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Le Mouvement national de libération de l’Azawad, qui vient de rejeter en bloc toutes les initiatives de sortie de crise du Président Ibrahim Boubacar KEITA, jette ainsi ses dernières forces dans son opération de torpillage du processus de paix après son double échec sur le sur les plans militaire et diplomatique.

A l’issue d’une réunion, du 11 au 13 octobre dernier, à Ouagadougou, au Burkina-Faso, les instances dirigeantes du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) ont décidé de jouer leur va-tout dans la seule optique de mettre le bâton dans la roue du processus de paix et de réconciliation bien enclenché après l’élection du Président Ibrahim Boubacar KEITA.

Il s’agissait, selon les sources, d’une rencontre préliminaire visant à préparer le terrain à une autre qui sera élargie aux autres groupes rebelles, à savoir le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) et au Mouvement arabe de l’Azawad (MAA).

Cette réunion des trois groupes armés est annoncée le dimanche prochain, 20 octobre.

Elle devra permettre de dégager une position commune face au Gouvernement qui semble jusqu’à preuve du contraire le seul à croire aux vertus du dialogue pour une sortie définitive d’un cycle répétitif de crises dans le Septentrion du pays.

Les prétentions du MNLA

Le MNLA, qui a ouvert le bal des concertations internes, a annoncé ses couleurs après la clôture de ses travaux, le dimanche dernier, à Ouaga (C’est dans cette même ville que l’accord préliminaire du 18 juin dernier a été signé pour l’arrêt de toutes les hostilités et la reprise des négociations).

Le groupe rebelle, qui à l’origine de tous les malheurs sécuritaires du pays pour ces dernières années, s’est illustré en adoptant une position tranchée par rapport à des questions essentielles à la bonne marche du processus de normalisation en cours. Il s’agit de : le système de gestion de l’Azawad ; les assises du Nord ; les états généraux de la décentralisation ; le calendrier des élections législatives.

Dans sa déclaration, Mossa Ag Attaher, chargé de la communication et porte-parole du MNLA, a fait savoir : « Le MNLA rejette catégoriquement le calendrier fixé par le gouvernement du Mali, pour organiser les élections législatives, les assises sur les régions du Nord  et les états généraux de la décentralisation. Il a expliqué que si on organise ces élections, ce sera une exclusion d’une bonne partie de la population pendant au moins cinq ans. De même que la décentralisation et les assises sur le développement du Nord ne peuvent pas être prises sans la présence effective des populations et des décideurs locaux. »

D’autre part, dans sa volonté de sabotage des nouvelles dispositions le MNLA dit regretter le non-respect du cessez-le-feu ; les arrestations arbitraires et la lenteur dans le cantonnement des combattants. Concernant les relations avec les autres mouvements armés du Nord, le MNLA a salué la disponibilité du HCUA et du MAA à harmoniser leur point de vue dans la perspective des futures négociations sur le statut juridique et politique de l’Azawad.

La main tendue d’IBK

Relativement à l’autogestion de l’Azawad à laquelle le MNLA affirme son attachement, force est de reconnaître que cette exigence, elle n’invente aucunement la roue de l’histoire.

Ce n’est pas la première fois que cette musique est jouée.

Pis, une réponse y a été apportée par le Président IBK dans son adresse à la nation au début de ce mois : « Nous avons eu suffisamment d’illustrations que l’État central n’est pas celui de nos vœux. Nous avons voulu, avec la réforme de la décentralisation que je peux qualifier de réforme majeure de la 3è République, remettre les communautés au centre et à la fin de nos politiques. Je travaillerai, sans relâche, à la stratégie d’un développement local qui rendra Kidal, Tombouctou, Gao, Mopti, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Kayes et le District de Bamako en responsabilité totale de leur développement dans un État éclairé, riche, pertinent et fier de sa diversité. Les états généraux de la décentralisation incessamment attendus tireront toutes les leçons de notre dispositif de gouvernance, en faisant appel à toutes les compétences internes et y compris celles internationales. C’est une opportunité irremplaçable pour évaluer le passé et projeter un futur inclusif. Ma main reste tendue. Laissons de côté la kalachnikov et venons à ce dialogue ».

A moins d’être atteint d’une cécité intellectuelle, il apparaît clairement que la question de l’autogestion est prise en compte par le Président IBK à travers une décentralisation réformée.

Par contre, ce que le Président ne dit pas, c’est une décentralisation à l’image et à la ressemblance de la seule ville de Kidal comme le demande le MNLA en parlant de système d’autogestion de l’Azawad.

