En lieu et place du Conseil des ministres habituel, le Gouvernement du Mali s’est essayé au jeu égayant peut-être, de la vidéoconférence pour sa session du Conseil du 08 avril 2020. En plein milieu d’une polémique africaine sur la politique du confinement, cette vidéoconférence est un son de cloche qui contredit la position du gouvernement.

 La gestion de la crise du COVID 19 au Mali a pu donner lieu à plusieurs commentaires des observateurs de la scène politique et publique. De la gestion de l’information journalière sur la situation aux conseils et consignes officiels à donner à la population, en passant par les actions concrètes, le Gouvernement ne donne pas toujours les bons signaux. Comme dans de nombreux pays, la polémique n’a pas tardé sur la question de l’utilité avérée ou non du masque de protection, de la distanciation sociale, du couvre-feu et même du confinement. Le Mali a eu une montée en puissance des mesures contre le Covid-19 sans pour autant faire preuve d’une totale maîtrise de la gestion de la crise. Pour dire vrai, la gestion n’est pas plus en cause que l’anticipation de cette crise.

Ce manque de préparation a donné lieu à une cacophonie au sommet de l’Etat rendue publique dans chaque édition du journal de l’ORTM. Entre chaque ministre qui voulait être visible sur le terrain, sans égard pour les consignes du département de la santé (limiter les rassemblements, respecter la distance de 1m etc.) et les candidats à la députation qui ont continué le rythme de leurs campagnes sans se soucier du danger du coronavirus, la population ne sait plus à quel saint se vouer.

Une couche s’en rajoute après la diffusion des images de ce Conseil des ministres du 8 avril. Voir, le Chef de l’Etat et son Premier ministre tenir cette capitale réunion face à un écran, alors qu’il n’est pas interdit (jusqu’à preuve du contraire) qu’une trentaine de membres du Gouvernement se réunissent en respectant la distance de 1m, c’est dire qu’il est demandé, par l’acte cette fois, que chaque malien reste chez lui.

L’action, salutaire en elle-même, contraste cependant avec le discours officiel, qui ne prône pas encore le confinement. Dans son discours du 26 mars 2020, le Président Ibrahim Boubacar KEITA, arguant sur le maintien de la date des élections législatives et sur la non-fermeture des marchés, par extension sur le non confinement, disait : « nous ne pouvons oublier que c’est du marché quotidien qu’une grande partie de nos compatriotes, trouve sa survie et qu’une grande partie de nos foyers arrive à s’alimenter. La question ne peut pas être banalisée. »

Le Mali n’étant pas un pays confiné, malgré le couvre-feu et les autres mesures prises, il n’est pas souhaitable que le Gouvernement donne le sentiment de se terrer en insistant sur le fait qu’il faille continuer de sortir chercher sa pitance pour le reste du peuple. Certains internautes ont vite fait de mettre, justement, au défi, le Président de la République pour qu’il effectue une visite de terrain et encourage les médecins en première ligne. Ce serait de la fanfaronnade que d’accepter le défi mais il importe que les autorités rassurent le peuple par, ne serait-ce que, leur présence à défaut de participer de leur poche au fonds spécial mis en place contre le Covid 19.

Ce conseil des ministres est une confirmation d’un sentiment partagé par tous les usagers des services publics. Et, il donnera une excuse à un phénomène que nous observons depuis l’annonce du virus dans les administrations publiques. En effet, rares sont les cadres qui se rendent à leurs bureaux. Les parkings de la cité administrative restent désespérément vides. En somme, ce serait une bonne chose que d’observer un auto-confinement en cette période de pandémie mais il est primordial que cela vienne d’une mesure officielle et non d’une gestion individuelle quand le Mali a, aujourd’hui, besoin, plus que jamais, de ces filles et fils pour faire face.

Y.K

Source: Bamakonews