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Affaire des hélicos cloués au sol : Aliou Boubacar Diallo, la descente aux enfers d’un voltigeur

« A beau mentir qui vient de loin », dit l’adage. Aliou Boubacar Diallo, ancien patron de Wassoul’or, semble être rattrapé par son passé sulfureux. L’homme ne dort plus que d’un œil depuis que le procureur en charge du Pôle économique et financier de Bamako s’est saisi du dossier dit ‘’avions cloués au sol’’. Surtout que les autorités ont décidé de déclassifier le dossier en supprimant la notion de ‘’secret défense’’. Diallo, à l’extérieur du pays depuis bientôt quelques mois, a raison de s’inquiéter, car il est cité dans ce scandale comme celui qui aurait fait le montage financier pour l’achat de ces avions.  

L’horizon commence à s’éclaircir sur la sombre affaire des avions cloués au sol. Petit à petit, la lumière apparaît sur les acteurs impliqués dans l’achat de ces hélicoptères « frelatés », ayant coûté des dizaines de milliards de FCFA au contribuable malien.

Un nom revient avec insistance dans le dossier, celui d’Aliou Boubacar Diallo, cité dans un scandale financier avec Airbus Group, l’ex-EADS. http://bamada.net/equipement-de-larmee-aliou-boubacar-diallo-cite-dans-lachat-des-deux-helicos-cloues-au-sol-depuis-juillet-2017

Selon le site français Mediapart, Airbus est visé par une enquête judiciaire pour un investissement dans une mine d’or au Mali. Associé cette fois-ci aux journaux suisses Tages Anzeiger et La Tribune de Genève, ce média rappelle que 14 millions d’euros ont été investis en 2012 dans la mine d’or de Kodiéran (sud du Mali).

Cette mine exploitée alors par la société Wassoul’or d’Aliou Boubacar Diallo, homme d’affaires cité dans plusieurs scandales financiers à travers le monde et leader politique qui a été battu à plate couture à l’élection présidentielle malienne de 2018 (8 % des voix au premier tour).

Mediapart publie que, selon Tracfin (organisme en charge de la lutte contre la fraude, le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme), l’investissement d’Airbus «pourrait en réalité dissimuler le financement des activités politiques de M. Diallo, proche soutien de M. Ibrahim Boubacar Kéita (au début de son premier mandat en 2013), dont la contrepartie aurait pu être la vente d’avions et d’hélicoptères pour un montant total de plus de 100 millions d’euros», écrit le PNF (Parquet national financier français) dans un document consulté par Mediapart.

La justice française n’est pas la seule à enquêter sur cette affaire scabreuse, dont les vagues ne manqueront pas de remporter Aliou Boubacar Diallo et sa suite derrière les barreaux et pour très longtemps, la justice suisse enquêtait aussi sur cette affaire. Et Mediapart affirme que le parquet de Genève «envisage désormais de se dessaisir de l’enquête au profit du parquet national financier français».

Si l’intéressé et son entourage se refusent à tout commentaire sur le sujet malgré notre insistance, cependant, à Mediapart, Aliou Diallo nie toute implication dans cette affaire. «L’intégralité des fonds recueillis par Wassoul’or à l’époque a été réinvestie dans la mine», a-t-il confié au site français. Et d’ajouter qu’il n’a «jamais été impliqué dans un marché d’Etat» au Mali et qu’il n’a pas été le «facilitateur» des contrats obtenus par Airbus, dont il n’a «jamais été informé de l’existence».

Si l’homme d’affaire, actuel patron d’une supposée mine gazier, nie toute implication dans le dossier, les confrères du journal La Sirène ont retranscrit un article du site anglais ‘’bloomberg.com’’ dans une publication en date du 13 juillet 2017, sur cette même affaire d’avions cloués au sol.

Selon le confrère, le Général de brigade Souleymane Bamba, alors colonel-major et chef d’état-major de l’armée de l’air, affirme au site web anglais: « Les deux hélicoptères que le gouvernement a achetés à Airbus ne sont toutefois d’aucune aide pour le moment ». ‘’Bamba a déclaré que les deux hélicoptères sont bloqués parce que l’armée malienne ne peut obtenir les bonnes pièces de rechange’’. Aux termes de l’article de ‘’La Sirène’’, le site anglais indexe une mine d’or africaine qui serait malienne, il s’agit de ‘’Kodiéran’’, exploitée par la société Wassoul’or de Aliou Boubacar Diallo. L’article de ‘‘www.bloomberg.com’’, rapporte la Sirène, ne porte pas sur l’état de santé des deux hélicos Super Puma, mais les conditions très floues dans lesquelles ils ont été acquis par l’Etat du Mali.

