Transport urbain à Gao : Les motos tricycles en pôle position

A la sortie du grand marché de Gao, à quelques encablures de la Mairie, la principale place de stationnement des motos tricycles. Les conducteurs de ces engins hybrides y sont constamment à l’affut de clients qui se présentent au compte-goutte. Le compte est déjà bon pour le conducteur en tête de la file. Sa moto fait le plein de passagers et est prête à partir. Une bonne dizaine de femmes sont installées à l’arrière de son engin. Elles sont assises sur des bancs, bébé dans les bras pour certaines. Les dames semblent s’accommoder du confort tout relatif qu’offre les tricycles, elles entretiennent la causerie. Ces discussions aux allures de rituel quotidien pour les dames.

 

«Chaque jour, j’emprunte les tricycles pour transporter mes produits au marché. Nous venons, tôt le matin, avec nos marchandises à raison de 500 Fcfa pour le trajet aller-retour», témoigne Magna Tiégoum, une commerçante installée dans un de ces engins.  Pour la marchande qui vient de «Djidara», un quartier à environ cinq kilomètres du marché, l’avènement des tricycles est salutaire pour les femmes. «Avant, nous utilisions les charrettes pour le transport de nos produits des jardins au marché. C’était pénible et il fallait se lever très tôt pour être à temps», argumente la commerçante.

 DES TELENOVELA AUX RUES DE GAO – Par leur grand nombre, les tricycles sont, désormais, considérés comme «les maitres » de la circulation routière dans la ville de Gao. Les moto-tricycles, sous d’autres cieux, «Katakatani», (onomatopée tirée du bruit de leur moteur), sont communément appelées «Barbarita» par les habitants de la Cité des Askia. «Barbarita», drôle d’appellation, comme on en a le secret à Gao, pour des engins aussi rustiques.  «C’est le prénom de l’héroïne d’un célèbre feuilleton diffusé à la télévision nationale vers 2006. C’est dans cette série que certaines personnes ont vu, pour la première fois, les motos tricycles. Donc le nom de l’héroïne est resté collé aux tricycles», explique Daouda Abdoul Karim, conducteur de tricycles depuis cinq  ans. Il est également le secrétaire général de l’Association des «Barbarita Kalo Lakalo», l’une des cinq associations de conducteurs de tricycles à Gao.

Cette douce dénomination des tricycles, à Gao, est trompeuse. Ces engins polyvalents sont utilisés pour tous les travaux herculéens. En plus du transport de personnes, ils effectuent  celui des marchandises et de matériaux en tout genre : bois, sable ou encore ferraille. Ils sont, désormais, indispensables dans bien de secteurs de la vie économique à Gao.

L’histoire d’amour entre les populations de Gao et ces engins de fabrication chinoise ne date pas d’aujourd’hui. «A Gao, nous avons connu les «Barbarita», pour la première fois, vers 2006. Ils étaient, à l’époque, avec les ouvriers chinois qui travaillaient sur le chantier du pont de Wabaria», se souvient Daouda Abdoul Karim. Mais pour le conducteur de tricycles, de la poignée de motos utilisées par les ouvriers chinois, le nombre de tricycles en circulation a nettement augmenté aujourd’hui.  Il est difficile d’en déterminer le nombre exact à Gao.  Les Associations de conducteurs n’hésitent pas à avancer le chiffre proche du millier d’engins en activité. Impossible à vérifier ! Nombre de conducteurs n’étant pas liés aux associations. Un recensement entrepris par la mairie de la Commune urbaine, en 2016, avait répertorié 75 engins en  circulation, à l’époque.  Mais, selon le secrétaire général de la Mairie,  on avoisine les 160 tricycles, actuellement  en circulation dans la ville de Gao.

