Relation Mali-France

Malgré les incompréhensions de première heure (l’éclatement de la Fédération du Mali, le problème de l’admission du Mali à l’ONU, l’évacuation des bases militaires françaises à la demande du gouvernement de Modibo KEITA) la volonté de normaliser les rapports entre les deux pays était réelle, de part et d’autre. De Gaulle dépêcha auprès de Modibo KEITA André Malraux, lequel a défini ainsi les bases de la coopération entre le Mali et la France, le 20 janvier 1961, dans une déclaration au moment de l’évacuation des bases militaires françaises.

 

Les rapports franco-maliens, qui sont entrés dans une phase de tension depuis le 22 Septembre 1960, date à laquelle le Mali décida de rompre tout lien politique avec la France, ont besoin d’être normalisés. Autant la situation des fonctionnaires français détachés au Mali doit faire l’objet d’un examen attentif, autant l’évacuation des bases militaires françaises en territoire malien, réclamée par le gouvernement le 20 Janvier 1961 doit faire l’objet d’un suivi de part et d’autre. Au-delà, il y a les relations économiques, et financières, à évaluer le Mali étant devenu indépendant et restant toujours dans la zone franc.
Ces relations peuvent être envisagées au plan bilatéral et au plan multilatéral dans le cadre ouest-africain notamment des pays ayant en usage le franc CFA.

I-Mali-France : une volonté commune de « normaliser » les relations
Pour normaliser les relations entre les deux pays, il fallait d’abord tourner la page de la Fédération du Mali. Dans ce cadre Paris a proposé au Sénégal et au Mali (République) des négociations pour trouver un accord. Les négociations franco-maliennes (fédération du Mali s’entend) qui se sont ouvertes à Paris se sont terminées le jeudi matin 30 septembre.
À l’issue de la dernière réunion tenue par les deux délégations le communiqué conjoint suivant a été publié :
« Les deux délégations sont parvenues à un accord complet sur les derniers points qui restaient à résoudre. Elles se sont félicitées de l’esprit de compréhension et d’amitié qui a constamment animé les négociations. Cette réunion met le point final aux négociations franco-maliennes. La signature ou le paraphe des accords interviendra lundi prochain 4 avril, à 9 h. 30, à l’hôtel Matignon. «
La délégation du Mali (fédération du Mali s’entend) était pour curieux que cela puisse paraitre très déséquilibrée au détriment de l’ex-Soudan. Elle était ainsi composée : SENGHOR, président de l’Assemblée législative du Mali, qui présidait la délégation malienne ; Modibo Keita, président du gouvernement fédéral du Mali ; Mamadou DIA, chef du gouvernement sénégalais, vice-président du gouvernement fédéral du Mali, et Lamine GUEYE, président de l’Assemblée législative du Sénégal.

2 mai 1961 : Modibo reçoit un émissaire de Gaule
Maintenant qu’un accord est trouvé sur la défunte fédération il faut à présent chercher à normaliser les relations entre les deux pays.
C’est dans ce cadre qu’André Malraux, ministre d’État chargé des affaires culturelles, arrive le mardi 2 mai 1961 à Bamako, où il est envoyé en mission par le général de Gaulle afin de rencontrer Modibo Keita, et lui transmettre un message de sa part.
Si aucune information filtré de la rencontre sur l’objet de cette mission officielle, l’on s’accorde à dire dans les milieux parisiens que celle-ci avait pour but de passer en revue l’ensemble des relations franco-maliennes. Dans ce cadre général, André Malraux qui avait l’estime et le respect du Président Modibo KEITA étudierait les conditions dans lesquelles pourrait s’exercer l’aide technique au Mali.
Le ministre a donné mardi à Bamako une réception à laquelle assistaient de nombreuses personnalités du Mali, dont Madeira KEITA, ministre de l’intérieur et de l’information, ainsi que le corps diplomatique et des représentants de la colonie française de Bamako
L’ambassade de France a publié un communiqué précisant que l’entretien entre le chef de l’État malien et le ministre d’État avait été très cordial et que le message personnel du général de Gaulle, concernait, selon des indications officieuses, l’ensemble des relations franco-maliennes et l’avenir de ces relations.
Après deux jours d’échanges avec nos autorités André Malraux, ministre d’État chargé des affaires culturelles, regagne le jeudi 4 mai 1961 Paris. Le Président Modibo KEITA lui avait remis sa réponse à transmettre à son homologue français.

