« Un vaccin test contre le coronavirus est attendu en Afrique ». C’est la substance du message d’un chercheur français. Le sujet depuis quelques jours fait polémique et enflamme les débats. Le gouvernement malien, à travers un communiqué de la présidence, rassure pour sa part qu’il n’a acté avec aucune structure pour tester un vaccin sur des Maliens contre le coronavirus. En clair pour le Mali, il n’est pas question de faire une expérimentation sur son territoire.

« Si je devais être provocateur. Est-ce qu’on ne devrait pas faire ses études en Afrique où il n’y a pas de masques, pas de traitement, pas de réanimation, un peu comme c’est fait d’ailleurs pour certaines études dans le Sida ou chez les prostituées ou on essaye des choses parce qu’on sait qu’elles sont hautement exposées et ne se protègent pas. Qu’est-ce que vous en pensez?», se demande le médecin français alors invité de la chaîne LCI. Sur le plateau, il était accompagné d’un chercheur français. Cette déclaration a provoqué une avalanche de colères et d’indignations, en particulier, en Afrique et même au-delà.

Pas de test vaccin au covid-19 au Mali

Aussitôt, les réseaux sociaux se sont enflammés. Des internautes africains en commentant et dénonçant la sortie du médecin français imposent à leur dirigeant de dire ‘’non à un test de vaccin sur le Continent’’. Pour eux, l’Afrique n’est pas un terrain d’expérimentation. Déjà, dans la journée du samedi, la présidence de la République du Mali a réagi sur sa page Facebook pour démentir les propos du Jean Paul Mira.

« La Présidence informe l’opinion publique que les autorités maliennes n’ont signé aucun accord pour tester un vaccin anti Covid-19 sur le sol malien contrairement aux posts mensongers qui circulent sur les réseaux sociaux », indique le post de la présidence malienne. A l’image du Mali, le Burkina-Faso a aussi clarifié qu’il n’a acté avec aucune organisation pour mener un test de vaccin sur son territoire.

Auparavant dans la matinée du samedi, le représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le directeur adjoint de la santé répondaient aux questions de nos confrères du site Lejalon.  Pour le représentant de l’OMS, Jean-Pierre Baptiste, la déclaration de Jean Paul Mira est truffée de mensonges. Pour lui, les propos du français sont des ragots.

« Moi je ne commente pas les propos tenus par X ou Y sur un plateau TV. Ce que je peux dire, c’est qu’au niveau de l’OMS nous sommes en train de travailler sur plusieurs vaccins qui ne sont pas encore prêts à être utilisés. Et l’utilisation d’un vaccin exige toute une procédure», a répondu, Jean-Pierre Baptiste, Représentant de l’OMS au Mali.    

De son côté le Directeur national adjoint de la santé au Mali, Boubacar GUINDO enrichit : «il n’a jamais été question de tester un vaccin au Mali contre le nouveau coronavirus. Nous n’avons pas connaissance d’une telle initiative. Le BCG dont les gens parlent est utilisé contre des bactéries. Or, le Covid19 est un virus et non une bactérie».

Les excuses du chercheur et du médecin

Après le tollé suscité suite à leur déclaration, le chercheur et le médecin français ont présenté des excuses tout en essayant de recadrer leur propos.  En effet, ce vendredi 3 avril, l’Inserm a déclaré que le chercheur Camille Locht a souligné « qu’il n’a tenu aucun propos raciste ». Puis, précise-t-il, « que les conditions de l’interview ne lui ont pas permis de réagir correctement ». Avant de tenter de corriger l’erreur. Son intention était d’affirmer que « tous les pays devront pouvoir bénéficier des fruits de la recherche ».

En face, l’Assistance publique des hôpitaux de Paris pour laquelle travaille Jean-Paul Mira a également réagi. Le directoire de l’AP-HP se dit « choqué » par les propos du médecin qui fait lui aussi son mea culpa. « Je veux présenter toutes mes excuses à celles et à ceux qui ont été heurtés, choqués, qui se sont senti insulté par des propos que j’ai maladroitement prononcés », déclare le chef de service de médecine intensive et réanimation à l’hôpital Cochin.

