Qui aurait cru en ce jeune technocrate, timide et sans grande expérience politique au moment de sa nomination à ce prestigieux poste ? Certainement IBK qui l’a choisi un  soir de 22 Avril 2019, après cinq tentatives infructueuses. Boubou Cissé, moins de trois mois à la tête de la Primature, a un bilan qui plaide largement en sa faveur. De la gravissime crise sécuritaire au centre, à celle sociopolitique en passant par la crise de trésorerie, son gouvernement est en passe de battre le record de la réussite.  Par cette accalmie politico-socio-sécuritaire, le PM Boubou Cissé est sur le point de déjouer tous les pronostics négatifs sur lui. Qu’a-t-il fait de plus que ses prédécesseurs depuis sa nomination et qui forge l’admiration ? IBK le laissera-t-il aller jusqu’au bout des réformes envisagées ? En quoi est- il différent de ses prédécesseurs ?

Quand son décret de nomination a été lu à la Télévision nationale, nombreux étaient les maliens, qui sont restés perplexes, surtout qu’il a pris les rênes de la Primature après un Premier ministre aguerri politiquement, en l’occurrence SoumeylouBoubèyeMaiga. Mais aux  âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années. Boubou Cissé est, indéniablement, en train de faire plus que tous ses prédécesseurs. D’Oumar Tatam Ly à SoumeylouBoubèyeMaiga, en passant par Moussa Mara, Modibo Keita et Abdoulaye Idrissa Maiga. Il demeure aujourd’hui, le PM qui, en moins de trois mois, a trouvé, ou est sur le point de trouver, des solutions aux crises majeures  qui ont secoué la Mali et cela  avant même la Déclaration de Politique Générale du Gouvernement.  A la question de savoir  quelles sont les prouesses du gouvernement Boubou Cissé ? Il faudrait répondre par trois gros défis qui ont été ou qui sont sur le point d’être relevés, à savoir la solution à la crise scolaire, la crise sécuritaire, et la crise politique.

En effet, c’est au moment où les enseignants, parents d’élèves et élèves perdaient tout espoir de voir sauver l’année scolaire fortement tronquée que les acteurs de l’école et le gouvernement sont tombés d’accord sur les points de revendication des syndicats grévistes. Par cet accord, le Mali a évité une autre année blanche qui était synonyme de la fin de l’espoir de toute une génération. Après avoir résolu la question de l’école, l’équipe s’est attaquée à une autre crise, celle des travailleurs qui avaient eux aussi déposé sur la table du gouvernement leurs revendications salariales. Comme par un coup de baguette magique, le gouvernement a répondu favorablement à la demande d’amélioration des conditions des travailleurs. Etant sur le point de souffler, le feu qui consume le centre s’est intensifié, sans répit le gouvernement a pris à bras le corps ce troisième gros challenge qui est la crise sécuritaire en général et celle du centre en particulier où deux communautés qui ont vécu en parfaite symbiose pendant des siècles se font  la guerre. Même si la paix n’est pas totalement rétablie, il y a un début d’accalmie dans la zone. Les attaques ont baissé d’intensités grâce à l’implication personnelle du PM qui s’est fait aider par les notables de la région, toutes communautés confondues. Après une première visite au centre du 3 au 7 juillet 2019 où il a sillonné Mopti, Koro, Bankass, Hombori et Douentza, les populations se sont senties au Mali. Les retombées de cette première visite sont visibles ; baisse des attaques, signature d’accord entre communautés, montée en puissance de l’armée et accompagnement de l’Etat afin que les populations puissent avoir accès aux services sociaux de base. Pour d’ailleurs consolider ces fragiles acquis, il a effectué la semaine dernière une autre visite de cinq jours dans la région du centre. Cette mini-tournée dans la cinquième région  l’a conduit à Mopti, Youwarou, Ténenkou, Kémacina et Djenné.  Comme sa première visite, cette fois-ci également, il était accompagné  d’une forte délégation et sont allés prêcher la paix et promouvoir le développement. Après le centre, la prochaine étape sera le nord et parallèlement à ses déplacements, il devrait avoir un œil sur le comité d’organisation du Dialogue national, car c’est ce dialogue qui aboutira aux réformes qui elles aussi consacreront à la refondation du nouveau Mali.

IBK le laissera-t-il envisager les réformes annoncées ? Il y a intérêt surtout quand on sait que l’application du controversé accord, qui tient à cœur le Président IBK, dépend en grande partie de la révision de la Constitution. Il n’aura plus d’autre choix  que de laisser le Gouvernement poursuivre le processus de dialogue enclenché depuis peu de temps, et dont la finalité est d’obtenir un large consensus autour des réformes. Ce dialogue national serait l’autre challenge du PM et de son gouvernement. La réussite ou l’échec de ce dialogue l’accréditerait davantage ou le discréditerait aux yeux de ses détracteurs.

Youssouf Sissoko

 Source: Infosept