Dans la soirée du dimanche 29 mars, jour du premier tour des élections législatives au Mali, une vidéo a fait le tour des réseaux sociaux montrant un homme en train de donner l’argent à des électeurs pour les inciter à voter. Une pratique interdite par la loi mais rarement réprimée. La Comission electorale nationale indépendante (CENI) est interpellée.

 

Jusqu’en 2016, au Mali les candidats aux postes électifs étaient libres de battre campagne en distribuant des t-shirts, casquettes, thé ou sel dans certaines contrées. Pour mettre un terme à cette pratique qui corrompt les électeurs, notre pays a adopté une nouvelle loi électorale en 2016, modifiée en 2018.

Cette loi avait suscité beaucoup d’espoir quant à la lutte contre l’achat de conscience. Car en son article 73, elle met en garde contre toute pratique visant à obtenir les voix à travers des moyens financiers. «Les pratiques publicitaires à caractère politique et commercial […], les dons et libéralités en argent ou en nature à des fins de propagandes pour influencer ou tenter d’influencer le vote durant la campagne électorale sont interdits dès la convocation du collège électorale», prévient la loi. Les contrevenants sont condamnables d’une peine «d’un an à cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 100 000 francs CFA à 1 000 000 francs CFA».

Faire appliquer la loi

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) est la structure publique habilitée à faire respecter cette disposition de la loi électorale qui interdit l’achat de conscience. Mais sur le terrain, le constat est amer. Si les candidats ne donnent plus de t-shirts, thé et sel aux électeurs le jour du vote, ils ont une méthode bien huilée pour corrompre les électeurs qui se prêtent à leur jeu.

Pour preuve, le dimanche dernier, quelques heures après la fermeture des bureaux de vote, une vidéo montrant une scène d’achat de conscience à fait réagir les internautes. Certains, notamment des journalistes, ont appelé la justice à ouvrir une enquête contre les auteurs de cette pratique clairement identifiables.

Outre ce cas de flagrant délit, la Mission d’observation électorale de la synergie a révélé avoir enregistré «un cas d’achat de conscience à Yirimadio au centre de vote 759 logements à Bamako.» Ces deux exemples ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan. Mais les auteurs de ces délits ne sont jamais traduits devant la justicejustice.

«La CENI surveille le déroulement du vote dans l’enceinte des centres et bureaux de vote. Mais nous n’avons pas les moyens de contrôler ce qui se trame dehors», s’est contenté de répondre Me. Moctar Mariko, un des responsables de la CENI que nous avons interrogé le jour du vote. Cette réponse sonne comme un aveu d’impuissance des autorités publiques contre ce phénomène de corruption électorale. Triste réalité.

En quoi l’achat de conscience est dangereux?

Voter pour un candidat en échange d’argent ou autres types de faveur remet en cause la redevabilité des élus vis-à-vis de leurs mandants. Car le député tout comme le maire ou le Président de la République sont tenus de rendre compte à leurs populations.

Mais lorsqu’ils offrent de l’argent en échange de voix pour se faire élire, une fois aux affaires ils sont plus préoccupés à servir leurs intérêts personnels que l’intérêt public. Le premier souci d’un candidat élu sur la base de la corruption, c’est d’abord de récupérer l’argent dépensé lors de la campagne ou de s’enrichir avant de songer aux problèmes de développement.

Mais aussi, le candidat le plus riche n’est pas forcément celui qui a des meilleures idées de projet pour servir la nation. Voilà pourquoi, les électeurs maliens doivent renoncer à l’argent et voter pour des candidats qui ont des projets pertinents pour leur quotidien. C’est à ce seul prix que nous pourrons nous développer.

Source : Benbere