Mali 60 ans 1962: le Mali en quête d’unité pour l’Afrique et d’équilibre dans ses relations internationales

En cette année 1962, les officiels maliens effectuent plusieurs déplacements et ont des entretiens dont l’objectif était de renforcer les liens d’amitié et de coopération avec leurs partenaires. En se rendant en Côte-d’Ivoire, le Président Modibo KEITA voyait en ce voyage «un nouveau pas dans le sens de l’unité africaine». Plus tard, dans le cadre de la visite officielle de Hubert MAGA, Président de la République du Dahomey, le Président Modibo KEITA a affirmé : «le peuple malien est prêt à accepter le sacrifice de sa souveraineté nationale au profit d’un ensemble africain si les conditions objectives ou qualitatives en étaient réunies».

Focus sur les efforts du jeune État malien en matière d’unité pour l’Afrique et d’équilibre dans ses relations internationales.

Mali-Mauritanie : la tension
20 avril 1961
L’ambassade de la République du Mali en France a publié le vendredi 20 avril 1962 une mise au point relative aux attaques mauritaniennes consécutives au récent incident de Nema.
«L’incident qui s’est produit le 29 mars 1962 à Nema, au cours duquel trois hommes ont été tués, a déclenché une campagne contre le Mali. La République du Mali eût opposé à cette campagne un mépris souverain si le président de la République islamique de Mauritanie n’avait repris à son compte les propos fantaisistes sur l’existence au Mali de camps d’entraînement pour les éléments subversifs auteurs de l’incident de Nema.
Le gouvernement de la République du Mali ne peut que manifester sa profonde indignation devant cet échafaudage d’accusations mensongères.
La République du Mali, attachée au respect de la parole donnée, a affirmé en son temps qu’elle ne donnera sa caution à aucune agression contre un État africain. «
Le document de l’ambassade du Mali énumère rapidement ensuite d’autres incidents provoqués, affirme-t-il, «par les ressortissants ou les agents de la force publique de Mauritanie, faisant en moins d’un an une vingtaine de morts et plusieurs blessés du côté malien. «
Enfin, après avoir fait état de «révoltes dans les garnisons mauritaniennes», le document malien cite en conclusion la réponse de Modibo KEITA au message du gouvernement mauritanien, texte affirmant notamment :
«Je relève dans votre message, outre le caractère fantaisiste de vos allégations, une prétention inadmissible à modifier la politique africaine du Mali, qui continuera de réserver son hospitalité à tous Africains.»

Une mission mauritanienne de bonne volonté conduite par Babakar Alpha, ministre de la Santé et des Affaires sociales, s’apprêtait à partir jeudi 10 mai pour Bamako où elle devait s’efforcer d’améliorer les relations entre les deux pays. Mais le départ de cette mission a été annulé à la suite de l’envoi à la dernière minute d’un télégramme du Mali refusant cette visite.
Dans son télégramme adressé mardi 8 mai 1961 au gouvernement mauritanien, Le Président Modibo KEITA allègue le ton discourtois d’une récente allocution de Ould Daddah, chef de l’État mauritanien.
Face à ce refus, le président Ould Daddah a envoyé à Bamako une réponse dans laquelle il déclare notamment : «Nous prenons acte du prétexte fallacieux pour décommander la mission de bonne volonté mauritanienne. Je vous fais remarquer qu’un document injurieux pour la Mauritanie distribué par le Mali à l’O.N.U. n’a nullement découragé le projet de mission que vous-même avez proposé. L’opinion internationale appréciera à sa juste valeur votre responsabilité très grave par une pareille initiative. Nous osons espérer, au nom des objectifs communs de l’unité africaine et de la coexistence pacifique entre les États africains frères, que le bon sens et la raison reprendront le dessus. «

Mali-Sénégal : vers le dégel
16 février 1962 : Aucun différend n’existe entre les peuples sénégalais et malien
Dans une déclaration lue vendredi 16 février 1962 à la presse Barema BOCOUM, ministre des Affaires étrangères, a formellement démenti «les allégations répandues par Radio-Dakar et Radio-Brazzaville» et plus spécialement par la presse parisienne au sujet d’un complot anti sénégalais monté au Mali.
«Le Mali ne servira jamais de base d’agression contre aucun État africain», a déclaré le ministre BOCOUM, qui a affirmé qu’» aucun différend n’existe entre les peuples sénégalais et malien». Le ministre des Affaires étrangères a déclaré d’autre part que «le Mali n’a pas pris de mesures restrictives à rencontre des citoyens sénégalais se rendant au Mali, comme c’est le cas pour les citoyens maliens qui se rendent au Sénégal. Ces derniers doivent obtenir un visa de l’ambassade de France à Bamako et se voient voler ou confisquer leurs biens à la frontière des deux États «.