La Sirène informe que c’est le géant du secteur aéronautique et spatial civil et militaire, Airbus, qui a livré les deux hélicos au Mali. Et pour l’achat des appareils, le site web ‘‘www.bloomberg.com’’ accuse Airbus et Aliou B. Diallo de faits de corruption. Et si toutes les deux parties nient tout rapprochement, ‘‘www.bloomberg.com’’ cite la société minière allemande ‘‘ Pearl Gold AG’’, pour avoir joué un rôle d’intermédiaire. Une société à laquelle Aliou B. Diallo, toujours selon blooberg.com, reconnait avoir vendu des actions et qui reconnait à son tour avoir vendu des actions à Airbus au nom de Aliou B. Diallo. Tout de même, le patron de Wassoul’or dément : ‘‘Je n’avais aucune relation particulière avec le gouvernement et je n’étais impliqué dans aucun achat d’hélicoptère. Cela n’a rien à voir avec moi. C’est juste un complot de la part de personnes qui veulent discréditer la mine afin de pouvoir l’obtenir de moi », rapporte blooberg.com.

Le scandale

Plus loin, le bihebdomadaire malien écrit :« Si Aliou Boubacar Diallo dit n’avoir en personne aucun contact avec la société ‘‘Airbus’’, cette dernière est poursuivie en justice à Toulouse (France) par deux autres sociétés actionnaires de la mine de ‘‘Kodiéran’’ (oui celle même exploitée le Wassoul’or de Aliou B. Diallo) qui l’accusent de les avoir ‘‘arnaqués’’ pour se faire une ‘‘caisse noire’’ : ‘‘…Les deux actionnaires reprochent au constructeur de les avoir trompés sur ses véritables intentions. Alors que le nom d’Airbus aurait été utilisé comme une caution, « crédibilisant » le projet aux yeux des autres actionnaires, le fabricant d’avions n’aurait pas été vraiment intéressé par la mine. Il aurait voulu se constituer « une réserve de fonds particulière au travers d’un investissement de façade dans une opération de mine d’or », rapporte www.nouvelobs.com dans un article en date de mars 2017, soit cinq mois avant les révélations de ‘‘www.bloomberg.com’’ sur l’achat des deux hélicos. » Et d’ajouter : « En clair, et selon www.nouvelobs.com citant Mediapart, ‘‘l’étrange intérêt d’Airbus sur la mine de ‘‘Kodiéran’’ ne date pas d’aujourd’hui : ‘‘En 2012, un homme d’affaires malien, Aliou Boubacar Diallo, cherche des fonds pour démarrer l’exploitation. Il aurait convaincu Airbus d’investir plusieurs dizaines de millions d’euros. C’est en tout cas ce qu’affirment les plaignants. Ces derniers ont mis dans leurs poches 4,3 millions pour Michael Reza Pacha, et 6,4 millions d’euros pour Africain Gold Partners. Le chantier est inauguré en grande pompe le 25 février 2012. Le président malien d’alors, Amadou Toumani Touré, et de nombreux dignitaires sont présents et coupent le ruban devant les photographes.’’.

Ces déclarations sur www.nouvelobs.com sont confirmées par ‘‘www.bloomberg.com’’ dans sa livraison de juillet 2017 : ‘‘Le gisement aurifère de Kodiéran au Mali n’a jamais produit beaucoup d’or au-delà des particules extraites par les habitants de ce coin reculé de l’Afrique. Pourtant, en 2012, la mine a gagné un actionnaire curieux: Airbus.

‘‘Le géant français de l’aviation a acheté sa participation de façon détournée et transféré 15 millions d’euros d’un fonds interne via une série d’entités situées dans les îles Vierges britanniques, au Luxembourg, en Suisse et en Allemagne.

‘‘L’intrusion d’Airbus dans le secteur minier n’a pas abouti, l’entreprise perd finalement la quasi-totalité de ses investissements. Son activité principale a mieux résisté, concluant son premier contrat avec l’armée malienne pour la vente de deux hélicoptères Super Puma d’occasion. Il se peut que des ordres supplémentaires soient apportés alors que l’armée améliore ses défenses pour contrer les attaques des rebelles, a déclaré un officier de l’armée de l’air.’’ »

Un complot ?

Aliou B. Diallo l’a dit à blooberg.com : ‘‘ C’est juste un complot de la part de personnes qui veulent discréditer la mine afin de pouvoir l’obtenir de moi. ». Toute chose qui a amené La Sirène à se poser la question suivante : Un complot de la part de qui ?

Des avions défectueux avaient été vendus au Mali. Il a fallu attendre juillet 2019 pour que les autorités dénoncent le scandale, qui n’a pas manqué de défrayer la chronique d’ailleurs. Dans l’opinion nationale, tout le monde veut que la lumière soit faite sur cette affaire aux allures d’une arnaque savamment orchestrée.

C’est ainsi que le Procureur en charge du Pôle économique et financier de Bamako a décidé de mettre son nez dans l’affaire pour situer les responsabilités, afin que les auteurs soient sanctionnés à hauteur de leur forfait.

Pour sûr, il faut croire qu’Aliou Boubacar Diallo risque gros et même très gros si les allégations en cours sont fondées. En attendant, tous les regards sont braqués vers le Pôle économique.

« Tous les jours pour le voleur et un jour pour le propriétaire », avance un adage bien connu en Afrique.

A suivre.

Harber MAIGA avec la Sirène et Mediapart

Source: AzalaïExpress

 

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