EMPLOIS POUR LES JEUNES – La grande majorité des conducteurs de tricycles sont des jeunes au chômage qui voient l’activité comme une opportunité d’emploi. «C’est une moto facile à conduire et qui plait beaucoup  aux jeunes à Gao. Ils préfèrent conduire et faire des courses pour avoir de quoi apporter à la maison, le soir, plutôt que de passer la journée dans un grin», soutient Halidou Soumana, président de l’Association des conducteurs de «Barbarita». Son association, la plus importante de la ville, compte pas moins de 90 conducteurs. Même si, selon Halidou Soumana, la plupart des jeunes ne possèdent pas de moto à leur propre compte, mais  louent les engins entre 2.000 et 2.500 Fcfa, par jour, avec les propriétaires.

En 2008, un projet de l’Agence national pour l’emploi (ANPE) avait offert des tricycles à quelques volontaires pour le transport des personnes. Même si ce projet de l’ANPE  a fait long feu, il marque le début du phénomène «Barbarita» à Gao, notamment, pour le transport urbain des personnes entre divers quartiers. Au grand bonheur des usagers, majoritairement les femmes des quartiers périphériques qui se rendent quotidiennement au marché.

L’organisation des «Barbarita» à Gao est similaire au système des minibus de transport urbain, « Sotrama », à Bamako.  Ils sillonnent  tous les quartiers  avec des aires de stationnement spécifiques.  Chaque circuit a son groupe de «Barbarita» d’où la multiplicité des associations. «Nous prenons 10 à 12  passagers par voyage. Les prix varient de 100, 150 à 500 Fcfa voire 1.000 Fcfa, en fonction des bagages et la distance à parcourir avec le client», explique Daouda Abdoul Karim.

Les «Barbarita» sont, également,  utilisés pour le transport de marchandises dans le marché lors des déchargements des camions. Cette polyvalence fait de l’ombre à certains corps de métiers tels que les taximan ou encore les charretiers à Gao. Le métier de charretier, exercé jadis à Gao par nombre de personnes, subit aujourd’hui, l’impitoyable concurrence  des «Barbarita».

«Beaucoup de charretiers ont même délaissé l’âne et le bâton au profit des tricycles », avance Halidou Soumana. Pour lui, le succès des tricycles à Gao s’explique par le fait qu’ils offrent un moyen de transport rapide et capable de transporter une large palette de bagages à moindre coût. « Contrairement aux taxis qui coûtent, en moyenne, 1.000 à  1.500 Fcfa, les «Barbarita» se négocient à un prix abordable et peuvent transporter toute sorte de charge», soutient-il.

ACCIDENTS – Bien qu’utiles, les « Barbarita » ont une mauvaise réputation dans l’imaginaire populaire à Gao. Ils sont. Notamment, décriés pour la fréquence des accidents qu’ils provoquent et les conduites fantaisistes dont font preuve  certains jeunes conducteurs.

A la direction régionale de la Protection civile, les chiffres sont évocateurs. Sur 248 accidents de la circulation répertoriés, sur l’année 2019, dans la ville de Gao, les tricycles sont impliqués dans 94 accidents. Pour le mois d’août 2020, les services de la Protection civile ont noté 70 accidents dont 12 dans lesquels sont impliqués des tricycles.

Les raisons de la récurrence de l’implication des tricycles dans les accidents s’expliquent, principalement, selon les services de la protection civile, par l’inobservation des règles de conduite par les conducteurs. Ce qui pose la question du déficit de formation des conducteurs et le jeune âge de certains, souvent mineurs.

« En 2015, la mairie a adopté un acte pour interdire la conduite des engins par les mineurs », rapporte Yacouba Dama, son secrétaire général. M. Dama pointe aussi l’excès de vitesse et la non maitrise du Code de la route pour certains conducteurs, qui selon lui, ne savent même pas le b.a.-ba des règles de la circulation routière.

Du côté des associations de conducteurs, on reconnait l’existence du besoin de formation et les excès de certains conducteurs. «Nous avons, bien sûr, besoin que nos conducteurs soient formés sur le Code de la route», affirme Halidou Soumana, qui annonce, aussi, être à la recherche d’appui pour  acquérir des permis de conduire pour tous les conducteurs.

MT/MD

(AMAP)

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