Un premier cas de coronavirus vient d’être déclaré vendredi en Egypte. Il s’agit du premier cas détecté sur le continent africain, dans un pays entretenant beaucoup d’échanges commerciaux avec la Chine. Quelles sont les risques de la propagation du virus en Afrique ? Questions à Ousmane Faye, virologue à l’Institut Pasteur de Dakar.

TV5Monde : Après ce premier cas de coronavirus détecté, quel risque encourt l’Afrique ?

Ousmane Faye : Le continent africain, comme tous les pays du monde, est menacé par l’épidémie du coronavirus. Au regard des échanges que l’Afrique entretient avec la Chine et le reste du monde, l’inquiétude est réelle. Il y a beaucoup de commerçants asiatiques qui viennent en Afrique. D’autant plus que l’on peut relier les deux continents en moins de 24 heures.

Est-ce le seul cas confirmé à l’heure qu’il est ?

Pour le moment, c’est le premier cas confirmé au niveau du continent africain. A l’Institut Pasteur de Dakar, nous travaillons avec plusieurs pays en Afrique pour permettre à leurs laboratoires d’accroître leur capacité d’identification d’autres cas de Coronavirus.

Les mesures de prévention prises dans les aéroports africains sont-elles vraiment efficaces ?

Les aéroports pratiquent le contrôle de la température à l’arrivée des passagers. Mais les malades peuvent également entrer sans avoir développé de fièvre. Je pense qu’il y a tout un autre ensemble de mesures à prendre, notamment concernant les malades potentiels. Par exemple, cibler directement ceux qui viennent de zones infectées.

Les gouvernements africains sont-ils inquiets d’une propagation du virus sur le continent ?

Tout le monde est inquiet. On ne sait pas grand-chose par rapport à ce coronavirus et les structures de santé en Afrique ont un souci d’équipement. Si des cas graves se déclarent, il faudra être capable de réanimer la personne. Or, face à des hôpitaux au nombre de lits très limité, cela risque de poser un problème. Regardez la Chine. Elle est une grande puissance et a mis au point rapidement des structures de santé, mais l’épidémie continue toujours. Vous voyez donc toutes les conséquences que cela pourraît entrainer en Afrique. Je pense que les ministres de la santé y travaillent.

Une étude internationale a dressé une liste des pays africains les plus à risque. On y trouve l’Algérie, le Soudan, le Kenya, l’Ethiopie, l’Afrique du Sud, l’Angola…

Cette étude se fonde sur le trafic aérien entre ces pays et la Chine, et leur volume d’échange. Je pense que c’est un des aspects à prendre en compte, mais il y en a d’autres. Les Chinois font travailler beaucoup de monde en Afrique et font du commerce partout, même au Sénégal. Mais certains pays ont déjà réduit leurs échanges avec la Chine. Il y aura donc des conséquences pour l’Afrique.

Comment l’Afrique peut-elle faire face à la propagation de l’épidémie ?

Le continent africain n’a pas les moyens de l’Europe et de la Chine. Mais je pense que nous devons nous concentrer sur la coordination et la collaboration entre les différents pays d’Afrique. Quand un cas suspect quitte un pays, ce dernier doit pouvoir transmettre l’information à l’autre pays. C’est ce qui nous permettra vraiment de gérer cette épidémie.

TV5