Réciprocité sénégalaise
Comme réponse du berger à la bergère, Léopold Sédar SENGHOR, Président de la République du Sénégal, a déclaré au cours de son voyage dans l’Est sénégalais : «Ceux du Mali sont nos frères. Nous ne demanderions pas mieux que d’entretenir de bonnes relations avec eux. Mais il ne peut être question de collaboration avec le Mali tant que celui-ci n’acceptera pas le gouvernement sénégalais librement choisi par le peuple sénégalais. «

19 août 1962
Un communiqué du ministère sénégalais de l’information, diffusé par Radio-Dakar à l’occasion du deuxième anniversaire de l’éclatement de la Fédération du Mali et de la proclamation de l’indépendance du Sénégal, déclare que le Sénégal laisse la porte ouverte en vue d’un rapprochement avec notre pays : «Les voies de la construction nationale sont multiples, déclare le communiqué, et nous devons respecter celles qu’a choisies le voisin: il doit respecter les nôtres. Nous avons tout à gagner à cette attitude de tolérance et de respect mutuel. Les peuples africains montreront leur maturité politique en l’adoptant…»
Par ailleurs, le communiqué déclare que le rapprochement tant attendu entre les groupes de Casablanca et de Monrovia semble enfin prendre forme, et que cela pourrait avoir une influence favorable sur l’avenir des relations entre les deux anciens partenaires de la Fédération du Mali.

27 décembre 1962 : Le ministre sénégalais de TP à Bamako
Alioune Badara MBENGUE, ministre des Travaux publics du nouveau gouvernement de Dakar, est arrivé jeudi soir 27 décembre 1962 à Bamako. C’est le Premier ministre sénégalais accueilli au Mali depuis l’éclatement de la Fédération, le 20 août 1960.
On assure dans les milieux politiques de Bamako que le Président Modibo KEITA le recevra très rapidement, et l’on considère comme acquise la prochaine reprise des relations diplomatiques et économiques entre le Sénégal et le Mali, et notamment la réouverture de la voie ferrée Dakar-Niger, paralysée depuis la rupture de 1960 entre les deux pays.

15 août 1962 : Modibo Keita en Côte-d’Ivoire
Le Président Modibo KEITA, est depuis mercredi 15 août 1962 l’hôte officiel de la Côte-d’Ivoire, où l’a accueilli Le Président Félix Houphouët-BOIGNY, et où la population lui a fait une réception particulièrement chaleureuse.
Le déplacement ivoirien du Président Modibo, qui visite jeudi 16 août 1962 la ville, le port et les installations industrielles d’Abidjan, a été marqué, mercredi après-midi, par un important défilé militaire. Pendant près de deux heures et sous les acclamations d’une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes, le Président Modibo KEITA et les membres de la délégation malienne assistèrent, aux côtés du chef de l’État ivoirien, a une parade groupant quelque dix mille participants.
Dans son allocution de bienvenue, le président Houphouët a fait état du «réel désir de rapprochement entre les deux peuples faits pour s’aimer, s’entraider et ensuite développer les voies et moyens qui leur permettront de réaliser ce que l’Afrique attend de nous : l’unité «.
Le Président Modibo KEITA a répondu notamment : «Nous venons à vous la main tendue, le cœur ouvert, avec le grand espoir que ce bref séjour ici consolidera les liens existant déjà entre nos deux pays et qui font préfigurer la grande coopération entre tous les peuples d’Afrique.»
Avant de quitter Bamako, le Président Modibo KEITA avait en effet assuré que son voyage serait «un nouveau pas dans le sens de l’unité africaine «.

17 août 1962
Au cours de son voyage officiel en Côte-d’Ivoire, Modibo KEITA, a déclaré vendredi 17 août 1962 : «Dans quelques mois les États des groupes de Casablanca et de Monrovia, que rien ne sépare fondamentalement, vont se retrouver : il faut qu’ils se débarrassent de leur égoïsme, de leur orgueil mal placé devant la nécessité de l’unité africaine, car pour l’Afrique c’est la voie du salut. «

1er septembre 1962 : rapprochement Mali-Côte d’Ivoire
Dans le communiqué conjoint signé vendredi par Modibo Keita, , et Houphouët-Boigny, président de la République de Côte-d’Ivoire, à l’issue du voyage officiel de quinze jours que le chef d’État du Mali vient d’effectuer en Côte-d’Ivoire «les deux chefs d’État ont réaffirmé avec force la nécessité et l’urgence de réunir une conférence des chefs d’État africain, sans exclusive aucune, pour conjuguer les efforts en vue d’une coopération large et effective «,
Les deux présidents, poursuit en substance le communiqué, sont d’accord pour constater qu’il est possible d’établir une coopération entre pays africains sur la base du respect des structures politiques et économiques de chaque État, et de la non-ingérence dans les affaires intérieures.
Les présidents Modibo Keita et Houphouët-Boigny ont, en outre, déclare le communiqué, «arrêté de nouvelles formes de coopération efficace et étroite entre les deux pays par la signature d’un traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle entre la République du Mali et la République de Côte-d’Ivoire, la signature d’un accord de paiements et d’un accord de commerce, ainsi que par la définition d’un problème précis de coopération et d’échanges dans divers domaines. «

19-24 mars : Modibo en Haute-Volta
Le communiqué final conjoint publié simultanément à Bamako et à Ouagadougou à la suite de la visite effectuée du 19 au 24 mars, en Haute-Volta, par Modibo KEITA annonce que «convaincus que la division de l’Afrique en groupes est le fait du colonialisme et dessert les intérêts supérieurs des peuples africains, les présidents du Mali et de la Haute-Volta ont décidé d’œuvrer au rapprochement de ces groupes afin de hâter la réalisation de l’unité africaine».

