Tribune : Redonner toute sa sacralité à Tombouctou

Après trois ultimatums infructueux, la mairie de la commune urbaine de Tombouctou a, encore une fois, demandé aux occupants des devantures des cimetières, des écoles et des grandes artères de libérer ces lieux. Énième, ultimatum que l’écrivain Sane Chirfi Alpha espère être le bon pour redonner à la vieille sa sacralité.

 

Une énième rencontre s’est tenue à la mairie autour du premier adjoint au maire, le jeudi 18 février. Il était question de l’occupation anarchique des devantures des cimetières, des écoles, des grandes artères, les entorses à l’architecture au sein de la Médina et l’insalubrité de la ville. Il y avait là la plupart des acteurs : chefs de quartiers, commerçants, représentants du Haut conseil islamique.

Cette fois-ci, nous l’espérons, sera la bonne et sans doute Tombouctou retrouvera sa « pureté » d’antan pour le bonheur de tous. Dans un communiqué, la mairie avaot donné un délai de 2 semaines qui a commencé le 11 février 2021 pour se terminer le 23 février 2021. Le communiqué précise que le 24 février une commission fera déguerpir tous ceux qui ne s’exécuteront pas et ils subiront la loi dans toute sa rigueur.

Menace de déclassement

Il faut être à Tombouctou ou voir les images de cette ville pour se rendre compte qu’il y a une véritable menace sur le maintien de la « cité des 333 saints » sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Tombouctou se trouve déjà sur la liste rouge du patrimoine mondial en péril.

L’on dit qu’il n’y a jamais deux sans trois, mais pas trois sans quatre. Nous avons bon espoir que cette fois-ci, c’est la bonne. Encore une fois, nous ne sommes contre les intérêts de personne et nous pensons que les uns et les autres comprendront que ce que nous défendons, c’est l’image de Tombouctou, le bien culturel de Tombouctou.

Une coquille vide

L’Unesco, contrairement à ce que d’aucuns pensent, n’a pas d’argent mais un poids. Cette organisation est une caution, une autorité morale. Nous osons penser que ce sera le début de la renaissance de Tombouctou. Ce lourd héritage que nous avons reçu, nous avons le devoir de le préserver et de le léguer aux générations futures. Tombouctou ne doit pas être une coquille vide, « un champ de patates où tout ce qui est utile se trouve sous terre », nous avons un immense patrimoine matériel et immatériel à sauvegarder, un nom à défendre, un environnement à assainir. Nous devons en finir avec ces fosses septiques qui figurent comme autant de nouveaux saints, ces eaux usées nauséabondes, ces dépôts d’ordures anarchiques.

Sécurité et vivre-ensemble

Le « Tombouctou » dont nous rêvons préservera la belle architecture sahélo- saharienne en terre, revêtira de belles pierres « alhor » toutes les constructions en béton au sein de la Médina. Elle ne sera pas encombrée de tas de banco qui s’éternisent dans les rues, ni de carcasses de véhicules, ni de kiosques en fer grossiers, ni de containers. Elle valorisera les portes ouvragées, cloutées, « algaloum », les fenêtres jalouses.

Le « Tombouctou » dont nous rêvons redonnera aux mosquées leur sacralité, aux écoles leur liberté, aux cimetières leur spécificité. Il ne sera pas anonyme et identifiera les mares, les places publiques, les lieux de mémoire, il fera revivre les « barbarba », les « hala », les « belle’idje », les « djindé », les « diaba ».

Le « Tombouctou » dont nous rêvons verra renaître les quinzaines touristiques, valorisera l’artisanat touarègue, la maroquinerie, la broderie traditionnelle, l’orfèvrerie. Et se rétablira la sécurité, le vivre-ensemble, la cohabitation et reviendra la « rosée sur les oasis oubliées ».

Source : Benbere

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