Troubles du langage et de la communication : Éviter le retard dans les consultations

Retard de langage, défauts de prononciation mais aussi difficultés d’écriture sont des situations qui nécessitent l’intervention des orthophonistes. En effet, un orthophoniste est un spécialiste du langage et de la communication. C’est un thérapeute qui prend en charge les troubles de la communication, de la voix, de la déglutition, du langage et de la parole. C’est une spécialité moins connue du grand public. Même en Europe, elle a acquis droit de cité, il y a moins de 40 ans.

 

L’orthophoniste, Aguibou Madani Tall, est un des premiers à exercer dans ce domaine au Mali. En Afrique, il fait partie de la troisième promotion des orthophonistes, formée à Lomé. Les orthophonistes ne courent pas les rues. Ils sont seulement trois spécialistes à officier dans notre pays. Selon lui, l’orthophoniste est un paramédical qui prend en charge toutes les pathologies langagières et communicatives. Aguibou Madani Tall indique que c’est un agent qui fait de la prévention, de la sensibilisation et de la prise en charge.

En termes plus précis, il peut prévenir les pathologies langagières et communicatives des enfants, sensibiliser par rapport au trouble du langage et de la communication chez les enfants, les adultes et les vieilles personnes. Ce qui signifie que quand le trouble est installé, il fait une prise en charge pour que le patient ou la patiente puisse être libre et autonome, autrement dit permettre à la personne concernée de sortir de son trouble.

Pour être orthophoniste, le spécialiste pense qu’il faut d’abord aimer cette discipline. Il estime que le bon résultat repose sur l’amour du métier. Il faut avoir de l’affection pour les enfants et aimer travailler avec eux. Il rappelle aussi que les enfants représentent le plus gros contingent des sujets pris en charge par les orthophonistes.

D’après lui, être orthophoniste nécessite, au-delà de la passion, de la patience aussi. Il souligne que la prise en charge orthophonique est différente des autres prises en charge. Dans les autres domaines médicaux, il suffit de prescrire des médicaments au patient. Il lui suffit de prendre ces produits pharmaceutiques pour guérir de la maladie. Dans le cas de la prise en charge orthophonique, il faut une rééducation et celle-ci requiert plus de temps, soit parce que l’acquisition n’est pas là et il faut faire acquérir à l’enfant ce qui n’est pas encore acquis. Soit lorsque l’acquisition est là, elle est déformée ou mal articulée. Ce n’est donc pas une chose facile et ça demande beaucoup de patience. Pour ce faire, il faut se forger du jour au jour à être dans la peau du patient. C’est un devoir pour nous de donner un résultat aux parents, de les satisfaire et de les accompagner dans leur souffrance.

L’orthophoniste utilise un matériel orthophonique donc spécifique qui s’achète sur commande en Europe. C’est un matériel qui n’est pas accessible à toutes les bourses parce qu’il est très coûteux. Il est composé de jeux de réflexion, des activités de stimulation de la mémoire, de langage, des descriptions, des imagiers, des blocs logiques. à ce niveau, Aguibou Madani Tall précise que le problème qui se pose, c’est que ce matériel n’est pas adapté à notre environnement et il faut l’adapter à nos réalités et besoins.
« Ce qui est plus intéressant dans le travail de l’orthophoniste, c’est le lullisme, dans le jeu », révèle-t-il, avant de clarifier que c’est dans le jeu qu’on cherche à obtenir de la part du patient quelque chose. Cela veut dire qu’on n’est pas rigoureux comparativement aux autres professionnels. Par contre, on se fixe un objectif bien déterminé à atteindre. Pour l’atteindre, il faut savoir quel matériel utiliser. Et il faut aussi se poser une question à savoir : quelles sont les procédures à adopter pour obtenir une action réciproque de la part du patient si l’on prend tel ou tel matériel ?
Cette réflexion est très importante, dit le spécialiste. L’enfant peut ne pas vouloir travailler avec le matériel que vous avez choisi. Dans ce cas, il recommande d’improviser immédiatement sans changer l’objectif mais la façon de travailler avec lui pour pouvoir obtenir le même résultat.

D’après l’orthophoniste, l’enfant aime jouer avec quelqu’un qui a le même âge et le même mental que lui. Il faut donc se mettre dans la même peau que lui mais aussi se comporter de la même façon. L’orthophoniste se désole du fait que ce métier n’est pas connu de la population. Pourtant, il estime que cette discipline doit être connue. La méconnaissance de la spécialité est à l’origine de beaucoup de retard dans les consultations. Il souhaite une inversion de cette tendance qui ne se sent pas pour le moment.

Notre spécialiste peut recevoir 20 à 25 patients par jour, y compris les patients qu’il reçoit à domicile. Il est aussi sollicité par les personnes ayant fait des accidents vasculaires cérébraux (AVC). Il rappelle l’existence d’un acte médical orthophonique (Amo), différent de l’Assurance maladie obligatoire (Amo) qui est un régime de protection sociale. Les frais de consultations chez les orthophonistes sont établis en fonction des pathologies. Lui-même reconnaît que ce n’est pas donné à tout le monde d’assurer les frais de prise en charge orthophonique de son enfant. Il faut entre 30 à 50 séances renouvelables en fonction de la pathologie de l’enfant. La séance dure 30 mn et comporte un travail cérébral et des activités ludiques.

L’orthophoniste juge nécessaire l’implication du gouvernement pour la formation des compétences dans le domaine et la mise à la disposition des hôpitaux de ces spécialistes pour les affecter dans les services d’ORL, de pédiatrie, de traumatologie et de neurologie. Il plaide aussi pour la présence des orthophonistes dans les écoles et crèches afin de bannir les difficultés liées au trouble d’apprentissage, au langage et à la communication.

Il soutient que le Mali a besoin d’un grand centre de rééducation orthophonique où, toutes les pathologies langagières et communicatives seront prises en charge. Aguibou Madani Tall invite les parents à consulter un orthophoniste devant chaque trouble de langage ou de communication chez l’enfant. Il conseille surtout de ne pas commettre la maladresse d’assimiler ce trouble à autre chose.

Fatoumata NAPHO

Source : L’ESSOR

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