Masque au visage, Mohamed était prêt à enfourcher sa moto avec lui un ami qui n’a aucune protection. Savent-ils qu’ils enfreignent ainsi à une décision prise par le ministre des Transports et de la Mobilité urbaine ? Cette nouvelle mesure recommande l’embarquement des passagers dans des bus de transport en tenant compte des distances d’au moins un mètre entre les passagers, la limitation à la moitié du nombre de places prévues sur la carte grise des véhicules, la limitation du nombre de passagers à trois au lieu de cinq, y compris le conducteur pour les taxis et les véhicules particuliers, la limitation à un passager pour les engins à deux roues. Cette question attire l’attention de notre motocycliste. Il répond qu’il est bien informé de la nouvelle mesure mais que ladite décision est difficilement applicable à Ségou.

Pourquoi ? Vous savez qu’en matière de transport à Ségou se sont les motos qui dominent. « On a le choix entre les motos taxi qui prennent 6 à 7 passagers et nos motos individuelles. Là également nous sommes obligés de prendre soit un ami, soit un membre de la famille. Voilà pourquoi cette mesure n’est pas respectée ici », développe Mohamed.
Bref, les habitudes n’ont pas du tout changé en ce qui concerne la mobilité des personnes dans la ville. À l’instar de cette mesure, aucune autre prise par le gouvernement n’est en réalité respectée dans la Cité des Balanzans. En effet, si quelques uns portent des masques, beaucoup d’autres n’ont rien sur le visage. Ici hormis les services publics qui se sont dotés de kits de lavage des mains au savon, on trouve difficilement dans les familles ces dispositifs. Mieux les « grins » se regroupent sans aucune observation des consignes.
Les Ségoviens sont-ils conscients du risque sanitaire dû à Covid-19 ? Idrissa un jeune étudiant juge que les décisions du gouvernement ne collent pas à nos réalités. « Depuis l’apparition de la maladie, les activités sont au ralenti beaucoup de chefs de famille ou de soutien de famille sont au chômage technique. Beaucoup d’entre eux ont de la peine à prendre en charge leur famille alors comment limiter la liberté de mouvement de ces couches sociales qui vivent au jour le jour », explique notre interlocuteur. « Si la situation était aussi alarmante que le gouvernement veut le faire croire, il n’allait pas prendre le risque d’organiser les législatives », rétorque-t-il. Son voisin qui prend son thé s’invite au débat. « Nous n’allons pas laisser nos habitudes contre une maladie. Ce qui doit arriver arrivera. Comment ne pas prendre du thé avec ton ami de tous les jours ? Comment ne pas boire avec le même gobelet que les membres de ta famille ? Comment ne pas assister aux cérémonies sociales d’un ami, d’un parent et d’un proche ? On veut bien se protéger mais, que l’on nous dise réellement comment, car jusque-là, les mesures prises par le gouvernement ne collent pas à nos réalités en tout cas pas à Ségou ici », souligne Seydou, menuisier de son état.

DIFFICILE APPLICATION- Hélas, à Ségou on continue tranquillement avec les cérémonies sociales qui drainent des foules sans aucun respect des gestes barrières. Notre interlocuteur pense que le gouvernement doit être logique dans sa démarche. « Comment peut-on d’un côté interdire jusqu’à nouvel ordre les activités sportives, culturelles, politiques, les cérémonies sociales et celles afférentes aux loisirs et de l’autre côté laisser les mosquées ouvertes, où le risque de contamination au coronavirus y est donc potentiellement plus élevé qu’ailleurs », s’interroge-t-il. Autre lieu, autre réalité. Il est 13 heures nous sommes au Grand marché de Ségou où se tient chaque lundi la foire hebdomadaire appelée communément « Ségou Tene ». Cette foire regroupe des commerçants et des acheteurs venant des cercles, villages de Ségou et de l’intérieur du pays. Difficile de se frayer un chemin à cause du monde présent ce jour. Nous nous sommes intéressés à cette dame qui est venue de Niono pour écouler ses sacs d’échalote. Elle n’avait ni masque, ni gel hydro-alcoolique bref, elle ne respecte aucun geste barrière pourtant elle est en contact avec plusieurs personnes.
Madjené nous indique qu’il lui sera difficile de faire respecter ces consignes sanitaires dans un marché. « C’est une perte de temps, je ne peux pas à chaque fois m’arrêter juste pour me laver les mains. J’attends la fin de la journée pour le faire », dit-elle en souriant.
Quid de la décision du ministère du Commerce de fermer les foires hebdomadaires à 12 heures ? Dans un éclat de rire, notre interlocutrice indique que c’est impossible d’appliquer cette décision. « Comme vous pouvez le constater actuellement, l’ambiance qui prévaut ici le jour du marché même si on veut bien appliquer la mesure on ne peut pas. En plus en respectant cette restriction on va difficilement joindre les deux bouts. Pourquoi on va même se gêner après tout le virus sévit à Bamako pas dans notre région », réplique-t-elle. Par ailleurs, comme un peu partout, le couvre-feu est difficilement appliqué dans la Cité des Balanzans ici les bars et autres lieux ne sont qu’officiellement fermés. Chacun à son niveau trouve un moyen pour contourner les mesures et consignes du gouvernement par rapport à la lutte contre le Covid-19 dans notre pays. À ce rythme, où la population semble prendre à la légère la menace, il faut créer une nouvelle dynamique et mettre en place des stratégies de communication afin qu’elle prenne conscience des conséquences fâcheuses de cette maladie.
Chacun doit comprendre que le Mali fait partie de la longue et triste liste des pays où sévit la pandémie du Covid 19. Et malheureusement la spirale de la contamination ne s’estompe pas. À cet effet, la mobilisation, la vigilance et surtout le respect des mesures barrières doivent être observées.

Mariam A. TRAORÉ
Amap-Ségou

Source : L’ESSOR