Il y a presque un quart de siècle que la démocratie pluraliste a été déclenchée le 26 mars 1991 au Mali. 25années de long apprentissage démocratique pendant lesquels des gens, par leur duplicité, ont abusé de la crédulité du peuple. Un des rôles des hommes et femmes de la presse est de rappeler les contradictions et fustiger les actions de ceux qui ont géré, gèrent ou prétendent gérer notre bien commun : Le Mali. C’est pour cette raison que la nouvelle rubrique : PAS DE TOURNURES est née.

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Nous sommes dans un monde de la communication très évolutive où chacun doit faire attention à ses déclarations écrites, parlées et même à ses attitudes. Car, les nouveaux outils informatisés de communication et télécommunication sont vulgarisés. Les téléphones fixes, portables, les tablettes, les ordinateurs, les enregistreuses, les cameras photos et vidéos facilitent la captation et la conservation de nos écrits, sons et gestes. Ainsi, toutes les personnes et surtout personnalités astucieuses qui sont habituées à dire ou à faire des choses dans un lieu pour aller ensuite soutenir leurs contraires dans un autre lieu, sont désormais avisées.  Les promoteurs de votre journal Option, avec la collaboration des populations, viennent d’ouvrir cette nouvelle rubrique : PAS  DE TOURNURES, pour découvrir les profondes contradictions des gens rusés qui seront usés par leur duplicité.

Commençons cette rubrique PAS DE TOURNURES par les différents propos tenus par monsieur Moussa Mara en ses qualités de premier ministre et de président du parti Yèlèma sur les « Eléments pour un Accord pour la paix et la réconciliation au Mali » proposé par la Médiation en Algérie. Devenu « Accord pour la paix et la Réconciliation au Mali » en février avant d’être paraphé en mars 2015 à Alger.

Parcourez attentivement ces extraits du discours lu au CICB de Bamako par Moussa Mara sur la crise du nord du Mali en novembre 2014 :

« …Le présent exercice d’information et d’échanges s’inscrit dans le cadre du processus inclusif de dialogues inter-maliens qui a été retenu comme une priorité nationale par son excellence monsieur Ibrahima Boubacar Keita, Président de la république, Chef de l’Etat.

En effet, Mesdames, Messieurs

Nous devons, au mali, faire le constat que les problèmes du Nord sont une des manifestions brutales de ce que nous déplorons tous de kayes à Taoudéni, de Nioro du sahel à Tidarmene ou inekar, de Manankoro à Abeira, c’est à dire un Etat qui n’arrive pas à nous protéger, qui a du mal à être équitable entre nous, qui ne nous donne pas les mêmes chances quelque soit notre situation socio économique, de nous réaliser.

Un Etat qui peine à nous offrir les services de base dont nous avons besoin, qui encourage difficilement l’originalité et les initiatives, qui profite mal  de l’incroyable énergie que nous avons, nous les maliens à  trouver, par nous –même, les solutions à nos problèmes. Cet Etat qui a mal à sa gouvernance, quelque fois à son leadership, souvent à son administration et dans ses rapports avec les usagers, est à reformer. La décentralisation d’il y a 20 ans s’y s’est essayé avec quelques succès et pas mal d’insuffisance. La régionalisation d’aujourd’hui, participant du même principe, dans un cadre où il faut redonner des couleurs aux communes, à l’ambition de donner un nouveau souffle à l’Etat dans son fonctionnement au plus près de nous tous. Bien compris et correctement mis en œuvre, elle constitue l’une des réponses adéquates à la crise de gouvernance et d’efficacité de l’action publique.  C’est ce que le Gouvernement a expliqué à Alger, dans le cadre d’un processus qui vient de vous être expliqué pour permettre au Mali de recouvrer la paix dans la durée au bénéfice de tous ses fils et de toutes ses filles.