19 avril 1962 : Modibo Keïta en Guinée
Le Président Modibo KEITA et Sékou TOURE, Président de la République de Guinée, accompagnés des membres de leurs gouvernements et des membres des bureaux politiques de leurs partis respectifs, se sont rencontrés le jeudi 19 avril 1962 à Kanhan, en Guinée.
Le but des entretiens entre les deux chefs d’État était de renforcer les liens d’amitié et de coopération entre le Mali et la Guinée, selon le communiqué publié mercredi 18 avril 1962 à Bamako pour annoncer cette rencontre.

Mali-Dahomey (Bénin)
11 octobre 1962 : le Mali est prêt à renoncer à sa souveraineté nationale
Dans une allocution prononcée jeudi 11 octobre à Bamako, au cours d’un meeting organisé dans le cadre de la visite officielle de Hubert MAGA, Président de la République du Dahomey, le Président Modibo KEITA a affirmé notamment que «le peuple malien était prêt à accepter le sacrifice de sa souveraineté nationale au profit d’un ensemble africain si les conditions objectives ou qualitatives en étaient réunies «. «Mais, a ajouté le président Modibo Keita, pour que cette coopération interafricaine puisse préparer des bases solides à une réelle unité africaine, il est essentiel qu’un accord se fasse sur un certain nombre de problèmes communs à nos peuples : lutte contre le colonialisme et toutes formes de domination étrangère ; maintien de l’Afrique en dehors des blocs ; action vigoureuse contre les discriminations raciales ; coopération des organisations populaires ; coopération économique et sociale et culturelle ; lutte en faveur de la paix. «

Mali-Libéria
7 décembre 1962
William TUBMAN, Président de la République du Libéria, est arrivé vendredi à Bamako, venant de Monrovia, pour une visite officielle de neuf jours au Mali. Il a été accueilli à sa descente d’avion par le Président Modibo KEITA.

Mali-Russie
21 mai 1961 : Modibo à Moscou
Le Président Modibo KEITA est arrivé le lundi matin 21 mai 1961 à Moscou pour une visite officielle d’une dizaine de jours, la première que le chef du jeune État malien entreprenne dans les pays de l’Est. Accueilli à l’aéroport par Khrouchtchev lui-même et conduit aussitôt à sa résidence du Kremlin, comme tous les chefs d’État, le Président Modibo KEITA a eu avec le chef du gouvernement et les autres dirigeants soviétiques plusieurs entretiens. Il a entrepris ensuite un voyage en province qui l’a conduit notamment à Sotchi, à Tachkent et à Leningrad. Après avoir quitté Moscou le 31 mai, il s’est rendu à Prague puis en Allemagne fédérale.

Les appréciations soviétiques
Les officiels soviétiques ont prévu le meilleur accueil pour le représentant de cet État, qu’ils connaissent peu encore, mais en lequel ils voient surtout, comme le rappelle la Pravda de ce mardi matin 22 mai 1962, un membre éminent du groupe de Casablanca, celui qui a obtenu l’évacuation totale du territoire par les troupes françaises, qui a reconnu le gouvernement Gizenga au Congo et enfin, en janvier dernier, a déclaré par la bouche de son président «choisir la voie du socialisme «.
Les relations soviéto-maliennes ont été établies il y a un peu plus d’un an. Ouvertes en fait par les accords militaires conclus à Moscou en février 1961, qui aboutirent notamment à la fourniture de matériel, elles prirent leur départ officiel en mars de la même année, avec l’arrivée dans la capitale soviétique du ministre malien de l’Intérieur et de l’information de l’époque, Madeira KEITA.
Plusieurs accords furent conclus à l’issue de cette visite, notamment un traité de coopération économique et technique, assorti d’un crédit de 40 millions de roubles, ainsi qu’un accord d’échanges culturels. Peu après, le premier ambassadeur du Mali, Mamadou Keita, prenait son poste à Moscou.
En ce mois de mai 1962, l’aide soviétique se traduit par la présence dans notre pays d’assez nombreux géologues, enseignants et techniciens, notamment dans la compagnie Air Mali et sur le tracé de la voie de chemin de fer qui doit relier Bamako à Conakry.

Mali-Chine
Des accords de coopération économique et technique ont été signés vendredi 9 novembre entre la République populaire chinoise et notre pays. L’aide chinoise prévue par ces accords consistera en fourniture d’équipements complets et une assistance technique pour l’implantation d’infrastructures industrielles. Les usines ainsi installées utiliseront des produits maliens afin que notre pays puisse produire sur place des marchandises qui étaient importées.

Source : INFO-MATIN

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