Pendant que les épouses et enfants des militaires tombés à Boulkessi et Mondoro continuent de pleurer, pendant que les populations du centre dorment difficilement, à Bamako c’est le cinéma qu’on tourne avec la convocation, au camp I, de l’ex général Moussa Sinko Coulibaly.

« Une compagnie basée sur le mensonge n’ira pas loin », nous apprend l’adage populaire. Cela sied bien à ce qui se passe aujourd’hui au Mali : le bras de fer entre IBK et un des ex putschistes, Moussa Sinko Coulibaly. Pour quel candidat les putschistes ont-ils appelé à voter en 2013 ? IBK. Qui était Moussa Sinko Coulibaly ? N’est-il pas ce ministre de l’Administration territoriale qui affirmait que le candidat « Ibrahim Boubacar Keïta avait une large avance sur ses concurrents et que si ces écarts sont confirmés, il n’y aura pas de deuxième tour » ?… Pourtant il était putschiste et IBK a accepté son soutien, parce qu’il avait soif du pouvoir.

Cette relation IBK –Sinko, fondé sur des bases douteuses, s’est détériorée en 2018 et s’est aggravée depuis hier, surtout avec la convocation du général démissionnaire par le camp I.

Cette convocation controversée de Moussa Sinko Coulibaly intervient suite à des tweets virulents qu’il a fait après les attaques de Boulkessi et Mondoro : « Il est impérieux de mettre fin à ce régime incompétent pour abréger la souffrance du peuple. La nation est meurtrie par l’incompétence du régime d’une médiocrité à nulle autre pareille. Il est temps de trouver des moyens pour mettre fin à cette gouvernance scabreuse… ».

Ces tweets ont été largement commentés. Si certains trouvent qu’il a appelé à un renversement du régime IBK, pour d’autres, il a, en tant que citoyen et homme politique malien, appelé le président à démissionner.

La publication du général a apparemment fait trembler Koulouba qui a vite réagi lors d’une réunion avec les groupements politiques signataires de l’Accord politique de gouvernance : « Je tenais à vous dire cela, et encore une fois, notre nation, aujourd’hui, plus que jamais, a besoin de solidarité, a besoin de se resserrer, n’a pas besoin d’élucubration des nostalgiques du putsch. Aucun putsch ne prévaudra au Mali, qu’on se le dise. Et je crois que cela n’est pas du tout à l’ordre du jour et nous ne saurons nous inquiéter. Mais je tiens à dire combien cela est absolument ignominieux, indécent dans les temps où nous sommes », disait IBK, le président de la République, chef suprême des armées.

La réaction d’IBK a été suivie de celle de son ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Ce qui prouve que le président de la République et son ministre Tiebilé ont trouvé les tweets du général comme un appel à un coup d’Etat.

Ces déclarations ont été suivies de la convocation du général politique. Toute la journée d’hier, c’est avec ce sujet qu’on distrait le peuple malien. Le Mali souffre, et la solution à cette souffrance n’est pas la querelle politicienne à laquelle on assiste.

Le coup d’Etat est interdit. C’est ce qui a d’ailleurs mis le Mali en retard depuis 2012. Tout citoyen appelant au renversement d’un régime démocratiquement élu doit répondre devant la justice. Mais Sinko a-t-il fait référence à un coup d’Etat ? N’a-t-il pas, en tant que leader politique, le droit de demander la démission du Président de la République ? Question. C’est d’ailleurs ce que défend le président de l’Adepm qui ne trouve pas les tweets de Sinko comme un appel à un coup d’Etat : « Nous avons la force démocratique nécessaire aujourd’hui de faire démissionner le président de la république sans violence tout en lui octroyant son statut d’ancien président de la République », a-t-il soutenu sur sa page Facebook hier.

Mais le régime et le camp adverse doivent se mettre en tête que le Mali ne mérite pas de tel théâtre. Ils doivent penser à ces épouses et enfants des militaires tombés sur le champ de l’honneur. Ils doivent, par respect aux populations du centre, qui ne dorment plus du fait de l’insécurité, arrêter de distraire le peuple malien.

Battez-vous pour mettre fin à la crise d’abord avant vos querelles politiciennes. Faites-en sorte qu’il n’y ait pas d’autres Boulkessi. Et pour cela, le pouvoir et l’opposition doivent se donner la main. Le peuple du Mali veut sortir de la crise. Donc arrêtez de lui distraire et chercher la solution à ses maux !

Boureima Guindo

Source: lepays