Les difficultés d’accès à l’eau comme à l’éducation ou à la santé, les problèmes d’enclavement, l’injustice ou l’impunité sont des maux dont souffre le malien de Gao comme son frère de Kadiolo, sa sœur de Kidal comme son cousin de Kita ou sa nièce à Bamako ? c’est le fondement essentiel de la démarche de notre équipe de dialogue à Alger. Donnons-nous la main pour bâtir ensemble un mali uni dans sa diversité, qui donne la chance à chacun de ses enfants de bien vivre sa différence. Ayons une armée colorée et diverse comme l’est la nation. Donnons la possibilité aux communautés de s’exprimer, d’avoir voix au chapitre à travers leurs représentants légitimes et légaux. Mais ne permettons pas que certains individus réclament des avantages indus, pistolet à la main ! Ne permettons pas que quelques dizaines de personnes fassent un braquage aux dépens de 15 millions d’âmes laborieuses !!!

Vous voyez, des efforts importants on été présentés à Alger mais soyez sûrs que jamais, pas plus aujourd’hui que demain, nous ne sommes prêts à toucher à ce qui fait le Mali, sa souveraineté d’Etat unitaire sur un espace occupé par des communautés variées mais complémentaires : l’armée nationale sera nationale, la police nationale sera nationale, la diplomatie sera nationale, la monnaie sera nationale, les frontières seront nationales dans les limites reconnues internationalement, l’Etat sera national, républicain, laïc et démocratique. Cela n’est pas négociable et on le comprend parfaitement.

Mesdames, Messieurs

A ce stade du processus de paix et de réconciliation, il nous faut rappeler quelques vérités indiscutables et les partager avec nos compatriotes dont certains sont malheureusement encore abusés par des thèses aussi fausses que tendancieuses.

L’AZAWAD en tant qu’entité regroupant les régions de Tombouctou, Gao et kidal  n’existe pas. Cela n’est pas vrai historiquement. Cela n’a aucun fondement  géographique et encore moins culturel. Cela est faux sur tous les plans. Alors pourquoi s’évertuer à donner un corps à une réalité qui n’existe pas ? en lieu et place de cette entité illusoire nous avons des territoires divers, hétérogènes, abritant des communautés diverses et hétérogènes qui ont des cultures, traditions, activités socio économiques diverses et hétérogènes mais complémentaires formant un ciment et source de coexistence pacifique multi sécuritaire.

Oui le Mali existe, coloré, divers, assumant cette diversité et proclamant notre volonté commune à d’avancer, blancs, noirs, musulmans, chrétiens, animistes et parfaitement illustrée par notre devise : Un seul peuple, vers un seul but animé d’une même foi.

Donnons-nous tous la main pour préserver ce qui fait notre force, notre unité dans la diversité. Préservons cette solidité qui nous permet d’amortir des chocs qui seraient irréparables ailleurs. Ouvrons-nous à tous ceux qui se sont égarés dans une quête illusoire car non opportune, non partagée et fondée sur des réalités intangibles. Disons leurs : « venez dans la République bâtir avec nous un nouvel élan pour la nation malienne ».

Un pont de sécurité, d’harmonie et de prospérité à mille lieux d’une constellation de territoires ouverts aux trafiquants au bénéfice d’aventuriers n’ayant d’autres desseins que leur enrichissement quitte à répandre la désolation et le malheur sur leur propre communauté !

Mesdames, Messieurs

Cet atelier qui s’ouvre vous offrira l’occasion à travers deux plénières et cinq groupes thématiques, dans votre diversité complémentaire, de faire des propositions détaillées sur tous les segments du processus de paix afin que le prochain accord que tout  le monde appelle de ses vœux soit le dernier face à cette crise qui n’a que trop duré…

Seul le règlement pacifique des questions de rébellion permettra de mobiliser la nation entière derrière nos forces armées et de sécurité avec le soutien de la communauté internationale pour mener une lutte longue et difficile contre le terrorisme et le trafic de drogue. Seul le règlement pacifique de la crise permettra  de distinguer une fois pour toute ceux qui veulent réellement le développement de leur région, de leur commune et le progrès de leurs communautés et ceux qui veulent simplement profiter de l’environnement d’insécurité pour continuer à s’adonner aux pratiques néfastes et rétrogrades qui les caractérisent.

Le Président de la République, par ma voix, souhaite plein succès à vos travaux au bénéfice d’un mali uni, en paix et prospère dans un sahel apaisé, solidaire.