Le montage est trop grossier pour que l’on ne flaire pas le piège d’une autonomie réclamée à cor et à cri. Une décentralisation à la Kidal, différente de celle des autres régions, reviendrait simplement à accéder à la requête d’autonomie de Kidal qui poserait inéluctablement les jalons d’une indépendance. Nul n’est dupe. C’est certainement la raison pour laquelle le chef de l’État a tenu à préciser le contenu de sa réforme de la décentralisation.

Le coup de poignard

D’autre part, le MNLA administre une nouvelle fois la preuve la plus irréfutable de son opposition au processus de paix par un retournement de veste spectaculaire. C’est ce groupe armé avec les deux autres qui ont exprimé leur disponibilité au dialogue après une rencontre avec le Président IBK, le 17 septembre dernier ; ceux encore eux, après un coup de tête qui ont décidé de revenir dans l’Accord de Ouaga, le 5 octobre dernier ; c’est à présent le MNLA, tête de file des rebelles, qui conteste les états généraux sur la décentralisation.

Pour bien marquer leur trahison, les rebelles annoncent leur réunion pour le 20 octobre quelques heures seulement avant l’ouverture de ces états généraux prévus du 21 au 23 octobre.

Cela s’appelle un coup de poignard dans le dos ; mais pas surprenant de la part du MNLA qui n’est constant que sur un seul plan : la constance dans l’inconstance.

Quant aux législatives dont il demande le report, un certain nombre d’observations s’imposent. Primo, si la concertation ne fait de mal à personne à priori ; il revient à l’État d’user de son pouvoir discrétionnaire chaque fois que nécessaire. C’est souverainement qu’il a été décidé de la tenue des législatives pour les 24 novembre et 15 décembre.

Secundo, ces législatives ne sont pas facultatives. Elles sont inhérentes au bon fonctionnement des institutions de la république. Si les parenthèses du Président intérimaire se sont fermées, pourquoi pas celles des députés en fin de mandat depuis plusieurs mois à présent ? La sortie de crise, ce sont aussi des institutions stables, démocratiquement élues. Ce qui n’est pas le cas de l’actuelle Assemblée nationale.

Tertio, il convient de rappeler d’abord aux rebelles qui semblent particulièrement sensibles au sort des personnes déplacées que ce sont eux qui sont à l’origine de cette situation en déclenchant une guerre insensée. Ensuite, toutes personnes désireuses de retrouver leurs familles sont en train de revenir. Tous les chiffres des organismes humanitaires le prouvent. De même, ce n’est pas que du Mali qu’il est possible de voter ou de prendre part à une assise nationale. Combien de réunions le MNLA a-t-il tenues à Ouaga ? Dès lors, il ne saurait être question de prendre en otage la république en usant de dilatoires en prenant les déplacés pour prétexte.

L’épreuve de force

Quant à se prononcer sur les accusations de violation de l’Accord de Ouaga, ce serait redorer le blason du MNLA dont le terrain de prédilection est le mensonge à tout vent.

Face à cette nouvelle évolution de la situation, il est permis de s’interroger sur le fond de l’affaire. En effet, les rebelles ayant échoué sur les terrains de la provocation militaire, en attaquant des soldats à Kidal, et diplomatique, en se retirant et en réintégrant l’Accord de Ouaga, manifestement font un baroud d’honneur en attaquant de front le Président IBK en rejetant en bloc ses initiatives. Un test grandeur nature pour évaluer l’autorité du nouveau Président qui n’a pas la réputation de prendre ses aises par rapport à ses principes fondamentaux. C’est dire qu’une reculade de sa part pourrait être la porte ouverte à toutes les dérives possibles.

Heureusement, avait-il eu à prévenir dans son adresse à la nation : « Je n’ai pas été porté à la tête de ce pays pour l’affaiblir, le trahir, le piller, en faire la risée du monde ou le laisser aller à la dérive. Je suis là pour servir avec foi, ardeur et détermination constantes ce peuple du Mali qui me fait confiance, une confiance totale et sans faille. Rien ne me divertira donc de mon devoir… Mes chers compatriotes. Tant que je resterai investi de votre confiance, j’assumerai mes très hautes fonctions en toute sérénité et avec une inébranlable détermination ».

Ce qui est clair, c’est que le concept d’un dialogue inclusif ne saurait en aucun cas s’accommoder avec une auto-exclusion. Pour le MNLA le choix est de venir autour de la table des négociations ou de se faire hara-kiri.

Par Bertin DAKOUO

Info-Matin