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Processus de paix : Accord et désaccords

Depuis 3 mois, le processus de paix est suspendu à la guerre hégémonique et sans-merci que se livre la CMA et la Plateforme, deux mouvements armés signataires de l’accord de paix, autour de la gestion de Kidal et des questions de leadership entre Ifoghas et Imghad. La mise en œuvre de l’accord, qui devait progressivement entrer en vigueur cet été, est actuellement au point mort, sans que l’on ne sache vraiment si ce document connaitra un jour un début d’application.

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« Le territoire de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) se résume aujourd’hui à l’intérieur de Kidal, et ça renforce ma conviction que plus la CMA s’affaiblit, plus on va vers la paix », déclare Fahad Al-Mahmoud, secrétaire général du Groupe d’autodéfense Touareg, Imghad et alliés (GATIA). Pour lui, le conflit qui oppose GATIA et CMA ne remet pas forcément en question l’accord de paix. « Je pense que c’est l’une des causes, mais pas totalement. On a fait la paix à partir d’Anéfis et l’accord n’a pas beaucoup bougé, donc je ne pense pas que ce soit le seul frein », affirme-t-il. Bien que la situation autour de Kidal soit relativement calme ces derniers jours, le GATIA encercle toujours la ville, contrôlant et interdisant l’accès à tout véhicule et chargement venant de Gao, et cantonnant la CMA dans cette unique espace urbain, sous protection de la MINUSMA et de la force Barkhane, enjeu des conflits qui ont agité la région ces 3 derniers mois. À l’intérieur de la ville, la CMA se réorganise massivement pour préparer sa riposte, tandis que la Plateforme, tenue à distance par des forces internationales intransigeantes, attendrait le moment opportun pour prendre Kidal. « Si Gamou, aidé par le Mali, veut négocier, pas de problème. Mais s’il monte par la force, ce sera le début de la 5ème rébellion touareg ! L’accord sera à l’eau et nous, on ne se reconnaitra plus dans cet accord. Ce sera l’éclatement général », affirme ce cadre militaire de la CMA.

Un accord en danger ? Pourtant, selon nos informations, la CMA soutiendrait toujours l’accord et ne compterait pas en quitter le cadre. Même si, à Kidal, le message qu’elle fait passer aux habitants ainsi qu’aux combattants les plus radicaux, pour les gagner à sa cause, prône l’indépendance et un refus de l’accord. Dimanche dernier, ses dignitaires se sont réunis en secret pour choisir les personnes qu’ils présenteront aux futures autorités intérimaires. « Ils veulent rester dans le cadre de l’Accord d’Alger, essayer de revenir à la paix et éviter la guerre. Ils disent que cette guerre ne les arrange pas parce qu’en réalité ce sont des Touaregs qui se battent entre eux. Ils peuvent combattre mais ils ne veulent pas le faire parce que cette guerre est manipulée par d’autres qui veulent vraiment que l’accord ne soit pas appliqué », explique Souleymane Ag Anara, photo-journaliste basé à Kidal. Pour certains observateurs, les trafiquants de drogue et, par certains aspects, la communauté internationale, ne verraient pas dans leur intérêt que l’accord soit appliqué. « Car pour ces gens, ça entretien le business », affirme une source locale. Pour ce diplomate proche du dossier, « les évènements qui se jouent actuellement dans ce conflit entre signataires, ne peuvent remettre en question l’accord, parce que c’est un compromis dont les garants sont la communauté internationale et les pays du champ ».

Néanmoins, les défections nombreuses au sein de la CMA, dont beaucoup de membres ont rejoint la Plateforme, sont un signal pour certains observateurs que l’Accord pour la paix et la réconciliation signé le 20 juin 2015 n’est plus viable. Car la CMA qui y a pris part et qui était en position de force, est aujourd’hui fragilisée, et que le GATIA, actuellement décrié par la communauté internationale, a débauché nombres d’acteurs du camp adverse, signataires de l’accord, changeant par là même toute la donne. « C’est vrai qu’il y a eu beaucoup de défections du côté de la CMA, des notables, des chefs de factions, des officiers, des combattants, mais les figures emblématiques, les Ag Najim, Ag Haoussa, Ag Intalla, elles, n’ont pas bougées. Je pense que ce qui se passe, à défaut de déranger l’accord, ne vas pas l’arranger. Le danger, c’est que ça peut amener une autre guerre qui va durer et que les gens ne maitriseront pas », analyse ce proche des mouvements.

Ce conflit larvé entre les deux belligérants pour obtenir la chefferie de Kidal, ne serait pas la raison profonde qui pourrait entraver la mise en œuvre de l’accord de paix. « Ce qui se joue au fond, autour de ces évènements, c’est la difficulté de l’émergence d’une citoyenneté nationale pour ces groupes. Certaines sociétés touarègues arrivent difficilement à concevoir que leur antériorité nobiliaire soit dissoute dans la citoyenneté malienne, alors qu’aujourd’hui ils ont pris conscience de leur puissance économique et de leur intégration dans l’État », explique le Dr Naffet Keïta, anthropologue et chercheur.

Vers une porte de sortie ? Actuellement, les négociations pour un retour à la paix semblent au point mort. Les leaders du GATIA à Bamako ne mènent aucune négociation avec ceux de la CMA. « Ils ne s’appellent pas, ils ne se concertent pas. Il n’y a aucune médiation en cours, tout les préparatifs qui se font, se font dans l’optique de la guerre », révèle cette source proche du GATIA. Selon nos informations, les autorités nigériennes seraient en train de travailler à l’organisation d’une réunion, au Niger, pour relancer les négociations et faire cesser le conflit, mais on ne sait pas à l’heure actuelle si cette rencontre se tiendra, car l’Algérie n’y est pas favorable.

La difficulté pour un retour à la paix semble se trouver dans la capacité à concilier les agendas des différentes parties. Celui du GATIA qui veut occuper des responsabilités, celui du gouvernement, qui souhaite que tout les Maliens demeurent libres et égaux en droit et en devoir, et celui de la CMA, qui veut continuer à conserver sa position de leadership à Kidal. « Notre problème avec les Ifoghas est à côté de l’accord. Le processus d’Alger n’a pas pris ça en compte, malgré que nous ayons plaidé pour cela. Je pense que les acteurs doivent tout mettre en œuvre pour trouver une solution à ce problème », explique le secrétaire général du GATIA. « Il n’y aura pas de négociations qui auront des résultats tant que les autorités seront favorables aux miliciens et que nous serons dans cette position. Il faut absolument mener des actions politiques pour arranger les choses. Si ce problème avec le GATIA ne peut pas être résolu politiquement, alors nous l’élimineront militairement », rétorque ce cadre militaire de la CMA.

La balle, aujourd’hui, semble dans le camp du gouvernement malien, conscient de ces enjeux locaux, mais inaudible depuis 3 mois. Il devra conduire une médiation entre ces parties pour un nécessaire retour à la paix, car si l’on n’y prend garde, l’opposition entre CMA et GATIA pourrait basculer dans une guerre civile.

 

 

Source: journaldumali

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