Zika, fièvre de Lassa, dengue, fièvre hémorragique Crimée – Congo, notre pays est confronté à la présence de vecteurs de ces affections de portées différentes. Il doit actuellement faire face à la dernière citée, même si l’épidémie semble circonscrite à la région de Mopti. S’il ne s’agit pas de « maladies nouvelles », ces affections restent graves et la présence de leurs agents pathogènes inquiétante. Une vigilance accrue et des mesures de prévention sont les seuls moyens pour éviter des épidémies difficiles à gérer par notre système de santé.

 

En 2016, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé 216 108 cas de lèpre dans le monde. Une maladie terrifiante qui avait pratiquement disparu au 16ème siècle. La peste, dont l’agent pathogène, le bacille yersinia, a été découvert en 1894 par l’Institut Pasteur, a fait des millions de victimes en Europe au cours des siècles passés. La maladie est encore apparue récemment dans des pays comme l’Égypte, le Vietnam et Madagascar. Si certaines infections ont disparu grâce à la vaccination ou aux traitements, d’autres subsistent et constituent toujours des menaces de santé publique pour l’OMS. Le choléra, la grippe, Ebola ou le chikungunya sont certaines de ces pathologies auxquelles le monde doit encore faire face.

Depuis le mois de décembre 2019, le monde, en particulier la Chine, est confronté à une épidémie de coronavirus dont le bilan en évolution fait état de  plus de 40 000 cas confirmés et plus d’un millier de décès. Si la grande majorité des contaminations et des décès sont enregistrés en Chine, 29 pays, sur tous les continents à part l’Afrique, sont touchés. Compte tenu donc de l’ampleur de la propagation, l’OMS a depuis le 23 janvier 2020 adressé une correspondance aux autorités sanitaires de tous les pays et les mesures préventives à prendre ont été adoptées.

Au Mali, le comité de crise a été réactivé et, en collaboration avec l’OMS, internationale des réunions se tiennent régulièrement, suite auxquelles notamment des messages de sensibilisation et de prévention à travers différents canaux sont diffusés. Les mêmes mesures sont préconisées par l’OMS sur le plan international. Et, pour le moment, plutôt que des restrictions de voyage, l’organisation a instruit les dispositions à prendre à l’entrée de tous les pays. Conformément à son mandat, elle donne les informations en temps réel et fait part des mesures préventives, explique-t-on au bureau national. Son rôle est donc de partager les orientations et les textes et de les mettre à la disposition des pays. Concernant le coronavirus, d’autres initiatives sont en cours, en fonction de l’évolution de la situation.

Virus en circulation

De 2019 à ce jour, des cas de dengue et de Crimée – Congo ont été diagnostiqués au Mali. En dehors d’un cas de fièvre de Lassa exporté du Mali au Royaume Uni, en 2009, aucun autre n’a été recensé dans le pays, qui est aussi exempt de cas de zika. Mais certaines études antérieures avaient trouvé les traces des virus de Lassa et de zika ou de leurs vecteurs responsables de ces maladies.

« Une étude a montré que le virus Congo – Crimée circulait déjà au Mali dans la zone irriguée de Baguineda, avec un taux de portage d’anticorps à 4,5%, depuis 1991 », explique le Professeur Sounkalo Dao, responsable du service des Maladies infectieuses de l’hôpital du Point G.

Et, il y a au moins 4 ans, une autre équipe de l’Institut national de recherche en santé publique, (INRSP)et de la faculté de médecine, avec des partenaires américains, avait trouvé également dans du sang de Maliens des anticorps contre beaucoup de maladies émergentes infectieuses, comme Crimée – Congo, zika, dengue et fièvre jaune, selon la même source.

Ces maladies ne sont pas donc pas nouvelles, selon le Pr Dao. « Elles circulent dans la population et chez les animaux sans faire de malades, ou du moins sans que l’on ait diagnostiqué de cas de maladie ».

La surveillance épidémiologique, les moyens diagnostiques ou  les changements climatiques aidant, une de ces maladies, à tout moment, « peut faire irruption dans n’importe quel pays du monde » ou région du Mali, et chez « n’importe qui dans la population ».

La prévention comme moyen de lutte

« Les virus zika et dengue sont principalement transmis par la piqûre d’un moustique Aedes infecté », explique le Dr Issa Konaté, du service des Maladies infectieuses de l’hôpital du Point G. Un moustique qui transmet aussi le chikungunya et la fièvre jaune. Le virus zika peut également être transmis par voie sexuelle.

Concernant le virus de la fièvre de Lassa, l’homme se contamine par exposition à l’urine ou aux excréments de rats mastomys infectés. Le virus peut aussi se transmettre d’homme à homme par contact direct avec le sang, l’urine, les excréments ou autres sécrétions organiques d’une personne contaminée.

La vigilance est donc la principale mesure de précaution recommandée par les professionnels de la santé.

Un signe de fièvre, accompagné de saignements de quelque nature qui soit, doit donc inciter  à la prudence et à rester sur place pour éviter toute contamination, en attendant d’alerter les autorités sanitaires à travers le numéro vert de la surveillance épidémiologique, qui facilitera le transport dans des conditions sécurisées vers une structure de soins et un diagnostic approprié.

Crimée – Congo, une fièvre mortelle

Principalement transmis par les piqûres de tiques, le virus de cette fièvre l’est aussi par les animaux d’élevage et par contamination interhumaine. Notifiée par la direction régionale de la Santé de Mopti le 2 février 2020, l’épidémie de fièvre Crimée – Congo, qui a été signalée dans le district sanitaire de Korientzé, est pour le moment  limitée à la 5ème région. À ce jour, 15 cas ont été recensés, dont 8 décès, depuis son début. Une épidémie qui semble concentrée au niveau d’une seule famille. La situation est jugée calme, car depuis 4 jours il n’y a pas eu de nouveaux cas, mais elle reste néanmoins sous surveillance, car des cas suspects ont été signalés dans une autre localité de la région de Mopti. Les malades ayant survécu se portent bien, assurent les autorités sanitaires.

« Les réservoirs de ces virus pouvant être l’homme et les animaux, mais aussi, les vecteurs étant présents chez nous, en cas d’inobservance des mesures préventives  par la population, cela peut provoquer des flambées épidémiques », prévient le Dr Konaté. Seules « la surveillance épidémiologique et l’application des mesures préventives », constituent pour le moment les moyens de lutte contre ces maladies.

Entretemps, le service des maladies infectieuses, dont le rôle consiste notamment à « former les agents de santé et à participer à la sensibilisation de la population sur les mesures de prévention et la conduite à tenir devant un cas suspect ou confirmé », continue à participer à « la recherche, pour mieux comprendre ces maladies, afin d’améliorer les mesures préventives et la prise en charge », précise le spécialiste.

Mais, pour faire face à de telles urgences, notre système sanitaire doit être plus performant. Or, si l’épidémie à virus Ebola qui sévit encore dans certains pays de la région avait conduit plusieurs États, dont le nôtre, à renforcer leurs systèmes de santé, la faiblesse des systèmes de prise en charge et de traitement, fragilisés par les situations de conflits, fait « qu’ils ne sont pas prêts à faire face à n’importe quelle épidémie », confie un responsable.

Fatoumata Maguiraga

Quelques chiffres:

Fièvre Crimée – Congo à Mopti : 15 cas

Nombre de décès : 8

Coronavirus : plus de 40 000 cas dans le monde

Décès : plus de 1 000 en Chine

Journal du mali