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Les aléas de la vie politique en démocratie malienne

Et de cinq ! En rendant le tablier, le jeudi, 18 avril dernier, Soumeylou Boubèye Maïga est devenu le cinquième Premier ministre sacrifié à la cause d’IBK. Une cause en laquelle les Maliens ne se reconnaissaient plus et qui, de ce fait, a agi en repoussoir. Le seul piège que ne put déjouer SBM, en dépit de ses qualités de fin manœuvrier.

IBK, éreinté par les critiques publiques et de la classe politique, l’esprit plombé face aux difficultés qui assaillent le pays, dérouté par la profonde désaffection du peuple à son égard (lui, le président le plus plébiscité de la IIIè République !) avait cru tenir en SBM l’homme providentiel, le seul capable de tenir le gouvernail d’un pays en pleine tourmente.

Sitôt installé, le nouveau Premier ministre devait réussir son entrée en scène. Kidal, symbole très fort de la dégradation de notre souveraineté nationale, et celui de sa fuite déguisée, en 2014, en tant que ministre de la Défense, était l’épreuve idéale, rédemptrice de tous les dérapages de l’Etat.

Le  »Tigre » y atterrit, en mars 2018, avec un dispositif impressionnant de sécurité et, surtout, une serviette remplie de billets de banque, rituel auquel se soumet volontiers l’exécutif pour donner le change d’une autorité que les ex-rebelles ne lui ont jamais reconnue.

Avec cette mascarade,  le PM inaugurait ainsi la série de fanfaronnades qui, tout en visant à conférer du relief à sa nouvelle réputation, allait, malheureusement, contribuer à plonger les populations du Centre sous le feu des représailles des jihadistes.

La multiplication des massacres, pillages et autres dévastations contre les populations, ponctuant chaque déplacement du Chef du gouvernement dans la zone, a eu des effets négatifs sur l’image de ce dernier, mettant également à nu le manque d’un dispositif sécuritaire véritablement fiable. En dépit d’importants moyens humains, techniques et financiers engagés par le gouvernement aux fins de protection des populations et de leurs biens.

La démission de Soumeylou Boubèye Maïga et son gouvernement, résultant d’une forte contestation et d’une pression énorme des forces vives de la nation sur le pouvoir, appelle nécessairement des observations et quelques leçons.

D’abord, sur l’attitude générale de celui qui a rapidement cristallisé sur sa personne tous les rejets du régime IBK. Soumeylou Boubèye Maïga, confronté à la gestion d’un temps visiblement court pour lui, a commis la maladresse d’afficher sa volonté de se passer de l’opposition et de la société civile pour conduire des chantiers qui requerraient pourtant l’implication de ces entités.

La constitution, par ses soins, du Comité d’experts chargé de la révision constitutionnelle, offrit ainsi à ces dernières l’occasion de désarçonner un attelage gouvernemental déjà en position de précarité.

Après la démonstration de force du vendredi 5 avril, qui a donné, parait-il, des sueurs froides à IBK lui-même, lui faisant, par ailleurs, prendre la mesure de sa nouvelle fragilité, il devint vite évident que les jours du Premier ministre, au centre de toute la polémique, étaient désormais comptés.

Quelle qu’en ait été la forme (la vérité sera connue un jour), la démission, présentée dans la soirée avancée du 18 avril, porte un indéniable coup de massue à une carrière aussi vite compromise qu’elle avait semblé prometteuse.

SBM est largement comptable de sa propre chute. Son arrogance démontrée contre l’Opposition et les oppositions, sa volonté affichée de piétiner les règles élémentaires de la démocratie, hier exigées avec force par lui-même (le matraquage des manifestants, le débauchage par la corruption-morale ou autre- de députés du RPM, entre autres) et surtout cette ambition revendiquée de procéder à un large rassemblement des partis phares du paysage politique malien (pour servir ses propres intérêts) ont fini de fixer les convictions sur l’irruption d’un prédateur dans l’indolent landerneau politique malien.

Une image aussi dégradée devenait forcément rédhibitoire pour toute autre action à entreprendre par un chef de gouvernement condamné par-quasiment-toute la classe politique, dont la majorité présidentielle n’était pas la moins virulente.

L’on ne peut donc occulter la question de l’avenir politique de celui qui s’était déjà vu en haut de l’affiche. SBM et son parti avaient connu une brusque montée de cote avec la transhumance, en leur faveur, d’une quinzaine de députés RPM. Au point de se retrouver en seconde position de l’Assemblée nationale.

Il serait très instructif de pouvoir mesurer aujourd’hui la force d’engagement de ces nouveaux convertis aux idéaux politiques de l’ASMA-CFP.

Avant d’engager quelque action que ce soit (qui pourrait relever essentiellement d’une réaction d’orgueil), SBM devrait d’abord méditer sur les aléas de la vie politique, dans un système démocratique dont les premiers responsables en ont dévoyé les sacro-saintes  règles. Le retour de boomerang reste, dans ce cas, une juste sentence.

Le régime IBK est, paradoxalement, du véritable pain béni pour la démocratie malienne. En six années d’exercice, il a fait franchir à celle-ci plus d’étapes vers la maturité politique qu’en plus de 20 ans de pratique de ce système dans notre pays. La mauvaise gouvernance est, semble-t-il, le chemin le plus court qui mène aux changements…

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Source: l’Indépendant

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