Dans la société malienne, une jeune fille célibataire au-delà de 20 ans est déconsidérée et vit sous des pressions incessantes. Elle se retrouve entre la marteau de la pression familiale et l’enclume du regard de la société.

Notre société accepte très mal le statut de femme célibataire au-delà d’un certain âge. Nombreuses sont les jeunes femmes de plus de 20 ans qui souffrent du manque d’un mari dans leur vie. Elles sont accusées soit de ne pas vouloir se marier du tout, ou d’être trop ambitieuses en voulant attendre un prince charmant qui ne viendra jamais. Pour ces raisons, elles sont marginalisées et font parfois l’objet de tracasseries de la part de leur propre famille.

Cette mauvaise perception du célibat féminin contribue à aggraver davantage les conditions précaires dans lesquelles vivent les jeunes femmes avant leur mariage. Même celles qui arrivent à s’en sortir, avec un très bon travail et bien rémunéré, font les frais de l’hostilité farouche de la famille.

En effet, les femmes célibataires souffrent de l’absence de compréhension de la part de leurs parents. De plus, les frères voient d’un mauvais œil la présence tardive de celle qui doit normalement partir chez son mari. A tout cela, s’ajoutent les belles-sœurs qui les accusent souvent d’être à l’origine des conflits les opposent à leur belle-mère ou à leur mari, et acceptent difficilement leur présence.

« Arrêter de chercher l’homme idéal… »

Beaucoup de femmes célibataires rencontrent des difficultés. Parmi  celles-ci, figure Fanta qui vit difficilement son célibat. Agée de 29 ans, Fanta est la troisième fille et cinquième enfant d’une famille de dix enfants. Elle souffre d’être toujours célibataire à son âge. Ses frères et sœurs aînés sont tous mariés. « A galalen don », dit-on en bamanakan d’une femme célibataire au-delà de l’âge toléré.

« J’ai l’habitude d’être critiquée par les gens qui disent que j’ai dépassé l’âge de me marier, témoigne Fanta. Certains me conseillent même d’arrêter de chercher l’homme idéal et juste d’en choisir enfin un. Je supportais toutes ces critiques. Mais ce qui me fait très mal actuellement, c’est l’acte posé par ma famille, plus précisément par mon père. Mon jeune frère, fils de la coépouse de ma mère, a mis enceinte une fille dont la famille a exigé le mariage alors que mon frère ne travaille même pas. Ma famille a décidé de faire le mariage religieux afin que la fille et son bébé puissent déménager chez nous. Cela a été fait, mais j’en ai été la victime. »

Fanta raconte qu’elle a été désignée comme « balimamuso kuntigi », c’est à dire la cheffe de file des sœurs et cousines du marié. Ainsi, elle a effectué de grandes dépenses pour ce mariage. Cela n’était pas un problème, comme elle gagne bien sa vie. Mais c’est elle qui a été exclue de sa chambre pour faire loger le jeune frère et sa femme.

« A deux jours du mariage, mon père m’a appelé pour me dire que je ne suis qu’une fille célibataire. Et que, ne trouvant pas de mari, je devais maintenant libérer la chambre pour mon jeune frère et sa future femme. Je lui ai demandé où dormirais-je. Il m’a répondu que je devais régler ça avec ma maman. », raconte Fanta, les larmes aux yeuxElle poursuit : « J’ai donc ramassé mes bagages pour les amener dans la chambre de ma mère. Les jours où mon père dort chez la coépouse de ma mère, je dors chez ma maman, et quand c’est le tour de ma maman, je dois dormir au salon ».

Juste pour quitter la famille

Cette pression familiale est l’une des principales raisons pour lesquelles certaines femmes, comme Fanta, sont prêtes à dire « oui » au premier homme venu les demander en mariage. Sans aucune réflexion, juste pour quitter la famille.

Le premier à se présenter n’est pas forcément le meilleur. Il est nécessaire de se donner un temps pour mieux connaitre son futur conjoint. Rester longtemps célibataire est nettement mieux que de se marier juste pour divorcer quelques mois après.

De nos jours, beaucoup de femmes gagnent bien et honnêtement leur vie à la sueur de leur front. Mais, malgré tout, elles subissent des pressions énormes de la part de leur famille à cause de leur situation de femme célibataire. Le mariage est certes une bonne chose, mais quand on le fait sous la pression, il n’a plus de sens.

Source : Benbere