Dans la même foulée, les autorités françaises, à travers le ministère français des Affaires étrangères, n’est pas restées en marge de cette affaire très sensible dans un contexte de guerre contre la pandémie coronavirus qui est train de faire des ravages, à travers le monde. A ce jour, des milliers de personnes sont décédées des suites de cette maladie.

Pour sa part, le ministère français des Affaires étrangères qui s’est exprimé vendredi 3 avril aussi sur le sujet est clair. Pour le ministre, les propos tenus sur LCI « ne reflètent pas la position des autorités françaises ».

Et dans une volonté de marquer le soutien de Paris dans cette crise sanitaire, le Quai d’Orsay précise que le Président Emmanuel Macron s’est entretenu le même vendredi par visioconférence avec une dizaine d’homologues africains « pour faire un état des lieux et voir comment appuyer les efforts du Continent ».

Près d’un milliard pour soutenir des pays africains

Par ailleurs pour aider des pays africains dans la riposte contre le coronavirus, l’Agence française de développement (AFD), en collaboration avec l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), ont annoncé le lancement d’un dispositif conjoint visant à améliorer la veille sanitaire et la prise en charge des cas suspects de Covid-19 dans 5 pays d’Afrique (Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Gabon, Mali, Sénégal). Appelé Aphro-Cov. Ce programme piloté par REACTing, ciblera les laboratoires, le dispositif d’alerte précoce, les services cliniques et, via une sensibilisation et une communication renforcée, toute la population. Le montant de la subvention accordée par l’AFD à l’Inserm dans le cadre de ce nouveau projet s’élève à 1,5 million d’euros soit près d’un milliard de FCFA.

« Le projet, soutenu et financé par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères via l’AFD et opéré par l’Inserm via REACTing et ses partenaires dont PAC-CI s’inscrit dans cette réponse et vise à renforcer le dispositif de surveillance, d’alerte précoce, de confirmation et de prise en charge des cas de Covid-19 dans 5 pays d’Afrique : le Burkina-Faso, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Mali et le Sénégal », relevons dans le communiqué conjoint de l’AFD et INSERM. A ce jour, l’Afrique compte plus de 3000 de cas de Covid-19 sur son territoire.

« Alors que nous traversons une crise sanitaire sans précédent, le constat est clair : seuls des systèmes de santé suffisamment robustes, partout dans le monde, sont en capacité d’organiser une riposte au Covid-19. Dans ce contexte, la coopération sanitaire internationale doit être fortement renforcée avec les pays les moins bien armés, notamment en Afrique où l’avenir de la pandémie pourrait se jouer. Il en va de notre intérêt commun que de se protéger mutuellement. C’est la raison pour laquelle l’Inserm et l’AFD se mobilisent pour prendre activement part aux efforts collectifs en déployant, dans plusieurs pays africains, un premier dispositif conjoint de surveillance, de détection et de prise en charge des cas d’infection au coronavirus » a déclaré Rémy Rioux, Directeur général de l’AFD.

Une piste de vaccin contre covid-19 en étude

Pour l’instant, il n’y a aucun traitement contre le coronavirus. Mais des pistes sont en train d’être explorées. L’une des plus sérieuses porte sur le vaccin BCG contre le COVID-19. Selon des chercheurs, le vaccin BCG contre la tuberculose aurait un effet protecteur contre le COVID-19.

« Des études épidémiologiques ont montré de façon intéressante une corrélation entre taux de vaccination au BCG et taux de morbidité face au COVID-19 », souligne le communiqué de l’Inserm, mais ces études restent soumises à d’importants biais, en particulier la différence de niveau de vie et de politique de santé entre les pays à fort et à faible taux de vaccination, qui ne permettent pas de conclure à un lien de causalité.

Différents essais cliniques ont été lancés aux Pays-Bas et en Australie et la France prépare également un essai de son côté, en collaboration avec l’Espagne, pour comparer les bénéfices de la vaccination au BCG contre placebo

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Par Sikou BAH

Source: info-matin