La République du Mali est en deuil. Le désormais ex-patron du département en charge de l’éducation s’en est allé en fin semaine dernière et a été conduit à sa dernière demeure hier dimanche 12 janvier suite à une cérémonie d’honneur national offerte par le gouvernement et sa famille dans les locaux du Centre international de conférence de Bamako. 

 

Hier était un triste dimanche à Bamako et dans tous les coins et recoins du pays. La mort de M. Tioulenta est une perte pour le pays, une  immense perte pour ceux qui connaissent les expériences dont il a potassé lors de ses passages dans plusieurs postes de responsabilités. « Nous savons tous que la vie n’est pas éternelle et la mort inévitable, mais quand celle-ci frappe l’un des nôtres, c’est une véritable déchirure, une douleur difficile à contenir. Car, nous ne sommes jamais préparés à la perte d’un être cher. Aucun mot ne serait suffisant pour exprimer le chagrin causé par cette disparition soudaine, inattendue, et rien ne saurait l’apaiser », a entonné le Ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Yaya Sangaré, face à une tribune envahie par ses parents, ses collèges, les présidents des institutions, des représentants des corps diplomatiques et, bien sûr, du Président de la République Ibrahim Boubacar Keita. « Mais quand le destin nous arrache un collaborateur d’exception, que nous reste-t-il ? Un seul devoir. Celui de lui rendre l’hommage qu’il mérite en relayant une dernière fois pour la postérité, son exemple, à travers les grandes étapes de sa vie, ses principaux traits de caractère, ses qualités humaines et professionnelles, son sacerdoce pour l’État qu’il a servi, et les causes nobles qu’il a défendues de son vivant », a poursuit M. Sangaré avec une voix pleine d’émotion.

 

Clin d’œil sur le parcours de l’homme

 

Né  dans les profondeurs du  pays, M. Tioulenta était  un homme de synthèse intellectuelle. Éducateur de classe exceptionnelle, professeur d’Université, parlementaire de premier plan, ministre, bref il symbolisait si bien ce qui nous unit et nous rassemble, par-delà nos différences et nos diversités. Enseignant, pédagogue, politique, homme de conviction, TIOULENTA respirait l’Éducation, l’Enseignement de notre pays. Il en avait conscience et s’en souciait. Professeur d’enseignement supérieur de classe exceptionnelle, il débuta sa carrière en 1978 à l’École normale secondaire de Badalabougou, comme professeur de lettres, l’année même où il venait juste de décrocher son diplôme en lettres modernes à l’École normale supérieure de Bamako, après un baccalauréat en Série Lettres Classiques au Lycée Askia Mohamed de Bamako, obtenu en 1974.Ambitieux, Témoré TIOULENTA s’envola plus tard pour Paris, d’où il revint nanti de son Doctorat (avec la mention Très Honorable) en Sciences du Langage, obtenu en 1991, à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris. Ce parchemin lui ouvre les portes de l’enseignement supérieur et il devient, tour à tour, Chargé de recherche, puis Chercheur au Département de Linguistique et Traditions Orales de l’Institut des Sciences Humaines de Bamako. Il a dirigé plusieurs postes avec persévérance et objectivité.

 

Ses œuvres 

 

Appelé au gouvernement en mai 2019 comme Ministre de l’éducation nationale, Dr Témoré Tioulenta, a engagé de grands chantiers pour le redressement de l’école malienne. Il a à son actif plusieurs œuvres, (études, enquêtes et travaux) dont les plus connues restent :
-« Analyse des besoins de formation du personnel enseignant du Mali » (PRODEC – ACDI TECSULT), 1999 ;
– « Enquête sur Sida et société dans la région de Mopti », Institut de Recherche pour le Développement, 1994 ;
– « Enquête sur la situation socioéconomique des femmes de Gavinané », Cercle de Nioro ;
– « La poésie Peule du Macina », Notre librairie n°74, 1992 ;
-« Les emprunts lexicaux du Peul au Bambara et au Français : aspects sociolinguistiques et problématique d’intégration », Thèse de Doctorat, 1991, MENTION TRES HONORABLE ;
-« Sammburu Bilaali », un essai sur la réinsertion sociale des anciens combattants, 1985, Deuxième prix en Fulfulde, Grands Prix Littéraires du Mali ;
-« Nafannde Arsike wittii Bolibaana », 1983, une nouvelle portant sur l’exode des jeunes ruraux du Macina, Premier prix en fulfulde, Grands Prix Littéraires du Mali ;
-« Recensement des termes traditionnels de l’élevage en Peul et la créativité lexicale » 1978, Mémoire de Maitrise, École Normale Supérieure, Bamako.
SON PARCOURS NE SERAIT PAS MIEUX RENDU, SI JE NE RAJOUTAIS PAS À CELA, SA RICHE EXPÉRIENCE POLITIQUE ET ASSOCIATIVE AUSSI BIEN REMPLIE, OÙ IL FUT :
– Membre fondateur du Bureau d’Études et de Réalisations, Sahel Consult en 1996 ;
-Membre fondateur en 1992 et Secrétaire Général de Tabital Pulaaku, l’Association des Amis de la Culture Peule ;
-Président de l’Association pour le Développement de la Commune de Toguéré Coumbé (ADCTC) ;
– Président de l’Association pour le Développement du Cercle de Ténenkou (ADCT) ;
-Président de l’Association pour le Développement Durable du Delta (A3D) ;
– 1er Vice – Président de la Coordination des Associations des Ressortissants des Cercles de la Région de Mopti Résidant à Bamako (CAREMB) ;
-Secrétaire aux Relations Extérieures du Collectif des Ressortissants du Nord (COREN) ;
– Député à l’Assemblée Nationale et Président du Groupe parlementaire de l’ADEMA-PASJ, Législature 2007 – 2013.

Militant de l’Adema-PASJ, le porte-parole du gouvernement M. Sangaré a témoigné qu’il était  un homme de devoir, un infatigable, un fidèle et loyal serviteur de l’État, un homme d’action et non du verbe. Et qu’il est, depuis la Révolution de Mars 91, le troisième  ministre mort en pleine fonction, après Boubacar Sada Sy et Mohamed Lamine Traoré, respectivement ministre de la Défense et des Anciens Combattants et ministre de l’Éducation nationale.

Paix à son âme !

Ada Djiga

LE COMBAT