La morgue à ciel ouvert et la nième page sanglante  de la chronique  d’une région qui brûle. Le massacre, comme nous y habitue le centre du Mali.  Vers 11 heures, ce lundi, les forces de l’ordre dépêchées dans le village de Sobanou, dans la commune de Sangha, capitale emblématique du tourisme malien, au cœur du Plateau dogon, dénombrent 95 morts. Cela est-il possible ? « Affirmatif ! », confirme le Gouverneur de Mopti.

 

 

 Parmi eux,  des femmes, des enfants tous calcinés. Des habitations sont incendiées,  le bétail et les greniers brûlés. L’attaque a eu lieu, hier dimanche 9 juin, vers 17 heures. La réplique exacte d’Ogassagou où, le 23 mars dernier, une centaine de civils peulhs sont tués ? Cette fois, les civils tués sont des Dogon, et ceux du village désormais martyr sont majoritairement catholiques.  Les assaillants ne sont pas identifiés, mais les regards se portent sur les djihadistes. « Surtout ceux  de l’État islamique », propose un chercheur sur la nébuleuse salafiste au centre du Mali. Au Sahel, Daesch est incarné  par Abdoul Hakim et Abou Walid el Sahraoui, tous des anciens du courant Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), créé dans le nord du Mali en 2012 pour promouvoir un jihad centré sur des leaders des ethnies locales au lieu des Algériens d’AQMI (Al-Qaeda au Maghreb islamique). Pourquoi Daesch ? « Ce courant nouveau chercherait  à forcer l’adhésion des populations peulh après ce qui s’est passé à Ogossagou et face à la montée en puissance de la milice des chasseurs dogon, Dana Ambassagou », poursuit le chercheur.

On en sait très peu sur les rescapés à cette heure. Mais selon des récits éparts, tout serait allé très vite. En quelques deux heures, Sobanou, à quelques dizaines de kilomètres de Sévaré où se trouve un des plus grands camps militaires du Mali, est rayé de la carte. Si, sur le Richter de l’horreur, Ogossagou et Sobanou figurent en bonne place,  les actes d’insécurité sont devenus monnaie courante. Enlèvements d’humains et de bétail succèdent aux incendies de villages et aux assassinats ciblés. A l’heure où s’écrivent ces lignes, les autorités de Bandiara, préfecture dont relève Sobanou, sont en train de comprendre les mobiles de l’égorgement survenu ce lundi, en plein marché d’un homme, par de présumés chasseurs. La zone de Douentza, infestée par les djihadistes et les chasseurs, est devenue pratiquement un mouroir.  Tout cela au moment où l’État malien, dans un dernier sursaut, essaie de mutualiser les efforts pour ramener la paix au Centre à travers notamment la mise en place d’un « cadre politique » impliquant les ministères concernés.

Or, qu’est-il possible de faire maintenant qui soit efficace et immédiatement payant pour casser la spirale infernale  d’une région jadis conviviale pourtant ? C’est la question sur toutes les lèvres. Maintenant, le risque est plus à craindre  d’une guerre civile sur les lignes de fracture religieuse, maintenant que Daesch est dans le jeu. Le communiqué de Dana Ambassagou, quelques heures après le carnage de Sobanou, est à prendre au sérieux qui « déclare ouverte la lutte pour la sauvegarde de dignité et de la liberté du pays dogon » (sic).

Par Adam Thiam 

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