Que dieu bénisse le Mali

Je vous remercie de votre aimable attention »

Votre journal Option avait mis à sa Une cette courageuse déclaration de Mara avec des commentaires d’appréciation.

En ce mois de mars 2015, les membres du parti Yèlèma se sont rencontrés à Bougouni dans la région de Sikasso. Les discussions y ont été tenues en Bambara, nous les avons traduit, pour vous, en Français. Au sujet de ce fameux accord d’Alger paraphé en mars 2015, un cadre du parti Yèlèma, a posé ces pertinentes remarques et questions à Moussa Mara en ces termes :

« Concernant l’accord qui a été paraphé par une des parties et rejeté par l’autre, cet accord suscite beaucoup de discussions. Nous n’avons pas tous la totalité de son contenu. Si on en parle beaucoup, cela veut dire qu’il n’y a jamais de fumée sans feu. Donc, je veux que notre parti, au niveau de son instance supérieure, analyse ce document. Tel est mon point de vue. Parce que l’histoire n’est qu’une répétition. Je n’ai pas vu la totalité de l’accord mais j’ai appris que certaines choses ont été reconnues à ceux qui se réclament de l’Azawad concernant leur existence. Que cette reconnaissance soit historique ou socioculturelle. Partout au monde, où des pays ont été divisés, ce sont ces genres de reconnaissances qui constituent les premières étapes d’une partition. Rappelons-nous le cas de la séparation entre les Etats Unis et l’Angleterre lors de leur guerre de sécession. D’autres pays ont subi la même chose en commençant par ces reconnaissances mutuelles suivies de discussions trop tendues. Car, l’autre partie dira : « Si tu reconnais mon existence, qu’est-ce qui m’empêche d’avoir mon autonomie, mon indépendance ? » Souvenons-nous de ce que IBK a dit, quand il était président de l’Assemblée Nationale, que le Mali a signé un accord qu’il ne devrait pas signer (NDLR : Accord d’Alger de juillet 2006 signé par le régime ATT). Cela a été sa force pendant la présidentielle. Car, les maliens se sont rappelés ces propos et ont cru qu’avec IBK à la présidence, il n’y aura pas de tels accords. Donc, je ne veux pas que mon parti fasse des actions proches du suivisme. Si notre parti doit suivre cet Accord, la position du gouvernement, on doit le faire avec toute la conviction nécessaire. Dans le cas échéant on doit voir, s’il y a des risques pour l’avenir, que le parti dégage sa position que l’histoire retiendra. Je veux savoir quelle analyse on en fera et quelle sera la position du parti par rapport à cet Accord ? », a conclu, ce cadre du parti Yèlèma, par cette interrogation adressée à Moussa Mara, le président de ce parti.

Très surpris et fâché par les propos d’un cadre du parti dont il est le fondateur, l’ancien premier ministre, Moussa Mara a répliqué sans retenue en ces termes :

