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Mme Sy Kadiatou Sow : « gardons notre capacité de nous indigner, de dénoncer, mais aussi de proposer et d’agir pour un changement positif »

L’association “Alliance pour la Démocratie au Mali” Adéma -Association a organisé une conférence de presse le samedi 20 mai 2017 à la Pyramide du Souvenir sur le thème:”

Sy Kadiatou Sow ancienne ministre gouverneur societe civile

La Conférence d’entente nationale : Quelle suite ? “. Ladite conférence a été animée par la présidente de l’Adéma-Association, Mme Sy Kadiatou Sow. Nous vous proposons le texte liminaire d’introductions aux débats.

Deux ans après sa signature, l’accord de Bamako, dit « Accord pour la paix et la réconciliation nationale issu du processus d’Alger »  reste confronté à de nombreux écueils dans sa mise en œuvre. Cela, malgré les multiples rencontres (budgétivores) des différents comités chargés du suivi et le feuilleton des arrangements particuliers entre groupes armés (CMA et Plateforme) trop souvent violés par les signataires. Les Maliens assistent impuissants et désespérés à la dégradation de la situation sécuritaire dans les régions dites du Nord, du Centre mais aussi du Sud (avec ses conséquences sur tous les secteurs d’activités).

De nombreux acteurs politiques et de la société civile (dont notre association) réclamaient avec insistance la tenue d’assises ou larges concertations. Finalement c’est la Conférence d’Entente Nationale (CEN) prévue par l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale au Mali (Titre I, Chapitre II, article 5.) qui s’est tenue du 27 mars au 02 avril 2017. Cette conférence fortement attendue, avait pour objectifs de « permettre un débat approfondi entre les composantes de la Nation malienne sur les causes profondes du conflit. Ce débat aura à prendre en charge entre autres la problématique de l’AZAWAD. Une Chartre pour la paix, l’unité et la réconciliation nationale sera élaborée sur une base consensuelle en vue de prendre en charge les dimensions mémorielles, identitaires, et historique de la crise malienne et de sceller son unité nationale et son intégrité territoriale ».

Il est important de rappeler que dès la signature de l’Accord, notre association à travers un atelier, suivi de  conférence-débats s’était  penchée sur les enjeux et défis de la mise en œuvre de l’accord, et avait  insisté sur l’urgente nécessité d’organiser de larges concertations autour de l’accord pour une réelle appropriation par les différentes composantes de la Nation.

Lorsque le processus de préparation de la CEN a été annoncé par les autorités, notre association a décidé d’y participer à condition qu’elle soit inclusive et très ouverte (pas de sujet tabou). La rencontre qu’a bien voulue nous accorder le Pr. Baba Hakib  HAIDARA, Président de la commission d’organisation de ladite conférence, nous a permis de recueillir des informations sur  les dispositions en cours pour une bonne préparation et tenue de la CEN, mais aussi de lui faire part  des appréhensions de nombreux concitoyens sur le caractère non inclusif de la CEN et le risque d’occulter les questions qui fâchent. Notre association nourrissait l’espoir que les débats de la CEN permettront de rectifier certaines erreurs et contourner les pièges contenus dans l’accord. Nous lui avons réaffirmé notre engagement à non seulement participer, mais aussi à tenter de convaincre certains acteurs politiques et de la société civile réticents.

  1. Qu’avons-nous retenu de la CEN

Points positifs :

-Inclusivité  et  liberté de parole.

Malgré le temps relativement court consacré aux débats en commissions et en plénière, les participants ont pu aborder de façon très ouverte sans restriction aucune tous les sujets qui leur tenaient à cœur. Si les débats ont été quelquefois houleux, très passionnés, c’est la liberté d’expression dans la courtoisie qui a prévalu.

La qualité du document de travail remis aux participants : très riche en informations sur l’histoire, la géographie, la politique, l’économie, la sociologie, la situation sécuritaire etc.

