Criminalité à Fana : Le Procureur Diarra déplore 10 cas entre 2018 et 2021 ayant fait 9 victimes

Le Parquet et les services de sécurité travaillent d’arrache-pied pour anéantir le réseau de criminels qui sèment la terreur dans la ville de Fana depuis dans années. Dans cet entretien, le Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Fana, Boubacar Moussa Diarra fait l’état des lieux de la criminalité dans sa juridiction entre 2018 et 2021.

 

L’ALERTE : La ville de Fana est devenue tristement célèbre avec la multiplication des crimes. Qu’est-ce qui explique une telle fréquence des assassinats ?


Boubacar Moussa Diarra
 : Il est difficile que je puisse donner une réponse appropriée à cette question car la criminalité existe partout. Je l’ai souvent dit, à Fana, on ressort ces faits spécifiés par la nature des crimes de manière périodique mais la criminalité existe partout. Entre 2018 et 2021, Fana a enregistré 10 cas de criminalité ayant fait 9 victimes. Après le dernier crime, nous avons arrêté un suspect. Voilà, c’est la terminologie appropriée lorsque le parquet fait des interpellations. C’est bien spécifié par la loi que les personnes qui présentent des indices peuvent être poursuivies. Alors, pourquoi nous avons poursuivi la personne qui est entre nos mains dont l’arrestation a fait beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux. Il passait les nuits avec la victime. La victime passait la nuit dans la chambre et lui il passait les nuits dans antichambre. Après la victime, nous n’avions pas remarqué sa présence. Nous étions tous inquiétés parce qu’on ne savait pas s’il avait été tué aussi et emporté. Donc il fallait se préoccuper de savoir où il est passé. Parce que la nuit du crime, il était là et il a passé la nuit dans la chambre que la victime. C’est suite aux investigations que la population nous a aidés avec des renseignements jusqu’à son arrestation à Bamako. Nous l’avons amené. Au cours des investigations, nous avons compris qu’effectivement, il était là la nuit du crime et vers 3 heures du matin, étant couché dans antichambre, il aurait entendu les pas à l’intérieur de la cour. Donc, il aurait pris peur et serait sorti pour ensuite crier à l’assassin et prendre la tangente pour emprunter un car à environ 1 kilomètre du lieu du crime pour se rendre à Bamako. Et après, il ne n’est pas retourné ni alerté personne. Quand il est sorti, il n’a été ni à la police, ni à la gendarmerie, ni chez le maire, ni chez le chef du village. Il a poursuivi son chemin jusqu’à Bamako. Nous nous sommes montrés très curieux face à ces allégations. Nous avons estimé qu’il était très nécessaire de le déférer devant le juge d’instruction qui en ce moment poursuit les investigations. La presse locale à Fana avait approché le parquet et nous avons pu partager avec elle tous les éléments propres à informer la population sans entrer dans quoi que ce soit qui puisse entraver le bon déroulement de la procédure d’information judiciaire enclenchée.
De plus en plus, la population et surtout la jeunesse de Fana estime que les responsables sécuritaires ne jouent pas pleinement leur mission. Quel est le niveau de collaboration avec la population ?
Je suis surpris d’entendre que la jeunesse dénonce l’inaction des autorités parce que cette fois-ci, à ma connaissance, cela n’a pas été le cas. Parce que lorsque nous sommes venus à Fana, nous avons compris qu’il fallait créer un cadre de concertation avec les forces vives de la société par rapport à ces cas de crimes pour que chaque partie sache le degré de son utilité. Cela faisait 2 ans que nous n’avions pas connu un cas de crime avec décapitation. L’année dernière, au cours d’une réunion qui avait été recommandée par le ministre de la justice en son temps dans un cadre de concertation avec la société civile, chaque composante s’est engagée dorénavant à coopérer pour que chacun joue son rôle lorsque les crimes sont commis, qu’on puisse avoir les renseignements. C’est pourquoi cette fois-ci, la population n’est pas restée en marge parce que c’est elle qui nous a permis d’avoir les renseignements pour interpeler la personne que nous avons sous la main. Après au sein de la jeunesse de Fana, il y en qui étaient informés par une correspondance. Ils se sont réunis à quelques reprises de manière très professionnelle pour dégager leur rôle à travers une stratégie de complémentarité des autorités dans cette mission. Franchement, il n’y a vraiment pas de problème entre les autorités de Fana et la jeunesse. Un plan d’action est dégagé par la jeunesse et ce plan d’action, c’est véritablement l’outil qui va peut-être apporter beaucoup de contribution à la police, à la gendarmerie et de manière générale aux autorités judiciaires pour pouvoir à l’avenir maîtriser tout ce qui se passe dans le cadre des atteintes à l’intégrité physique des personnes et de manière générale.
Quel message avez-vous pour la population de Fana ?
Un grand merci à la population pour son implication dans la lutte contre l’insécurité à Fana. Elle a été déterminante dans le cadre du renseignement. Ces crimes touchent à tout le monde, les autorités ainsi que la population. Les dernières polémiques sur les réseaux sociaux nous ont prouvé que ces crimes ont touché tout le Mali à l’intérieur et à l’étranger car nous avons eu échos des réactions des Etats-Unis, de l’Europe et même de l’Asie. Il est important qu’on soit vigilant avec un accent particulier sur le renseignement. Cela demande une collaboration entre non seulement la justice et les services de sécurité mais également entre la population et les autorités. Voilà des actions qui pourront aider la police judiciaire à prévenir certaines situations et dans le pire des cas à constituer des scènes.
Propos recueillis par Seydou DEMBELE
Source : L’Alerte

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