Ce vestige du passé glorieux du Kénédougou a été incompréhensiblement délaissé. Sa réhabilitation le remet à sa vraie place

mamelon sikassoLe lieu peut se glorifier d’un passé glorieux, il cherche désormais à se donner un avenir conforme à sa dimension historique. Petite colline verdoyante, le Mamelon trône au centre-ville de Sikasso près de l’Hôtel de ville. D’une hauteur de 30 mètres, il possède une circonférence de 400 mètres à la base et de 50 mètres à son sommet. Il symbolisait le pouvoir au temps du roi Tiéba Traoré dont l’avènement au trône date de 1866. Le souverain avait aménagé le sommet de la colline pour y accueillir ses hôtes de marque. Mais l’utilité du Mamelon ne se limitait pas à ces seuls rites protocolaires.

« Toutes les grandes décisions du royaume se prenaient en ce lieu qui disposait aussi d’une cave servant de grenier et de réservoir de munitions en temps de guerre », explique le chef de la mission culturelle de Sikasso, Amadou Mahamane. Le roi Babemba Traoré qui succéda à Tiéba renforça le Mamelon dans sa symbolique. Il utilisa ainsi la colline comme un poste de guet idéal à partir duquel il surveillait les mouvements autour de la ville. Le Mamelon fut transformé en place-forte inexpugnable lorsque les Sofas, postés à son sommet, endiguèrent les assauts des troupes de l’Almamy Samory Touré qui avaient assiégé Sikasso pendant 15 mois sans parvenir à annexer la ville.
Mais sur un autre affrontement, la fortune des armes se montra contraire à la vaillante armée de Babemba Traoré qui affrontait les colonnes du colonisateur français. Le 1er mai 1898, le drapeau français fut hissé au sommet du Mamelon. Pour marquer sa présence et exploiter l’emplacement stratégique du Mamelon, le colonisateur y a construit une tour qui servait en même temps de siège du tribunal indigène et de bibliothèque.
UN PLUS POUR LA VILLE. Pour les historiens, le Mamelon représente le symbole de la grandeur du royaume du Kénédougou et de l’influence des hommes qui présidèrent à ses destinées. Pourtant ce vestige d’un d’un passé glorieux a subi au fil du temps et du fait de la négligence des hommes une dégradation inadmissible. Sa base disparaît derrière une ceinture de kiosques occupés par de petits commerçants, le sommet a été transformé en un lieu d’aisance pour les badauds. Des tentatives d’aménagement avaient été effectuées au lendemain de l’indépendance en 1963 et en 1978 avec notamment la construction d’une tribune de 600 places sur le flanc nord du site. Mais ces actions avaient été de peu d’envergure et elles n’ont pas empêché le Mamelon à se muer en lieu parfaitement insalubre, dans lequel ne se risquerait nul visiteur.
L’abandon dont avait été victime la colline était d’autant plus inexplicable que – et le chef de la mission culturelle de Sikasso le rappelle bien -, le Mamelon a été classé en 2009 au patrimoine culturel national en tant qu’élément du Tata, cette célèbre muraille qui entourait la cité et la protégeait contre les envahisseurs.
Fort heureusement les choses ont changé depuis peu. Le conseil municipal de Sikasso a introduit une requête auprès du Projet d’appui aux communes urbaines du Mali (PACUM) pour l’aménagement de cet important site dont la réhabilitation conférera un plus à la ville de Sikasso. Selon le chef de service technique de la mairie de Sikasso, Gaoussou Ly, un financement de 122 millions de f CFA a été obtenu du PACUM. Il permettra de revaloriser un patrimoine trop longtemps délaissé et relancera le tourisme dans la commune de Sikasso.
Les travaux à cet effet et qui ont commencé en mars dernier visent à aménager la colline du Mamelon et ses alentours, à reprendre les escaliers qui mènent au sommet où il sera construit une buvette et une loge de gardien. Il est également prévu le dallage et le gazonnage de l’esplanade au sommet ainsi que l’installation de banquettes pour les visiteurs et la construction de la Case des sofas. Un mur de 40 mètres de long sera érigé sur le flanc nord du Mamelon. Il servira de support pour une fresque qui retracera l’histoire du Kénédougou. Ainsi réhabilité et valorisé, le Mamelon aura tous les atouts pour devenir un point d’attraction majeur aussi bien pour les visiteurs étrangers que pour les autochtones qui trouveront là une occasion de se réapproprier leur Histoire.

F. DIABATÉ
AMAP-Sikasso

source : L Essor