Dans cette interview qu’il a bien nous accordée, le ministre Touré revient sur le bilan de l’année écoulée, notamment la crise du football, parle des grandes échéances qui attendent notre pays et assure que toutes les dispositions seront prises par son département pour accompagner les sélections nationales, conformément aux instructions du président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta et du Premier ministre, Dr Boubou Cissé

 

L’Essor : Quel bilan faites-vous de l’année 2019 qui vient de s’achever ?

Arouna Modibo Touré : Pour moi, l’essentiel partout où j’ai servi, c’est de veiller à l’application stricte et correcte des textes et du programme d’activités, développer des initiatives pour améliorer l’existant et fixer le cap pour amorcer des changements positifs. Pour revenir à votre question, le bilan de l’année 2019 est plutôt positif dans son ensemble. Nous avons de nombreux motifs de satisfaction, je ne vais pas les citer tous ici, mais la crise du football était préoccupante. Nous avons pu la résoudre en s’écoutant entre Maliens et nous avons bénéficié également de l’appui des instances internationales du football. Les résultats brillants de nos différentes équipes de basketball, que vous n’avez pas manqué de souligner dans la presse, sont aussi une source de joie et de fierté pour tout le peuple malien. Ensuite, je me réjouis de la mise à disposition des ressources financières importantes par le ministre de l’économie et des Finances pour résoudre et liquider les problèmes de primes destinées aux sportifs.Dorénavant, il s’agit de gérer ces ressources de manière transparente et rigoureuse, car l’état seul ne pourra continuer à les supporter. En un mot, l’accalmie et la confiance retrouvées dans le secteur du sport, ont été un fait marquant durant l’année écoulée.

L’Essor : Quel est l’événement qui vous a le plus marqué et pourquoi ?

Arouna Modibo Touré : Quand des acteurs du football, qui se sont regardés en chiens de faïence pendant quatre ans, se retrouvent, acceptent d’enterrer la hache de guerre pour sauver l’essentiel et faire revivre le football dans nos stades, il n’y a pas plus gratifiant que cela. Sur le plan sportif, rien qu’avec la qualité de jeu produit et les résultats engrangés par nos différentes sélections nationales, aussi bien en football qu’en basketball, il est permis de rêver à un avenir très prometteur pour le sport, notamment dans ces deux disciplines. à tout ceci, il faut noter l’élection d’un fils du pays, en la personne de Hamane Niang à la tête de FIBA-Monde, qui a été un fait historique durant l’année 2019.

L’Essor : Vous avez été l’un des grands artisans de la résolution de la crise du football qui a duré cinq ans. Avec le recul, quelle a été votre recette ?

Arouna Modibo Touré : Je suis un croyant, c’est pourquoi je reste convaincu que c’est Dieu qui a décidé de mettre fin à cette crise profonde du football malien. Donc, que ça soit avec moi ou une autre personne, c’était écrit quelque part que cette crise était arrivée à son apogée et qu’elle devrait prendre fin le 29 août 2019 par la mise en place d’un comité exécutif lors d’une élection qui ne susciterait aucune contestation. Ensuite, il faut admettre que les acteurs qui étaient en face sont des patriotes, ils aiment tous leur pays et ils étaient tous fatigués de cette crise et n’aspiraient qu’à sortir de cette angoisse. Le gros du mérite revient aux plus hautes autorités, notamment le président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta et le Premier ministre, Dr Boubou Cissé, qui ont fait de cette sortie de crise un défi majeur à relever, surtout en portant leur choix sur ma modeste personne pour diriger ce département.Vous parlez de recette, quand j’ai pris mon courage à deux mains, le soir du 28 juillet, pour aller parler à mes frères délégués de cette assise, dans ma tête il n’y avait qu’un seul questionnement : « accepterions-nous d’être traduits devant le tribunal de l’histoire pour n’avoir pas pu sauver le football malien d’une suspension de la FIFA, à cause de nos problèmes d’égos et de détails sans importance ? » Et c’est ce discours que j’ai tenu aux délégués à cette assemblée générale qui se tenait à huis clos. à la suite de cette entrevue, ce qui s’est passé est connu de tout le monde.

L’Essor : Le tirage au sort de la Coupe du monde 2022 a été effectué et les Maliens attendent beaucoup des Aigles. Au niveau du ministère, quelles sont les dispositions prises pour la réussite de cette campagne, c’est-à-dire, une qualification du Mali ?

Arouna Modibo Touré : Tout à fait, les enjeux qui jalonnent le chemin des Aigles sont nombreux. Vous avez parlé des éliminatoires de la Coupe du monde 2022, mais en parallèle il y a aussi les éliminatoires de la prochaine CAN, la participation honorable à cette compétition, le prochain CHAN (Championnat d’Afrique des nations) à Yaoundé. Singulièrement pour cette Coupe du monde 2022 qui se tiendra dans un pays qui entretient de bonnes relations dans le domaine sportif avec nous. De ce fait, c’est bon pour le Mali d’y être. Comme pour les autres compétitions, le département de la Jeunesse et des Sports ne ménagera aucun effort pour assurer la prise en charge de l’équipe nationale A, conformément au programme de travail du sélectionneur national en accord avec la Fédération malienne de football.C’est l’occasion pour moi de vous dire, que conformément aux instructions du président de la République et du chef du gouvernement, depuis notre arrivée à la tête du département des Sports, nous avons accordé un accent particulier à l’exécution correcte des prises en charge des différentes sélections nationales. C’est pourquoi, au moment où je vous parle, il n’y a aucun dossier en souffrance par rapport aux primes impayées au niveau de nos structures financières. C’est l’occasion encore une fois pour moi de remercier Monsieur le Premier ministre, ministre de l’économie et des Finances pour sa disponibilité constante à la satisfaction de nos demandes.

