Il convient de dire que la démocratie malienne s’est construite au prix du sang de notre peuple travailleur. C’est avec tristesse au cœur que nous rappelons ici que le régime sanguinaire de Moussa Traoré a trempé ses mains dans le sang de 224 femmes et enfants du Mali, et cela en vue de se maintenir aux affaires. En sa qualité de général- président, il n’avait pas réalisé que quand un peuple se met débout, il est invincible. Son régime dictatorial s’est effondré sous la pression de la rue.

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Pour la petite histoire, il faut dire que Ibrahim Boubacar Kéita n’a pas souffert des affres du régime apatride de Moussa Traoré. Particulièrement, il faut dire que celui qui est aujourd’hui président du Mali n’a pas participé à la lutte héroïque du peuple malien pour l’avènement de la démocratie pluraliste. Il doit sa connaissance par ce peuple à sa nomination comme Premier ministre du Mali par le président Alpha Oumar Konaré.

L’on rappelle qu’IBK, Premier ministre, s’est illustré par la répression sans pitié du monde scolaire et l’incarcération de ces hommes regroupés au sein du Collectif des partis politiques de l’opposition (COPPO) qui avaient tout donné pour que la démocratie éclore au Mali en lieu et place de la farce démocratique de Moussa Traoré.

En réprimant sans pitié les mouvements des élèves et étudiants, IBK savait que c’est bien l’Etat qui a placé l’école malienne sous la coupe réglée du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM). IBK savait que c’est son président Alpha Oumar Konaré qui a institué à l’école fondamentale ce qu’il convenait d’appeler la ‘’Nouvelle école fondamentale’’ (NEF).

Où était-il quand la politique élisait domicile dans l’espace scolaire ? Ces actes coupables du régime de Alpha Oumar Konaré n’ont pas empêché IBK de dire et de répéter à la face de nos enfants que leurs enfants viendront commander aux nôtres comme eux ils nous commandent aujourd’hui à loisir. IBK-a-t-il vraiment changé depuis ? C’est peut- être cela pour ceux qui avaient la mémoire courte. En tout cas, le même IBK a été élu à 77,66% des suffrages exprimés par les Maliens.

Mais un adage de chez nous affirme qu’à beau chasser le naturel,  il revient au galop. Au grand désarroi de ceux dont les enfants et les femmes ont été assassinés, froidement abattus par les forces répressives du général bazin, voilà IBK traiter le même Moussa Traoré de «grand républicain». C’était à l’occasion de sa prestation de serment au Centre international des conférences de Bamako (CICB), le 4 septembre 2013. Dès lors, il apparait clairement que Ibrahim Boubacar Kéita (IBK) ne peut être démocrate. Une façon de dire que c’est en Moussa qu’il se reconnaît mieux. Qu’il se rappelle que celui-là a assassiné bien de nos femmes et de nos enfants, celui-là à qui il a rendu hommage.

Qu’IBK président viole les droits chèrement acquis du peuple malien, cela s’inscrit en droite ligne dans ce que ceux qui le connaissaient auparavant  appelaient le dictateur. En tout cas, que de marches interdites par le régime depuis son accession à la magistrature suprême du pays en 2013 ! Aussi, bien d’indiscrétions faisaient état d’une «profonde amitié» entre IBK et le général Amadou Haya Sanogo sans lequel il ne serait certainement pas à Koulouba. C’est le même Sanogo qui croupit dans les geôles du président Ibrahim Boubacar Kéita. La roue de l’histoire tournera toujours !

Le tribunal a donné raison à la radio Kayira II de Koutiala dans le différend qui l’oppose au préfet de ladite ville. IBK n’est pas sans le savoir. Mais depuis, c’est silence radio du côté de Koulouba. Le pire est intervenu lorsque la marche des travailleurs de Kayira et sympathisants a été interdite, samedi le 18 novembre courant.

L’interdiction de cette marche s’ajoute, hélas, aux nombreux cas de violation flagrante du droit des citoyens à marcher pour exprimer leur désaccord avec la façon dont leur vie est gérée par le régime IBK. La raison invoquée pour justifier l’interdiction de la marche n’est autre que l’état d’urgence qui serait en vigueur au Mali.

Un autre fait majeur, c’est que le gouvernement de large ouverture tant attendu tarde à se former. Sans être dans le secret des dieux et des partis politiques, il y a fort à parier que le peuple et la classe politique ont compris que le président IBK n’inspire plus confiance. Bien au contraire ! Les raisons pour lesquelles le peuple l’a porté aux affaires sont désormais caduques et pour cause:

– Le slogan de campagne de Ibrahim Boubacar Kéita intitulé: ‘’Le Mali d’abord’’ est devenu dans les faits ‘’Ma famille d’abord’’ et l’honneur du Mali est bafoué dès la signature de l’accord de défense dans lequel IBK a engagé notre pays.

– A l’élection d’IBK, bien de citoyens attendaient du candidat la remise en l’état de l’intégrité territoriale du Mali. A ce jour, Kidal est coupé du Mali dans les faits en dépit des discours contradictoires.

– Ce que Manassa Dagnoko appelait «insécurité résiduelle» décime de plus en plus de vies humaines. Qui sait le nombre de soldats tués dans l’embuscade dont  a été victime le président de la Haute Cour de justice entre Dia et Ténenkou il y a maintenant plus de quinze jours ?

– La délinquance financière a encore de très beaux jours devant elle en dépit de l’engagement d’IBK de faire de l’année 2014 ‘’année de lutte contre la corruption et la délinquance financière’’.

En tout cas, en 2015, 70 milliards de francs CFA ont été détournés des caisses publiques. Les auteurs de telles malversations courent toujours sans s’inquiéter outre mesure.

– Que dire de sa détermination à réviser la Constitution du Mali à un moment où notre peuple souffre dans sa chair et dans sa conscience les affres de la misère économique et de l’insécurité chronique ? Il y a là, la volonté manifeste d’IBK d’ignorer le cri de détresse et de cœur du peuple qui l’a porté aux affaires.

– Un événement pointe à l’horizon dans le monde scolaire: les nombreux morts sur la route de la Cité universitaire de Kabala. Si IBK pense canaliser les élèves et étudiants du Mali en offrant une voiture 4×4 au bureau de Coordination de l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM), il se trompe vraiment !

Le ras-le-bol au Mali a atteint un seuil inquiétant à tel point que le président doit à présent respecter le choix de changement du peuple malien et la Loi fondamentale conférant aux citoyens le droit de revendiquer et de protester. Rappelons que c’est bien ce droit que Moussa Traoré avait refusé aux Maliens. Son «républicain» aimait dire que lorsqu’on retire la parole au peuple, il finit par la prendre.

– L’enlèvement par des inconnus du juge de Niono est un signe annonciateur du grand malaise qui s’empare de notre peuple.

– Si le régime ne prend pas garde en gérant autrement le pays l’avenir réservera des lendemains difficiles. Cela est d’autant impératif que ‘’gouverner c’est prévenir’’comme le dirait une célébrité malienne

Emile Fottorino disait: «La démocratie ouvre la porte à la liberté qui débouche sur la revendication. Une fois recouvré leur dignité,  les hommes ne supportent plus l’insupportable. Démocratiser sans développer, c’est allumer une poudrière».

Fodé KEITA