Monsieur le Président de la République,
Suite aux événements malheureux survenus à Ogossagou dans la commune de Bankass le samedi 23 mars, vous avez convoqué un conseil des ministres extraordinaire, et pris des décisions à la hâte notamment, la dissolution de la milice Dana Amassagou.
Monsieur le Président, sans préjudice de tout le respect qui vous est dû, je me trouve dans l’obligation de vous signifier que cette décision est injuste et sans fondement juridique, donc inacceptable pour les raisons suivantes.


Primo, aucune milice ne me parait plus légitime ou plus dangereuse que d’autres ; en effet, toutes les milices doivent être dissoutes sans exception. Dans la précipitation, vous avez oublié ce détail et faire apparaitre une préférence entre elles. Lors du prochain conseil des ministres, mieux tard que jamais, prenez la décision de dissoudre les milices suivantes : le Gatia, le MNLA, le MAA, le MSA, le HCUA, la Plateforme, la milice peulh de Amadou Kouffa etc ; ainsi la nation toute entière vous sera reconnaissante.
Secondo, Dana Amassagou ne devrait pas se désarmer à la hâte, comme vous le souhaitez, parce qu’en face nos frères peulhs ont toujours leurs armes. Donc deux poids deux mesures. Jugez-en ! Cela nous paraît injuste.
Tertio, l’armement ne fait pas la guerre, mais les hommes. Ne le savez-vous pas mieux que moi ? Pour votre information, des hommes de bonne volonté étaient sur le point de parvenir à une solution, à cet épineux problème. Une rencontre entre vingt dogons et vingt peulhs s’est tenue dans un grand hôtel de la place à Hamdallaye ACI 2000. Au moment où une délégation conjointe dogon et peulh devait se rendre chez nos parents aux villages (hasard de circonstance ?) l’armée de l’air a bombardé les positions des chasseurs dogons à Kanibonzo, détruisant sur le coup plus de trois cents motos. Croyant la force de frappe des chasseurs réduite au néant, nos frères peulhs ont fait volte-face et ont annulé du coup, la mission conjointe de bons offices.
Monsieur le Président eu égard à ces réalités, il sera difficile voire impossible à Dana Amassagou de déposer les armes et se faire hara-kiri.
Je vous demande humblement de revoir votre copie, pour adopter une position équitable, juste sans chercher à vouloir faire plaisir à la communauté internationale au détriment d’une communauté interne: celle des dogons.
Enfin, Monsieur pour votre gouverne, sachez que depuis l’antiquité c’est eux nos frères peulhs qui ont toujours causé des torts aux dogons. Je prends un seul exemple pour étayer mes propos. Il y a aujourd’hui, plus de mille dogons ayant été faits esclaves chez les peulhs. En retour pas un seul peulh au Mali, qui soit esclave chez un dogon.
Autre temps, autre mœurs. Trop c’est trop, Monsieur le Président. Il est de votre ressort, de gérer au mieux cette question, avant qu’il ne soit trop tard… A bon entendeur salut !
Veillez agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l’expression de ma haute considération.
Ousmane Kodio, paisible dogon, Bamako

Source: Le Républicain