Le Mali, pays d’élevage par excellence, est l’un des plus grands pourvoyeurs de bétail en Afrique. Selon des données de 2010, notre pays est aussi le deuxième de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), après le Nigeria et l’un des principaux producteurs de cuirs et peaux. La production nationale en cuirs et peaux est estimée à quatre millions d’unités dont 3,5 millions proviennent des ovins et caprins.

Malgré ce potentiel, la filière est sous-exploitée à cause de la faiblesse de la transformation des produits. La transformation est l’œuvre des artisans. Ce qui représente une infime partie de la production nationale dont le gros prend le chemin de l’extérieur.

En tant que sous produits d’abattage, les peaux et cuirs constituent la matière première et une source de revenus stables pour des dizaines de milliers d’hommes et de femmes de chez nous. C’est le cas de certains cordonniers de la Maison des artisans de Bamako et des femmes qui les ravitaillent en cuirs et peaux.

Il est 10 heures, ce vendredi, quand nous arrivons à la Maison des artisans de Bamako. En certains endroits, vendeurs et clients négocient les prix. Juste à l’entrée nord, sont installés des vendeurs de cuir. Ici, vieux et jeunes, assis sous des hangars, s’échinent à transformer les peaux de bête en objets d’art. L’odeur fétide dégagée par le cuir envahit l’atmosphère et agresse les narines des passants. Mais ces artisans ne semblent pas s’en faire.

Baba Diawara, âgé d’une cinquantaine d’années, est l’un de ces cordonniers. Affable, il sourit aux passants comme pour les inviter à jeter un coup d’œil à ses articles. Le quinquagénaire, qui dit avoir hérité ce métier de ses parents, travaille ici depuis plus de 10 ans. Une profession qu’il envisage de transmettre, à son tour, à ses enfants et petits enfants, en leur enseignant le travail de la peau et en leur apprenant à distinguer les différents types de cuir.

L’homme explique qu’il utilise, dans le cadre de ses activités, trois types de cuirs : du bœuf (box), du mouton (basane ou chagrin) et de la chèvre (maroquin). Des matières premières bien tannées et mieux préparées qu’il achète auprès des femmes avant de les transformer en articles divers qu’il vend. Notre artisan fabrique ainsi des amulettes, des ceintures, des fourreaux pour couteaux et sabres et d’autres objets utilitaires. Les prix varient en fonction de la qualité du cuir. Les peaux de mouton et de chèvre coûtent 3.000 Fcfa l’unité, contre 10.000 à 15.000 Fcfa  pour une peau de bœuf.

Malgré le prix d’achat des peaux, jugé élevé, ces cordonniers semblent tirer leur épingle du jeu. En témoignent les propos du vieux Diawara qui reconnaît que le marché est souvent rentable. «En temps de grande vente, nous pouvons écouler en une semaine, beaucoup d’articles confectionnés à base de cuir de mouton ou de chèvre. Par contre, nous pouvons faire un à deux mois avant d’écouler ceux confectionnés en peau de vache ».

Les amulettes sont vendues entre 500 à 1500 Fcfa et les ceintures entre 1000 et 1500 Fcfa l’unité. Si dans le temps, les recettes journalières pouvaient atteindre 3000 à 5000 Fcfa, aujourd’hui, elles varient de 2000 à 3000 Fcfa. « Je remercie le bon Dieu, car grâce à ce métier, je nourris bien ma famille, paie mon loyer sans grande difficulté », se réjouit notre cordonnier.

La situation semble, par contre, plus compliquée pour les vendeuses de peaux qui sont les principaux fournisseurs des cordonniers. Juste à côté de ces derniers, se trouvent des femmes. «Nous sommes 90 femmes à pratiquer ce métier depuis des années. J’habite à Baco-Djicoroni, ce métier nous permet de subvenir à nos besoins de base. Certaines d’entre nous sont des veuves, d’autres vivent dans des situations sociales difficiles », explique Mme Aïchata Diakité.

Notre interlocutrice évoque la pénibilité de l’activité, avant de déplorer sa rentabilité. «Nous allons dans des localités éloignées pour acheter des peaux à raison de 300 Fcfa l’unité. Souvent, il y a des peaux déchirées ou en mauvais état. Nous transportons les peaux à pied jusqu’à Baco-Djicoroni. Ensuite, nous les trempons dans des produits pour le tannage. Ensuite, nous les revendons tannées et bien préparées à 600 Fcfa. Le gain est presque insignifiant comparé aux efforts fournis. » Malgré les difficultés, le métier semble nourrir son homme.

FC/MD

Source: Amap