Ainsi, ‘’tout le monde se portera mieux et chacun aura à traiter des ambiguïtés qui existent chez lui’’ parce que, pour le moment, ‘’ce n’est pas clairement le cas’’, selon le Président français, qui attend des chefs d’Etat africains impliqués dans le G5 Sahel ‘’qu’ils clarifient et formalisent leurs demandes à l’égard de la France et de la communauté internationale’’.

Papa MACRON, mais, c’est déjà fait.

Dans le cas du Mali, après le lancement de l’opération Serval, en janvier 2013, la nécessité de mettre au point un statut spécifique facilitant l’intervention des militaires français s’est traduite par la signature d’un Accord par échange de lettres les 7 et 8 mars 2013.
Les 4 autres pays du G5 Sahel ont des accords de coopération militaires avec la France.
Donc, la base juridique à l’intervention militaire française existe bel et bien. A ce niveau, il y a des ambiguïtés à traiter chez soi. La base politique existe également, puisqu’aucune opération extérieure n’est effectuée sans le quitus de l’Assemblée nationale. Il en a été ainsi à propos du Traité de Coopération en matière de Défense entre la République du Mali et la République française, signé à Bamako le 16 juillet 2014.
Le 3 juillet 2015, l’Assemblée nationale (du Mali) a adopté « le projet de loi autorisant la ratification du Traité de coopération en matière de défense, signé à Bamako, le 16 juillet 2014, entre la République du Mali et la République Française. »
Le pendant, côté français, est la Loi n° 2016-913 du 4 juillet 2016 parue au JO n° 0155 du 5 juillet 2016 autorisant la ratification du traité de coopération en matière de défense entre la République française et la République du Mali. A ce niveau également, il y a des ambigüités qu’il faudrait traiter chez soi.
Pour ce qui est de la clarification, on ne peut être plus clair que le sont les chefs d’Etat africains impliqués dans le G5 Sahel. La position du Président Ibrahim Boubacar KEITA ne souffre l’ombre d’aucune ambiguïté. Cet extrait de son adresse à la Nation du 30 novembre dernier suffit à convaincre les plus sceptiques : « Nous avons donné. Nous sommes en train de recevoir. Nous n’avons aucune raison de nous glorifier d’avoir tendu la main à ceux qui en avaient besoin hier. Mais nous n’avons non plus aucune raison de mordre la main de ceux qui nous tendent les leurs aujourd’hui. L’humilité et la gratitude sont des valeurs de ce pays ; il importe de ne pas les jeter dans le torrent de nos récriminations personnelles ».
Au Mali, des manifestants contre la présence des troupes françaises ont été dispersés à coup de gaz lacrymogène.
Au-delà des discours politiques, des actes concrets sont posés. Par exemple, en janvier 2018, à la veille du cinquième anniversaire du lancement de l’intervention française au Mali, la Police nationale a dispersé une manifestation d’une centaine de personnes contre la présence militaire française.
Mais, il y a des ambigüités qui sont traitées chez soi.
Alors que faut-il comprendre par ‘’tout le monde se portera mieux et chacun aura à traiter des ambiguïtés qui existent chez lui’ des ambiguïtés qui existent chez lui ?’’ C’est dans cette question que réside toute l’ambiguïté d’une démarche cavalière d’un Président d’une puissance qui réagit à fleur de peau. Parce qu’après toutes preuves de reconnaissance manifestées à la France par les autorités nationales (à ne pas confondre avec des opposants politiques), il ne leur reste plus qu’une option : étouffer toutes expressions de sentiment anti-français qui n’est pas non plus une génération spontanée. Peut-être faudrait-il mater toute voix discordante ! Ce, en violation de l’article 4 de la Constitution du Mali qui dispose : ‘’toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience, de religion, de culte, d’opinion, d’expression et de création dans le respect de la loi’’. La liberté d’expression est l’une des plus belles représentations de la démocratie qui ne s’accommode pas d’un manichéisme suranné et surtout oppressant. La liberté d’expression est sacrée. C’est au nom de cette liberté qu’il y a eu la révolution de 1789, qu’il y a eu la révolution de mars 91, c’est au nom de cette liberté qu’il y a des Gilets jaunes (qui ne représentent pas l’opinion française), c’est au nom de cette liberté qu’il y a des manifestants (qui ne représentent pas l’opinion malienne) contre la présence des forces françaises sur le territoire malien. A ce niveau également, il y a des ambiguïtés qu’il faudrait traiter.
Par ailleurs, la désinvolture avec laquelle les chefs d’Etat africains impliqués dans le G5 Sahel invité à Pau, le 16 décembre prochain, est en soi porteuse d’ambiguïtés. C’est lors d’une d’une conférence de presse à l’issue du sommet de l’OTAN, à Watford, près de Londres, le mercredi 4 décembre que le Président français a annoncé concomitamment la rencontre, la date et le lieu. C’est probablement par conférence de presse que les dirigeants africains sont invités. Si tel était le cas, il n’a été nullement tenu compte de leurs agendas nationaux. Dans ces conditions, il serait plus juste de dire ‘’j’ai convoqué les chefs d’État africains impliqués dans le G5 Sahel’’ comme le ferait le Commandant blanc. Après tout, le goût prononcé pour la posture jupitérienne n’autorise-t-il pas beaucoup d’errements ? C’est vrai, ‘’la main qui reçoit est inférieure à la main qui donne’’ ; mais, c’est aussi vrai que dans cette affaire, on est tous embarqué dans la même aventure. Le monstre fabriqué s’émancipe toujours de son créateur et devient incontrôlable.
En somme, il y a une somme d’ambiguïtés qu’il faudrait traiter de part et d’autre.

PAR BERTIN DAKOUO

Source : Info-Matin