Le Président de la République dans son discours de clôture du Dialogue National Inclusif et
dans celui du nouvel an, a dit à satiété qu’il souhaite une trêve sociale pour faire face à la
guerre qui coute plus de 24 % du budget national. Sa demande ne semble pas trouvée un
écho favorable du côté des syndicats, qui disent ne pas être contre, mais conditionnent leur
participation à l’effort de guerre par le respect des engagements pris et par la réduction du
train de vie de l’Etat. Le Gouvernement va-t-il répondre favorablement à cette demande ?
2020 sera-t-elle comme 2019 ?

Décidément, le Mali est loin de sortir de l’auberge, il semble toujours être à la case départ
six ans après l’accession d’IBK à la magistrature suprême. Et pourtant, nombreux étaient les
citoyens, à avoir fondé de l’espoir sur le gouvernement de Boubou Cissé qui, dès sa mise en
place, le 2 mai 2019, avait pris à bras le corps les différentes crises en résolvant
immédiatement celles qui pouvaient l’être et en promettant de juguler le reste dans un bref
délai.

Ce fut le cas des revendications des enseignants, qui ont d’ailleurs accepté de lever leur mot
d’ordre de grève évitant ainsi la deuxième année blanche de l’ère démocratique. Neuf mois
plus tard, on revient sur tous les engagements pris, en renégociant à la baisse, au prétexte
que le pays est en guerre. Comme si cette situation n’était pas convaincante, le
gouvernement met en porte à faux les enseignants avec l’opinion publique en demandant
une trêve sociale pour faire face à cette guerre qu’on nous a imposée. Quel est le patriote
qui ne serait pas sensible à cet appel à l’unité et à la cohésion autour de nos forces de
défense et de sécurité ? Mais pour les syndicats signataires du 15 octobre, cet appel est
d’une telle partialité qu’il n’est adressé qu’aux enseignants, alors qu’il devrait être un appel à
l’endroit de tout le peuple malien.

Sinon, comment comprendre qu’on puisse demander aux enseignants de renoncer à leurs
dus alors que les autres travailleurs en ont bénéficié ? Comment comprendre que le
Président de la République puisse demander une trêve sociale alors que les budgets de
fonctionnement des institutions ne font qu’augmenter chaque année ? Ne trouve-t-on pas
injuste qu’au moment où le Président de la République a un budget de plus de 14 milliards
que l’Assemblée Nationale en a autant sinon plus et que son Président a 35 millions par mois

et le Pm plus de 75 millions par mois comme caisses de souveraineté, qu’on demande aux
enseignants d’accepter la trêve sociale. C’est pourquoi, sourds à tout appel et à toute
interpellation, les enseignants se disent déterminés à faire aboutir leurs revendications qui
ne seraient pas de la mer à boire pour l’Etat. Ils sont tacitement soutenus par toutes les
centrales syndicales et n’entendent pas lâcher du lest jusqu’à la satisfaction totale.
Youssouf Sissoko

Source: Infosept