Le Vérificateur général ne peut pas engager de poursuite contre les responsables des structures vérifiées ou contrôlées pour l’usage des fonds reçus de l’Etat. Mais la sentinelle pour la bonne gouvernance qu’il est, peut communiquer en toute liberté sur son rapport annuel, toute proportion gardée pour les rapports individuels, directement adressés aux structures concernées. Cette liberté d’expression qu’il a en partage avec la presse, assure également une garantie sur la transparence qui entoure le travail de vérification.

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On ne doute plus de la pleine mesure de cette réalité, prise par le Vérificateur Général Amadou Ousmane Touré, et qui explique l’importance accordée à ce travail de communication, qui s’améliore d’année en année. L’atelier d’échanges sur l’exploitation du rapport annuel et la conférence de presse sur ce rapport 2015 du Vérificateur général, tenus le mercredi 18 octobre dans la salle de conférence du Bureau du Vérificateur général (BVG), procèdent de cette dynamique de partage, pour mettre l’opinion nationale et internationale au diapason de la pratique de mal gouvernance dans notre pays, des efforts du BVG pour jouer son rôle et déceler les éventuels détournements de fonds publics, ainsi que les améliorations possibles.

Sur environ 500 structures passibles de vérifications (qui reçoivent des fonds de l’Etat), le rapport annuel 2015 du Vérificateur Général remis au président de la République le 12 octobre 2017, en a concerné 23 uniquement. Sur les vérifications financières et de conformité effectuées en 2015, le montant total des irrégularités financières s’élèvent à 70, 10 milliards de FCFA dont 32, 67 milliards de FCFA au titre de la fraude et 37, 43 milliards de FCFA au titre de la mauvaise gestion.

Au dernier virage de son mandat, le Vérificateur Général a des regrets : l’état d’archivage de notre pays est scandaleux ; lorsqu’on sait que les documents sont essentiels pour le travail de vérification, et qu’il est difficile de retrouver une lettre écrite, quelques jours auparavant, ce n’est pas étonnant que les vérificateurs mettent trois jours sur une vérification qui aurait pu finir en une journée.

En outre, l’espoir suscité dans l’opinion au moment de la création du BVG a largement dépassé la réalité, entrainant une incompréhension de la persistance du phénomène de la corruption, et même l’amalgame sur le rôle du Vérificateur qui se limite au travail administratif de vérification. Certes, le Végal communique son rapport au pôle économique et en fait copie à la Direction générale du contentieux de l’Etat, mais ne déborde jamais sur le champ des poursuites judiciaires ou du recouvrement des fonds reconnus par de présumés délinquants financiers.

Pourquoi chaque régime a sa structure de lutte contre la corruption ? Le Président Alpha Oumar Konaré a créé la Cellule d’Appui aux Structures de Contrôle de l’Administration (CASCA), Amadou Toumani Touré a créé le Bureau du Vérificateur général, et IBK a créé l’Office centrale de Lutte contre l’Enrichissement illicite (OCLEI). On peut ajouter la Commission Spéciale d’Enquêtes et de Lutte contre la Corruption et le crime d’Enrichissement illicite du Président Moussa Traoré, et l’Opération Taxi sous le Président Modibo Kéita. Sans se prêter au jeu du journaliste, le Végal indique qu’il n’y aura jamais une structure de trop pour la lutte contre le fléau de la corruption, surtout que la dernière création en date (OCLEI) n’a pas touché à l’existence du BVG.

A cinq mois de la fin de son mandat, le Vérificateur Général met le grappin sur la Primature, « le siège du gouvernement », par la vérification de la gestion des Premiers ministres Diango Sissoko, Oumar Tatam Ly, Moussa Mara et Modibo Kéita. Ce qui est sûr le Vérificateur Amadou Ousmane Touré a encore de l’énergie à en revendre. Ce n’est que bénéfice s’il pouvait présider aux destinées de la future Cour des comptes.

Daou