Au message du général de Gaulle, qui posait fermement la question de savoir si la France devait envisager la poursuite, voire le développement de ses relations avec notre pays, ou devait envisager de les interrompre, Président Modibo KEITA aurait fait répondre qu’il était reconnaissant de l’aide apportée dans le passé par la France à son pays, et ne souhaitait aucunement une rupture.
Le Président Modibo KEITA n’en a pas moins mis l’accent sur l’urgence d’une définition nouvelle des relations franco-maliennes, en fonction des orientations socialiste et neutraliste prises par le nouvel État, des options qu’il a déjà faites, du rôle qu’il joue dans l’Ouest africain.
Des divers entretiens qu’on eus Keita et Malraux, il semble donc ressortir que des possibilités d’un assainissement des relations et d’une libre coopération existent entre les deux pays, et que les dirigeants maliens ne souhaitent pas voir s’établir avec la France le même genre de rapports qu’entre Paris et Conakry au cours des années précédentes.

5 juin 1961 : ouvertures des négociations franco-maliennes
Les négociations franco-maliennes se sont ouvertes à Bamako où est arrivée mercredi 5 juin 1961 une importante délégation française dirigée par Jacques Leprette, chef de service au Quai d’Orsay.
Ces négociations font suite à l’échange de messages en début mai 1961 entre le général de Gaulle et Modibo Keita. Elles doivent permettre de normaliser les relations entre les deux pays. En effet, à la suite de l’éclatement, en août 1960, de la Fédération du Mali, les deux États n’avaient pas clarifié leurs rapports.
Si aucun ordre du jour n’a été publié, la composition des délégations laisse supposer que les discussions porteront essentiellement sur les questions militaires, d’assistance technique et les conventions culturelles.
Alors que la délégation française est composée de techniciens, la délégation malienne comprend surtout des « politiques «. Elle est dirigée par Idrissa Diarra, secrétaire politique de l’Union soudanaise, et comprend notamment Madeira Keita, ministre de l’intérieur ; Henri Corenthin, ministre des transports, et Dossolo TRAORE, député.

8 mai 1961 : l’envoyé personnel de Modibo à l’Élysée
Le général de Gaulle a reçu lundi après-midi 8 mai 1961, à l’Élysée, le Dr Seydou Badiane KOUYATE, ministre de l’Economie rurale, envoyé personnel de Modibo Keita. Le Dr KOUYATE a remis au chef de l’État français un message personnel du président de la République du Mali. Ce document répond à la lettre personnelle que le général de Gaulle que la président Modibo KEITA avait reçu la semaine dernière à travers André Malraux, ministre d’État français chargé des affaires culturelles.

11 mai 1961 : L’élaboration de trois projets d’accord
Pour clarifier et relancer les relations entre leurs deux pays, le gouvernement français a proposé au gouvernement du Mali d’ouvrir des négociations. Le premier ministre français, Michel Debré, a remis jeudi 11 mai 1961 une note en ce sens à Seydou Badian KOUYATE, ministre du Plan et de l’économie rurale, qui était en mission à Paris.
Menées dans une atmosphère de compréhension mutuelle les négociations franco-maliennes ont abouti à l’élaboration de trois projets d’accord :
1 Un accord général sur la coopération technique en matière de personnel ;
2 Un accord de coopération culturelle ;
3 Un accord sur divers problèmes relatifs à l’aéronautique civile.
Les deux premiers projets seront soumis à l’approbation des gouvernements français et malien. Le troisième a été signé par les deux délégations.
Il a été convenu que les négociations se poursuivraient prochainement à Paris en particulier pour la conclusion d’un accord sur les transports aériens.