Points négatifs

L’adoption de la chartre pour la Paix, l’unité et la Réconciliation Nationale qui  était un des objectifs de la CEN a été supprimée de l’ordre du jour de la Conférence et renvoyée aux calendes grecques (au bon vouloir du Président de la République), et le fait d’attendre  l’ouverture  de la conférence pour l’annoncer a été très mal perçue par les participants : c’était une désagréable surprise et nous sommes nombreux, à y voir la « main » des groupes séparatistes, et à douter de leur sincère volonté d’aller vers une paix durable, sur des bases acceptées de la majorité des maliens.

La déclaration du Président de la République lors de la clôture  sur « l’absence de consensus autour de  l’AZAWAD » qui prend le contrepied des conclusions des travaux de la CEN : je cite « 3 éléments principaux ressortent des débats :

  1. le terme AZAWAD ne renvoie plus à aucun projet politique.
  2. l’appellation AZAWAD, au plan administratif, ne peut englober de fait toutes les régions dites du Nord.
  3. l’appellation AZAWAD recouvre une réalité socioculturelle, mémorielle et symbolique partagée par certaines populations du Nord ….. » En clair les participants dans leur très large majorité s’opposent fermement au dessein politique de vouloir donner à ce territoire un statut juridique et politique. Les séparatistes chez qui l’appellation Azawad cache un projet politique ont dû se sentir seuls, très seuls.

Comment peut il saluer la bonne tenue de la conférence et les importants résultats auxquels les participants sont parvenus et à la fois remettre en cause certaines de ses recommandations parmi les plus importantes ?

  1. Quelle suite  à la Conférence d’entente nationale?

Lors  de la clôture de la CEN, le Président a annoncé qu’il maintiendrait le président Baba Hakib HAIDARA en mission pour la mise en œuvre des recommandations de la CEN.

Nous avons par conséquent sollicité une autre rencontre avec lui pour nous enquérir des mesures envisagées pour la réalisation de cette mission. Nous avons reçu de son cabinet une copie du décret présidentiel  nommant Baba Hakib HAIDARA  « Président  de la Commission   spéciale chargée de la rédaction de la Charte pour la Paix, l ‘Unité et la Réconciliation nationale et de l’élaboration d’une cartographie des terroirs de la République du Mali ».

Il est indiqué dans ce décret «  Le Président de la Commission spéciale prendra toutes les dispositions et mesures utiles pour l’exécution de cette mission.

Il remettra au Président de la République le document de Charte et le document de cartographie des terroirs au plus le 20 juin 2017».

Le Président de la République dans son discours de clôture de la CEN  a promis de prendre des décisions qui permettront de capitaliser au mieux les recommandations de la CEN. Celles-ci seront soumises « à l’éventail le plus large possible de citoyens maliens  afin d’enregistrer leurs remarques, critiques et propositions ». Est-il possible d’atteindre cet objectif dans ce délai ? Quelle sera la valeur juridique de cette Chartre ? A qui sera-t-elle opposable ? Et le cas échéant quelles sanctions seront encourues ?

Quant à la cartographie, son élaboration dans un tel contexte et dans l’urgence ne risque t’elle pas de susciter de nombreuses controverses ? Est-ce pour satisfaire la revendication des groupes armés se réclamant de l’Azawad ? Il semble que certains instituts (IER institut d’économie rurale et Institut géographique du Mali IGM) disposent déjà de bases de données importantes. Mais il va bien falloir partager ces informations et faire valider cette cartographie.

Notre association, tout en reconnaissant la nécessité de disposer d’une telle cartographie, invite à la prudence et la vigilance pour éviter que cet outil ne soit source de division et  ne ravive des conflits entre communautés.

