Dès l’annonce des premiers cas testés positifs au coronavirus, nos compatriotes ont commencé à prendre au sérieux cette maladie redoutable en adoptant les mesures barrières qui sauvent. Le plus difficile est de pouvoir maintenir cette cadence

 

«Allo ! Kor coronavirus na houro Bamako», cette expression sonrhaï signifie en français : «Oui Allo, j’espère que la nouvelle maladie n’est pas rentrée à Bamako ». Ainsi s’inquiétait au téléphone un membre d’une famille depuis Goundam, Région de Tombouctou. Ce mercredi là, la maman de la jeune Aïssata Traoré cherchait à savoir si la pandémie avait atteint la capitale, lorsque sa fille venait de lui annoncer l’arrêt des cours dans les écoles de Bamako pour trois semaines.
Cette mère de famille, visiblement soucieuse de l’état de santé de ses proches, semblait avoir déjà la peur au ventre. Ne sachant pas que l’arrêt des cours est intervenu après la découverte de cas positifs au coronavirus à Bamako et Kayes, elle demandait à Dieu de faire en sorte que la fermeture des établissements scolaires ne soit pas liée à cette nouvelle pandémie. Comme elle, ils étaient très nombreux nos compatriotes de la capitale et ses alentours qui craignaient d’attraper le virus, avant l’annonce par le gouvernement de cas suspects testés positifs, ce mercredi 25 mars.
Parmi ces gens emportés par la psychose figurait Oumou Fofana. Cette jeune ménagère habite le village de Siby, Commune du Mandé. La trentenaire témoigne qu’avant même la confirmation des cas avérés dans notre pays, les messages écrits et vocaux véhiculés via WhatsApp et Facebook semaient déjà la psychose dans la capitale. Des informations dont il faudrait, selon elle, se méfier afin d’avoir, au moins, la conscience tranquille. «Chaque jour, j’entends de nouvelles rumeurs inquiétantes qui peuvent nous pousser au suicide. Je demande à tous les Maliens d’être plus que jamais unis pour faire face à cette pandémie, de sensibiliser correctement les gens en leur donnant de vraies informations», invite la jeune habitante de Siby.
à Bamako comme à l’intérieur du pays, nos concitoyens appelaient leurs parents pour leur conseiller à respecter scrupuleusement les mesures barrières. Mahamane Tandina était de ceux-là. L’air inquiet, il demandait à ses parents vivant au village de bien suivre les mesures préventives diffusées régulièrement sur les chaînes de télévision et les radios.

RUES DÉSERTES-à Samanko II, nouveau quartier dans la Commune du Mandé, rares sont les gens qui sortent de leurs maisons à cause de la psychose créée par la propagation rapide du virus. Ici, les rues sont de plus en plus désertes à tout moment de la journée. Les quelques rares ménagères vont faire leurs provisions au marché tout en prenant leurs précautions. La plupart portent des bavettes et gants afin d’éviter toute contamination.
Dans ce quartier, même les enfants semblent conscients du danger que représente cette pandémie. Comme l’atteste une discussion entre deux gamins du quartier. Ce jour-là, le jeune Ali, âgé de moins de dix ans, se dirige vers son ami Yacouba. Celui-ci prenait son petit déjeuner seul dans un coin de la maison. D’un ton sérieux et menaçant, il demande à son ami de ne pas s’approcher de lui jusqu’à ce qu’il finisse de manger, ou de laisser une distance d’un mètre. Ce qui lui permettra, selon lui, d’échapper au coronavirus tueur. « Ali, tu es au courant et tu connais la gravité de cette maladie. Donc, en aucun cas, je ne veux mourir. Pas maintenant deh ! Adoptons les mesures de prévention pour vivre longtemps auprès de nos parents », sensibilise Yacouba, sous le regard stupéfait des parents. Le terrain de foot de Samako II est presque abandonné aujourd’hui. Les quelques amateurs du ballon rond qui y vont, portent des gants et des masques par peur d’attraper le coronavirus. Un seau d’eau est en place pour le lavage des mains au savon à la fin de l’entraînement. «Depuis que nous avons entendu des informations sur cette grave maladie, les membres de l’Association des jeunes footballeurs de Samanko ont cotisé chacun 500 Fcfa. Cette somme est destinée à l’achat de kits d’hygiène (seaux d’eau, gel hydroalcoolique et savons). Le but étant de nous prévenir de cette maladie.
Même après la pandémie, nous continuerons à respecter les mêmes pratiques. Car, comme l’on a coutume de le dire mieux vaut prévenir que guérir, rien ne vaut la vie», soutient le milieu de terrain, Hassan Diallo. Ce comportement responsable des jeunes tranche avec l’attitude de certains fidèles musulmans qui continuent à fréquenter la mosquée. «Lors des séances de prière, on constate que les gens arrivent de respecter la distance réglementaire d’au moins un mètre, vu qu’il y a assez de places vides à l’intérieur. Concernant l’utilisation des gels hydro alcooliques, rien n’est fait dans ce sens-là pour le moment», confie un leader religieux qui a préféré garder l’anonymat. Dimanche 29 mars, le marché de Samako II fourmillait de monde. De nombreux usagers prenaient les précautions d’hygiène nécessaires pour se prémunir de cette affection. Certains revendeurs portaient des masques de protection et des gants. Il en était de même pour les clients. Des comportements citoyens et responsables à encourager. Mais, au marché, les dispositifs de lavage des mains au savon étaient totalement absents.

Fadi CISSÉ

Source : L’ESSOR