L’Essor : Selon vous, quelles sont les chances du Mali dans sa poule qui comprend également le Rwanda, l’Ouganda et le Kenya ?
Arouna Modibo Touré : Je ne suis pas un technicien de football, mais au regard de la composition des autres groupes, de nombreux observateurs ont affirmé que le Mali a hérité d’une poule abordable. Mais, cela ne veut pas dire que nous sommes tombés dans une poule facile. Aujourd’hui en football, il faut respecter tous les adversaires, surtout lorsqu’il s’agit des nations comme l’Ouganda, qui a créé la surprise lors de la dernière CAN. Le Mali dispose d’une bonne équipe, composée de jeunes talentueux qui veulent prendre date avec l’histoire, il s’agira pour nous maintenant (autorités et Fédération) de réunir les conditions afin d’accompagner cette dynamique.

L’Essor : Vous êtes un pratiquant de taekwondo et beaucoup de fédérations estiment que le département de tutelle a toujours fait la part belle au football et au basket-ball. Que répondez-vous ?

Arouna Modibo Touré : Je ne partage pas totalement cette affirmation. Le ministère de la Jeunesse et des Sports est chargé de mettre en œuvre la politique du gouvernement en matière de sports, sans distinction aucune. Certes, comme dans tous les pays du monde certaines disciplines sportives prennent le pas sur les autres au regard de l’importance de leur public ou des résultats enregistrés, mais cela ne veut pas dire que les actions du département de tutelle doivent être exclusivement orientées sur ces disciplines. Je voudrais vous dire tout simplement que toutes les disciplines sont traitées et considérées sur le même pied d’égalité. Les uns et les autres peuvent continuer à se plaindre des faveurs accordées au football et au basketball, mais ils ne pourront rien changer sur la visibilité de ces disciplines sportives, car ce sont les populations dans leur grande majorité qui ont porté leur choix sur elles, donc notre rôle est de répondre aux soucis et préoccupations de la majorité de la population. Cela ne veut pas dire que nous délaissons ou lésons les autres fédérations sportives. Pour preuve, de mon arrivée à la tête du département à nos jours, le Mali a abrité des championnats africains d’escrime et de bras de fer sportif, ainsi que le championnat sous régional de karaté, tous couronnés de succès.

L’Essor : Il y a une trentaine de fédérations qui bénéficient de la subvention de l’état. Avec un budget faible comme le vôtre, comment faîtes-vous ?

Arouna Modibo Touré : Merci beaucoup pour cette question assez pertinente qui permettra à coup sûr, aux uns et aux autres de comprendre certaines choses dans la gestion des fonds alloués pour la prise en charge des activités annuelles des fédérations sportives. En effet, il faut signaler que lorsque les propositions des fédérations sont reçues au niveau de la Direction nationale des sports et de l’éducation physique (DNSEP), les services compétents de cette structure tiennent des réunions avec elles pour statuer sur leurs activités annuelles, et déterminer celles qui sont prioritaires afin de procéder à un premier arbitrage du budget élaboré à cet effet. Ensuite, le second arbitrage de ce budget est effectué par une réunion de cabinet élargie aux responsables de tous les services rattachés au département. Un arbitrage qui sera soumis à l’appréciation du chef du département, avant son acheminement au ministère des Finances. à ce niveau aussi, il est effectué un autre arbitrage conformément au budget d’état. Le document approuvé ne donne pas un droit acquis aux différentes fédérations de disposer de leurs fonds, car avant chaque activité, le ministère doit formuler une requête de demande de crédit adressée au ministère de l’économie et des Finances. Pour la compréhension du processus, il faudra un atelier d’échanges entre les services financiers du département et ceux des fédérations sportives, qui ne comprennent pas souvent pourquoi, après avoir été informé qu’un montant a été alloué pour assurer la prise en charge de leurs activités, ils ne disposent pas à tous les coups du montant indiqué. Pour cette année par exemple, le ministère est chargé de mettre des fonds à disposition pour plus d’une trentaine d’activités sportives avec un budget de moins de 4 milliards CFA.

L’Essor : Vous êtes à la tête du ministère de la Jeunesse et des Sports depuis mai 2019, mais auparavant vous aviez dirigé le ministère de la Communication et de l’économie numérique. Que pensez-vous de la presse sportive malienne, singulièrement, du Quotidien national L’Essor ?
Arouna Modibo Touré : Vous savez, quand j’ai été nommé ministre de la Communication, certains ont estimé que cela se justifiait par mon rapprochement avec la presse et lorsque je suis venu à la tête du département des Sports, le même discours a été tenu, au regard du fait que j’ai de très bonnes relations avec la presse sportive, particulièrement les journalistes sportifs, dont certains sont des bons amis à moi. Pour répondre à votre question, je dirai que la presse sportive malienne joue pleinement son rôle dans la promotion de l’activité sportive dans notre pays. Particulièrement le DESK Sports de L’ESSOR fait du bon boulot, ce n’est pas pour rien que son chef (Souleymane Bobo Tounkara, ndlr), après avoir été responsable du syndicat des travailleurs, a été récemment nommé directeur des publications en français de l’Agence malienne de Presse et de Publicité (AMAP). Mon vœu le plus cher est de voir très prochainement, l’hebdomadaire sportif ‘’Podium’’ renaître de ses cendres, tel un phénix au grand bonheur du monde sportif malien.
Interview réalisée
par la Rédaction

Source : L’ESSOR