Par ailleurs, il est prévu que les missions d’information et de partage du contenu de la Chartre et de la cartographie des terroirs soient conduites par les parties signataires de l’Accord avec l’accompagnement de certaines notabilités et personnes ressources. Il nous parait essentiel que le rôle des représentants de l’Etat malien  qui sont les garants de l’unité nationale soit prépondérant.

La réaction immédiate, très négative traduite par un rejet systématique des autorités maliennes et européennes (les ministres français des Affaires Etrangères Jean-Marc Ayrault et son homologue allemand, Frank-Walter Steinmeier en visite au Mali le 02 mai 2017) à une des recommandations invitant au dialogue avec les Jihadistes  maliens (en particulier Iyad AG Ali et Amadou Koufa). Cette question sera toujours controversée et cela est normal en raison notamment des traumatismes subis par les populations victimes des actes terroristes. Cependant, nous estimons que les points de vue de la majorité des participants à la CEN ne devraient pas être  balayés du revers de la main et ignorés dans la recherche de solutions à la crise. Est il besoin de rappeler qu’aucune solution  ne saurait être durable si elle n’emporte l’adhésion des maliens eux-mêmes. Ayons le courage de débattre et décider ce qui est bon ou pas pour notre pays, pour nos populations.

Notre association reste très préoccupée et même angoissée par la situation actuelle  de notre Pays, caractérisée par une  multiplication des attaques terroristes avec leurs lots de victimes militaires et civiles.

Nous sommes comme dans un engrenage : Absence des FAMAS des zones de conflit, le non désarmement et cantonnement des groupes armés et l’attentisme de la MINUSMA créent chez les populations le sentiment d’être  abandonnées par leurs autorités à leur triste sort et les incitent à former  des groupes d’autodéfense.

Le combat contre les terroristes dans certaines des localités surtout du Centre donne  lieu à des amalgames entre terroriste/Jihadiste et peuls  conduisant à de graves exactions commises par certains éléments des Forces armées et de sécurité.

Ce qui contribue à exacerber les tensions entre communautés et la méfiance (et même la défiance) vis-à-vis des militaires. Les familles ou groupes victimes de ces exactions deviennent dès lors un terreau fertile de recrutement pour les Jihadistes.

Renforcer les capacités de nos FAS à faire face efficacement à leur mission régalienne  exige en plus des dotations en matériels et équipements adéquats de veiller au moral des troupes.

Si les récentes mesures destinées à soutenir les familles et prendre en charge les orphelins sont à saluer, il reste que l’absence des autorités (ministre, Premier ministre et président de la République) aux obsèques des militaires tombés au front provoque incompréhension et frustrations. Et pas seulement dans les rangs de leurs compagnons d’arme. Nous estimons que la présence physique de nos autorités est à la fois une marque de compassion, de solidarité et de reconnaissance et doit être un réflexe.

En conclusion 

L’Alliance pour la Démocratie au Mali (A.DE.MA-Association) se félicite de la bonne tenue de la Conférence d’Entente Nationale et  félicite la Commission d’organisation présidée par le Professeur Baba Akib HAIDARA d’avoir gagné le pari de l’inclusivité et de la liberté de parole.

L’Alliance pour la Démocratie au Mali (A.DE.MA-Association) approuve les importantes conclusions de la Conférence d’Entente Nationale et réitère son engagement à exercer (en synergie avec d’autres) son devoir de veille citoyenne  afin que ces conclusions ne restent pas lettre morte.

Nos autorités ne semblent pas comprendre ou admettre que leur principale force d’appui pour résister à toutes les pressions d’où qu’elles viennent est la population malienne.

Nous en appelons à une forte mobilisation de l’opinion nationale  pour peser de tout son poids sur la résolution de la crise.

Gardons notre capacité de nous indigner, de dénoncer, mais aussi de proposer et d’agir pour un changement positif et bénéfique au plus grand nombre de nos concitoyens !

Mobilisons nous davantage pour que notre Pays reste une République démocratique, laïque, une et indivisible !

Je vous remercie !

 

La rédaction

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