s’agit maintenant pour le Mali et les Maliens de s’assumer. Chose impossible tant que nous ne nous reconnaissons pas comme étant du même père et de la même mère. La confiance en soi, au-delà de toutes les considérations discriminatoires, est assez importante pour le retour d’une paix durable au Mali. Pour ce faire, ne convient-il pas de noter que la signature de multiples accords ne constitue que des chemins de diversion ?

Les accords ne serviront à grand-chose tant que les uns et les autres se verront marginaliser par lesdits documents créant ainsi d’autres maux. De mal en pis, le pays deviendra ingouvernable et, faudrait-il le craindre, l’instauration d’un régime de règlement de comptes se verra être la bienvenue. Retour à « l’état de nature » de ce célèbre intellectuel anglais, Thomas Hobbes. C’est la loi du plus fort qui sera le principe de gouvernance. Cela constituera une perte totale du peu de souveraineté que possède encore l’État malien.

Ces faits nous rappellent directement le Projet de paix perpétuelle d’Emmanuel Kant, intellectuel allemand, selon lequel la paix recherchée ne peut se réaliser que lorsque les contractants des traités de paix auront réellement la volonté de tenir leur promesse. Or, pour que cela se fasse, il convient d’embrasser le sens que donne Tariq Ramadan, islamologue Suisse, ou Adam Bâ Konaré, épouse de l’ex-président de la République du Mali, Alpha Oumar Konaré, au concept d’identité.

Selon tous ces deux écrivains, l’identité ne renvoie pas uniquement à l’unicité dans le sens de la reconnaissance de soi en tant que possesseur d’une valeur ethnique déterminée. L’identité va au-delà de ce simple fait pour embrasser la multiplicité. C’est là où nous pouvons nous rendre compte de tous les bienfaits de l’identité. Elle est alors constructiviste, dans le sens où chacun se reconnait dans l’autre. La première des choses à tenir compte dans ce genre de contexte serait de faire en sorte de montrer à tous les citoyens maliens qu’ils ont une seule et unique identité, mais qui est multiple ? N’est-ce pas dans ce sens-là que Adam Ba Konaré nous faisait savoir : « Mon identité obéit, si l’on veut, à la théorie des cercles concentriques. J’ai ainsi la faculté de naviguer entre ces différentes identités en fonction des circonstances. Je me replis dans chaque cercle, si besoin est, pour affronter des difficultés ou quand cela m’arrange. Je trempe, au gré des circonstances, tantôt dans l’ethnie peule pour y puiser la malice ou la finesse, tantôt dans l’ethnie bamanan pour y prendre le bon sens ou la franchise brutale, et tantôt dans la culture française pour en tirer la rationalité intransigeante. Je suis donc capable d’être tour à tour peule, bamanan, française, tout comme je peux être à la fois de tous ces peuples, par un processus d’intégration. »

La reconnaissance de soi ne consiste dès lors pas à se comprendre comme simplement Peule, Bambara, Dogon, Songhraï, Tamasheq, etc. ; mais à se reconnaitre dans ce tout. Sans cette forme de reconnaissance conduisant à l’acceptation par les uns et les autres de leurs semblables malgré leurs différences, la paix tant cherchée à travers les textes ne servira à rien d’autre si ce n’est de gaspiller des sommes colossales et embourber davantage le pays dans un précipice pitoyable.

La paix n’est pas préalablement un geste, elle est de prime abord intérieure, d’aucuns diront psychologique. Sans reconstruction de cet intérieur fracturé depuis la nuit des temps, aucune tentative d’instauration de paix durable ne sera valable. Pour ce faire, il faudrait songer à une rééducation citoyenne orientée vers cet objectif. Pour parler comme Jean Jacques Rousseau, homme de lettres françaises, s’adressant aux éducateurs ou aux parents, apprenons à se connaitre les uns les autres, car très assurément nous ne nous connaissons point. Nonobstant toutes les difficultés auxquelles nous pourrons être confrontés sur cette voie, elle constitue la meilleure parce que la paix qui s’instaurera à partir de sa réussite, même si elle ne sera pas perpétuelle, elle sera de longue durée. « Quand il se présente à la culture scientifique, l’esprit n’est jamais jeune. Il est même très vieux car il a l’âge de ses préjugés », nous apprenait Gaston Bachelard, intellectuel français. Ces propos décrivent à merveille les difficultés auxquelles il faudrait s’attendre dans cette entreprise de refondation des mentalités.

Fousseni TOGOLA

Source: Le Pays

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