«  Ok, ce pays est foutu. Si non un cadre, sais-tu ce que veut dire un cadre ? C’est celui qui ne parle pas dans le vide. C’est celui-là un cadre. Cet Accord est partout au monde, sur internet et entre les mains des gens. Il faut d’abord lire l’Accord pour savoir ce qui est écrit sur l’Azawad, sur ceci et cela pour les expliquer. Cela vaut mieux que de raconter ce qui a été dit dans la nuit au grin (NDLR : lieu de causerie des gens de la même génération) ou par-ci et par-là. Tu viens t’arrêter ici pour raconter ces choses là. Non, ne fais pas ça. Voilà ce qui a été dit sur Azawad. Il a été écrit que Azawad est, dans ce pays, un nom dans lequel des personnes se reconnaissent. Cela n’est pas vrai ? ça c’est la vérité. C’est une vérité car, l’Azawad existe au Mali ici bien avant le commencement de la rébellion. Le nom Azawad est écrit dans toutes les anciennes cartes du Mali depuis la période de la colonisation. Donc, des gens se retrouvent dans l’Azawad. Il a été dit dans cet Accord que le Mali est un et indivisible, que l’intégrité du Mali est incontestable, que le Mali est laïc et a son caractère républicain, c’est-à-dire, une loi pour tous. Alors, qu’est qu’on cherche de plus. Les gens qui dissent qu’ils sont dans l’Azawad ne sont-ils pas des Maliens ? Ou bien sont-ils ou pas des maliens ? Si nous discutons avec eux, c’est parce que nous avons admis qu’ils sont, eux aussi, des maliens. Donc, ils sont dans le même pays que nous. Quand ils disent être de l’Azawad, il a été mentionné dans l’Accord de discuter avec eux pour donner un contenu à l’Azawad. Où se trouve le problème ? C’est cela qui se trouve dans l’Accord. Que les maliens fassent une conférence d’entente nationale pour expliquer de façon bien détaillée cette affaire d’Azawad. Tous ceux qui disent qu’ils ne veulent pas du tout entendre ce nom Azawad, que ceux-ci viennent donc à cette conférence. Si nous arrivons à nous entendre sur quelque chose pendant cette conférence, les gens de l’extérieur en seront informés. Ce serait terminé. Je crois qu’un Accord dans lequel on parle d’une telle chose ne doit pas être un problème. Mais dire non, je ne veux pas entendre ce nom Azawad alors que cet Azawad est un lieu qui existe dans ton pays. Il a été dit concernant Azawad que dans le nord de Tombouctou, près de Arawane, se trouve un petit lieu qu’on appelle Azawad, n’est-il pas un lieu ? Si nous nous entendons en majorité que seul ce lieu sera appelé Azawad et le dire aux gens de l’extérieur cette question d’Azawad ne serait-elle pas terminée ? Elle serait terminée. C’est-à-dire le problème du Mali est au niveau des gens instruits qui ont les yeux fermés comme ils n’ont rien vu dans toute leur vie. Lisons d’abord ce document. Nous sommes 90%, 95% à parler de ce document sans l’avoir lu. Ouvrez ce document et lisez-le pour voir des choses qui s’y trouvent. Ceux qui disent qu’il contient la division du pays, où cela est-il mentionné ? Sur les premières lignes du document il est écrit que tous les signataires de l’Accord s’entendent que le Mali ne sera pas divisé. J’ai dit quelque chose chez l’Imam ce matin, toute personne qui raisonne, même si elle n’est pas instruite, doit comprendre que ceux qui veulent diviser le Mali ont refusé de signer ce document. Si ce document contenait la division du Mali, ils l’auraient signé. Nous qui aimons le Mali, le gouvernement et les rebelles favorables au pays, nous avons tous signé le document. Cela doit nous permettre de savoir ce qui se trouve dans ce document. Ce pays est à un moment où nous devons tous ouvrir nos yeux et nos oreilles pour comprendre. N’acceptons pas de mélanger des paroles pour orienter autrement les esprits des gens alors qu’on n’a pas lu le document. Donc concernant cette affaire d’Azawad, il a été dit que certaines personnes se réclament de l’Azawad. Maintenant, les médiateurs disent qu’ils ne trancheront pas cette affaire d’Azawad entre les maliens. Mais, qu’ils disent que le Mali ne sera pas divisé. Ce sont les maliens qui donneront un contenu au nom Azawad. Je vois pas si on peut chercher autre chose plus que ça. Cet Azawad, on ne veut pas en entendre parler alors que ce nom existe sur notre carte. Pourtant ceux qui parlent d’Azawad sont aussi des maliens. Doit-on les chasser tous du Mali ? Il faut qu’on discute avec eux pour qu’ils comprennent certaines choses afin qu’on aboutisse à une entente. Nous savons que certains parmi eux sont des bandits mais les populations maliennes qui sont là-bas, nous devons bien leur expliquer la situation pour les sortir de la domination de ces gens. Si on ne fait pas ça comment ça va être résolu ? Je crois qu’on est arrivé à un moment où on doit tous chercher à comprendre ce qu’on veut faire pour le pays demain et après demain. Pour moi c’est le plus important. Mais, nous sommes maintenant dans le domaine du Parti. », a précisé, le président fondateur de la formation politique Yèlèma et ancien premier ministre du Mali qui a été limogé par IBK contrairement à son prédécesseur Oumar Tatam Ly qui a démissionné.

Lacine Diawara, journal Option.

 

Source: Option