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Chronique cinéma: Le tocsin, pour mettre un peu d’ordre

Le cinéma malien traverse une phase peu performante de son existence. Les animateurs de cet art qui a apporté tant de lauriers au pays, peinent aujourd’hui à exister dans le gotha africain.


Ils s’en préoccupent et cherchent, avec l’appui de l’état, à relancer la filière pour retrouver les splendeurs de son âge d’or.
En réalité, cet âge d’or n’a existé que grâce à l’abnégation et au talent des pionniers, en l’absence de structure adéquate à même de leur prêter main forte. Du SCINFOMA (Service cinématographique du ministère de l’information de 1960 à 1979) en passant par son successeur, le CNPC (Centre national de production cinématographique de 1979 à 2005) pour en arriver aujourd’hui au Centre national de la cinématographie du Mali (CNCM), ces structures étatiques chargées de l’organisation et de la promotion du cinéma, ont été d’un apport infime à leurs prestations.
C’est à la sueur de leur front que ces grands réalisateurs ont conçu des chefs-d’œuvre qui ont fait la gloire du Mali. Aucun fonds d’aide, ni étatique ni privé, n’était disponible.
Il fallait alors frapper aux portes qui s’offraient. Elles étaient bien souvent du côté des partenaires occidentaux. L’accueil n’était pas toujours garanti et les élus devaient fermer les yeux sur certaines conditionnalités pas très orthodoxes imposées par le donateur.

Malgré tout, ces appuis extérieurs avaient le mérite d’exister et les cinéastes s’en servaient tant que les portes leur étaient ouvertes. Ce qui n’est plus souvent le cas en cette période de croissance pas loin du zéro où les budgets d’aide, surtout à la culture, se raréfient.
Alors, on sonne le tocsin pour mettre un peu d’ordre dans ce pataquès. Les espoirs se fondent sur la toute nouvelle structure, le Fonds d’aide à l’industrie cinématographique (FAIC). Au delà des 6 milliards de FCFA promis par l’état, le ministère de la Culture et le directeur général, Bréhima Moussa Koné, commencent à s’organiser pour trouver des ressources pérennes indispensables à la réalisation de ses objectifs. Le colloque organisé les 12 et 13 novembre 2019 sur « la problématique du financement du cinéma » est une première démarche qui a donné des idées constructives.
L’expertise de professionnels maliens et de compétences du Burkina Faso, de la Guinée, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal qui y ont participé, a permis de définir des axes pouvant permettre de flouer les caisses du Fonds et rendre ses recettes pérennes.

Parmi les solutions préconisées, figurent principalement les prélèvements fiscaux et parafiscaux. On entre en ce moment dans le domaine du ministre de l’économie et des finances à qui le conseil des ministres a demandé, lors de sa session du 22 décembre 2016 au cours de laquelle a été adopté le projet de création du FAIC, « de poursuivre, en liaison avec le ministre de la Culture, la réflexion pour préciser les modalités pratiques de financement et de gestion de ce Fonds ».
Un coup d’accélérateur a été donné à cette injonction par le colloque qui a convié le grand argentier de la République à soutenir l’idée de prélèvements fiscaux et favoriser l’émergence d’instruments législatifs et réglementaires. Il est allé jusqu’à identifier des domaines publics et privés pouvant faire l’objet de prélèvements et qui seront soumis à l’appréciation du chef du Gouvernemente.
Le recours au financement des banques et autres institutions financières est suggéré. Pour faire face aux exigences de garantie exigées, le colloque a conseillé la création d’un fonds de garantie.
Cette initiative pourrait vivement intéresser le secteur privé. Ne voyant pas, jusque là, l’opportunité de rentabilité financière dans ce secteur du cinéma, il rechigne à y investir. Une action de grande envergure est préconisée à cet effet pour « concevoir un business plan visant à prouver la capacité du cinéma à créer des emplois et à contribuer au développement économique ». Des démarches doivent être effectuées auprès du Conseil national du patronat malien (CNPM) pour sa participation à cette sensibilisation.
Le cinéma malien a presque le même âge que la République. Il s’est fait une renommée internationale par le génie et la sueur de ses cinéastes. Par contre, un fonds d’aide est une démarche inédite dans le paysage cinématographique malien.
Sa concrétisation ne peut se faire sans la poursuite de la volonté affichée par l’état qui préside à sa création, loin du carcan administratif qui risque de l’étouffer prématurément.

Source: Journal l’Essor-Mali

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