Transition: les ingrédients d’une implosion

Les mêmes causes qui ont été à la base du soulèvement populaire contre le défunt régime de l’ancien Président Ibrahim Boubacar KEITA sont toujours d’actualité. Si les autorités de la Transition ne rectifient pas le tir rapidement, elles n’échapperont pas aux séries de contestations qui ont longtemps coupé le sommeil au régime IBK avant sa chute. Déjà, les ingrédients se mettent en place peu à peu pour remettre en marche la machine de la contestation. Le M5-RFP affute ses armes et se prépare à investir le Boulevard de l’indépendance. De son côté, le Chérif de Nioro du Sahel, qui a, au début, soutenu les autorités de la Transition, n’est plus en bon terme avec celles-ci. Des signes laissent prévoir que les jours à venir seront décisifs pour les autorités de la Transition.

 

Lors de son meeting du dimanche dernier, au Palais de la culture, le Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), s’est dit convaincu qu’il ‘’existe une complicité objective et une convergence d’intérêts et d’objectifs entre l’ancien régime officiellement déchu et les autorités militaires de la transition’’. De ce fait, le M5-RFP soutient qu’il ne peut ni s’associer ni assumer la gouvernance en cours, ni rester non plus observateur passif des dérives actuelles.
Pour le M5-RFP, ne pas rester un observateur passif, c’est affirmer son désaccord et continuer à porter les justes et légitimes revendications du peuple malien pour les faire aboutir par tous les moyens légaux et démocratiques.
Le mouvement se dit prêt à agir en conséquence pour mettre un terme à la perpétuation des pratiques que le peuple malien, sous sa houlette, a combattu au prix du sang des martyrs tombés sous les balles assassines du régime déchu.
‘’Le M5-RFP dit NON aux velléités de quelques hauts gradés des Forces de Défense et de Sécurité qui ont usurpé la victoire du peuple, de troquer le treillis militaire contre le costume ou le boubou civil et de délaisser les théâtres des opérations pour s’embourber dans les jeux et intrigues à Bamako et ailleurs. Ce sont eux qui sont responsables de l’aggravation et de l’extension de l’insécurité par leurs comportements et ses impacts négatifs sur le moral de la troupe. Le M5-RFP dit NON à l’impunité pour les auteurs de la corruption et de toutes les autres formes de délinquance financière qui ont ruiné et appauvri notre pays et qui continuent de narguer le peuple malien auquel ils ont imposé des conditions de vie infrahumaines. Pire, les pratiques de corruption continuent à tous les niveaux à un rythme effrayant’’, dénonce-t-on dans le communiqué.
Le M5-RFP a exprimé un niet catégorique à ce qu’il qualifie de transition sans boussole ni repère, ne sachant où aller ni que faire et prône la tenue sans délai, des Assises nationales de la Refondation pour arrêter le pilotage à vue, les multiples dérives et surtout pour fixer un cap à l’action publique. Aussi, le mouvement a dit NON au maintien d’un Conseil National de Transition (CNT) illégal, illégitime et budgétivore. Sur cette question, une procédure de dissolution a été déjà introduite auprès de la Cour suprême. Le M5 se dit convaincu que cette procédure ne peut qu’aboutir au regard de la solidité des arguments et du souhait des Maliens de ne plus avoir à faire à des juges aux ordres comme dans un passé récent.
‘’La transition en général, et le processus électoral en particulier, ne peuvent continuer à être l’affaire d’une junte militaire qui a décidé de faire main basse sur tout le Mali : les institutions, l’administration, l’économie, les élections… Le M5-RFP dit NON aux injustices qui se perpétuent, aux arrestations extrajudiciaires, aux atteintes aux libertés d’expression, de la presse, de manifester et aussi aux démolitions sélectives d’habitations sans le moindre respect des règles procédurales et de la dignité humaine dans le mépris total des missions et des priorités assignées à la Transition’’, sont également des griefs que le M5-RFP a formulés contre les autorités de la Transition.
La position du mouvement qui soutient être à la base de la chute du régime de l’ancien du Président Ibrahim Boubacar KEITA est désormais claire. Ses responsables ont affirmé que ce meeting n’est que le premier jalon de l’entreprise de rectification de la Transition qu’ils viennent d’entamer.
En plus du M5-RFP, une autre opposition de taille se dresse contre les autorités de la Transition. Il s’agit du Chérif de Nioro du Sahel qui avait rassuré de son soutien aux nouvelles autorités après la chute d’IBK. Mais, ce soutien n’aura été que de courte durée comme l’attestent les contenus de ses prêches. En effet, dès la publication de la liste des membres du Conseil National de Transition, il n’a pas caché son mécontentement.
Aussi, le M’Bouyé HAIDARA s’est fâché contre les autorités de la Transition quand la nouvelle loi sur le genre a refait surface. Il a maintes fois demandé le limogeage du ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Bintou Founé SAMAKÉ. Une demande à laquelle les autorités de la Transition n’ont jamais accédé.
Selon des sources bien introduites, le Chérif de Nioro a récemment déclaré : « je ne suis plus dans la posture de soutenir cette Transition. Je ne peux pas continuer à soutenir quelque chose qui se dresse contre moi. Je ne peux non plus continuer à soutenir quelque chose qui porte atteinte à nos valeurs sociétales et religieuses… ». C’est dire que le divorce est consommé entre le Chérif et les autorités de la Transition.
Toutes les conditions sont désormais réunies pour remettre en marche la machine de la contestation. La balle est alors dans le camp des autorités afin de renouer le dialogue avec les opposants avant qu’il ne soit trop tard.

PAR MODIBO KONE

Source : INFO-MATIN

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