6 octobre 1961 : Normalisation des rapports économiques et commerciaux
Hamaciré N’DOURE, ministre de l’Industrie et du commerce de la République du Mali, était vendredi 6 octobre 1961 soir l’hôte du Cercle de la France d’outre-mer. A l’issue de la rencontre, il a déclaré : « Depuis la rupture de la Fédération du Mali nos relations avec la France en matière économique et commerciale, ont observé un état de fait. Nos échanges ont poursuivi la même cadence, malgré l’absence de conventions. Il est certain que nous ne pouvons pas demeurer dans cet état et qu’il faut rapidement régulariser ces problèmes. La République du Mali souhaite une normalisation rapide de ses rapports économiques et commerciaux avec la République française. «

II-Relations monétaires complexes
L’un des points de rupture entre la France et le Mali de Modibo Keïta est la volonté affirmée de ce dernier de doter son pays d’une monnaie nationale et l’affirmation de la libération de tout lien avec la France. Comment dans ces conditions reprendre la coopération ?

13 mars 1961 : Baumgartner reçoit huit ministres des finances africains
Le ministre français des finances Wilfrid Baumgartner a reçu ce lundi 13 mars 1961 huit de ses homologues ou leurs représentants des États africains dont la monnaie est émise par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Côte-d’Ivoire, Dahomey, Haute-Volta, Niger, Sénégal, Mali, Togo et Mauritanie).
Ces échanges entre les ministres des finances africains et leur homologue français avaient uniquement pour but de préciser les modalités techniques de fonctionnement de cet institut d’émission. Il s’agissait de déterminer dans quelle mesure on peut concilier le caractère global de l’organisation monétaire de ces pays avec le fait que chacun d’eux possède maintenant son indépendance.

13 mars 1961: Accord monétaire entre la France et 8 États de l’Afrique occidentale
À l’issue de la conférence qui a réuni rue de Rivoli les ministres représentant les huit États d’Afrique occidentale appartenant à la zone franc, et qui a été consacrée aux relations monétaires de ces pays avec la France, le ministre français des finances Baumgartner déclare « Notre confrontation a été très concluante et a eu des résultats très heureux «.
Le communiqué final précise en effet qu’un « accord unanime « est intervenu sur les principes suivants :
1) L’union monétaire de l’Afrique occidentale devra être maintenue.
2) La monnaie ouest- africaine, gérée par un établissement multinational, devra continuer à bénéficier de la garantie du Trésor français par le mécanisme du compte d’opérations.
3) La gestion du crédit devra faire l’objet d’une décentralisation à l’échelon de chaque État, mais continuera d’être assurée en fonction de l’intérêt commun.
L’application pratique de ces principes dans le cadre d’un accord multilatéral va être étudiée dans les jours qui viennent. Le projet ainsi préparé sera soumis à bref délai à une conférence réunissant à nouveau les ministres intéressés de la République française et des États de l’Afrique occidentale.
Dans un exposé liminaire, Baumgartner avait indiqué le lundi matin 1 » mars 1961 qu’il s’agissait de « savoir dans quelle mesure on peut concilier, au sein d’un organisme monétaire global, les intérêts individuels de chacun des pays ou groupes de pays, en tenant compte à la fois de leurs responsabilités propres et de la solidarité africaine», en même temps que «d’examiner les problèmes de l’émission au sein de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest «.
Notre pays était représenté à la conférence par Hamaciré N’DOURE, ministre du commerce du Mali.

10 juillet 1961 : réunion sur l’accord monétaire ouest-africain
Une conférence a réuni lundi après-midi 10 juillet 1961 au ministère des finances Baumgartner et les représentants des huit pays d’Afrique occidentale relevant de la zone franc : Côte-d’Ivoire, Dahomey, Niger, Haute-Volta, Mauritanie, Sénégal, Mali et Togo.
L’objet de cette réunion est d’étudier le projet élaboré Rue de Rivoli (siège du ministère des finances français) à partir des conclusions d’une précédente conférence tenue le 13 mars dernier visant l’aménagement des relations monétaires de la France avec ces jeunes Républiques noires.
L’accord était intervenu alors sur trois principes : maintien de l’union monétaire de l’Afrique occidentale ; gestion de la monnaie ouest-africaine bénéficiant de la garantie du Trésor français par un établissement multinational, dirigé par un comité mixte ; décentralisation de la gestion du crédit à l’échelon de chaque État.
La mise en forme du contenu de cet accord, qui a déjà fait samedi 8 juillet 1961 l’objet d’une réunion avec les participants africains, ne devrait pas connu de graves difficultés.
Toutefois, notre pays, le Mali semble marquer quelques réserves, en raison de l’absence, dans ce circuit, de la Guinée avec laquelle il a d’importants échanges commerciaux.
La conférence réunissant au ministère des finances, depuis le 10 juillet, les représentants des huit pays d’Afrique occidentale appartenant à la zone franc, et actuellement membres de la Banque centrale des États de l’Afrique occidentale (la Côte-d’Ivoire, le Dahomey, la Haute-Volta, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Togo) s’est ajournée mercredi.
En effet, si les participants « se sont mis d’accord sur les grandes lignes du fonctionnement de l’Union monétaire de l’Afrique de l’Ouest «, ils « décident de renvoyer l’examen des autres textes à une conférence qui se tiendra à Abidjan le 8 août 1961 «.
En fait, des divergences de conceptions importantes se sont fait jour. Trois points de vue notamment ont été présentés : l’un par le Togo, dont le délégué n’était qu’un « observateur «, mais qui a souligné les différences d’intérêts séparant les participants ; l’autre par le Sénégal – soutenu d’ailleurs par le Mali – qui a relevé qu’il convenait avant tout de distinguer les problèmes posés entre les États africains, et entre ceux-ci et la France : et la Côte-d’Ivoire, qui s’est précisément élevée contre cette distinction.
Ce sont apparemment ces divergences qui ont conduit les délégués à reporter à plus tard la mise en place de l’Union monétaire envisagée.

10 octobre 1961 : désaccord entre les ministres des finances
Les ministres des finances des États francophones de l’Afrique de l’Ouest (Côte-d’Ivoire, Dahomey, Haute-Volta, Niger, Sénégal, Mauritanie, Mali et Togo) n’ont pas encore résolu le problème des futures relations monétaires et financières avec la France.
Réunis mardi après-midi 10 octobre 1961à Paris, au ministère français des finances, sous la présidence de Baumgartner, ils se sont concertés de nouveau pour mettre au point le fonctionnement du futur institut commun d’émission qui devrait remplacer l’actuelle Banque centrale des États de l’Afrique occidentale.

17 octobre 1961 : Session de rattrapage des ministres
Pour harmoniser leur positions, les ministres des finances des États de l’Afrique occidentale (Côte-d’Ivoire, Dahomey, Niger, Haute-Volta, Sénégal, Mauritanie, Mali, -le Togo étant simplement représenté par un observateur-) se sont réunis mardi 17 octobre 1961 à l’ambassade du Niger pour examiner les propositions formulées par la France quant au fonctionnement du futur institut commun d’émission, qui doit remplacer l’actuelle Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest.

21 octobre 1961 : Les États africains demandent la convertibilité
Le Premier ministre Michel Debré a reçu le samedi après-midi 21 octobre 1961 les ministres des finances des États d’Afrique de l’Ouest appartenant à la zone franc : Côte-d’Ivoire, Dahomey, Haute-Volta, Niger, Sénégal, Mauritanie, Mali et Togo.
L’objet de cet entretien est de faire le point des travaux qui durent depuis une quinzaine de jours au ministère des finances français pour rechercher les modalités de l’association monétaire nouvelle entre la France et ces divers États. Les États africains francophones veulent obtenir le maintien de la convertibilité totale entre leur monnaie nationale et le franc métropolitain, maintien qui suppose, souligne-t-on à Paris, l’octroi de garanties réelles pour la France. Celles-ci prendraient notamment la forme d’une attribution de sièges au conseil d’administration du nouvel organisme monétaire appelé à se substituer la Banque centrale de l’Afrique de l’Ouest de l’époque.

Source : INFO-MATIN

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