Le droit à l’éducation des filles doit demeurer une préoccupation majeure au Mali. A travers l’histoire d’une de ses anciennes élèves, l’enseignant Abdoulaye Danioko plaide pour davantage d’égalité filles et garçons à l’école.

 

En 2016, pendant que je servais comme enseignant dans le village de Kabaté, dans la commune de Colimbiné (Kayes), l’histoire d’une fille admise à l’examen du Diplôme d’études fondamentales(DEF) m’a choqué. Elle a été retirée de l’école pour être mariée, sous la pression de sa famille.

Très intelligente, cette écolière, que j’ai encadrée, figure parmi les premières filles à décrocher le DEF dans cette école de Kabaté depuis sa création. Après son admission, Koumba (prénom) a été mariée de force.

« Les filles pour le foyer »

Dans sa publication du 27 septembre 2019 sur Les causes et conséquences des discriminations des filles face à l’éducation, Plan international indiquait qu’au moins 132 millions de filles âgées de 6 à 17 ans étaient encore privées d’accès à l’éducation en 2018 dans le monde entier. « 63% des adultes analphabètes sont des femmes, et 12 millions de filles sont mariées de force avant l’âge de 18 ans chaque année », pouvait-on lire.

Au Mali, dans certaines communautés, on ne transige pas sur la question. Des mentalités y font croire que « les filles sont faites pour le foyer et non pas pour étudier. » Pis, la jeune fille n’a pas droit à la parole sur son propre avenir.

Koumba est née à Pointe-Noire, en République du Congo, de parents maliens vivant dans ce pays de l’Afrique centrale. Elle qui rêvait de devenir économiste a rejoint le village avec sa mère pour continuer ses études. Une fois au Mali, elle est privée de son droit à l’éducation pour un mariage.

« Je n’avais pas su qu’en arrivant au Mali, mes études allaient prendre fin, moi qui rêvais de devenir une économiste de renom », confie Koumba, devenue aujourd’hui femme au foyer et que j’ai rencontrée il y a quelques mois.

Maîtriser l’éducation des filles

Des collègues enseignants encore en poste dans la localité, que j’ai  contactés, m’ont expliqué que selon des chefs de famille « les filles qui font de longues études et obtiennent de grands diplômes ne se soumettent pas à leurs maris. Elles ont toujours en tête de vouloir dominer dans le foyer ».

L’un des parents d’élèves à qui j’ai parlé après de longues tractations sur le sujet de la scolarisation de la jeune m’a confié pour sa part : « C’est une façon à nous de maitriser l’éducation de nos filles. Pour nous, savoir lire et écrire suffisent largement ».

Cet autre parent d’élèves, qui a fait de la scolarisation des filles son combat, pense qu’il faut une «large sensibilisation pour faire comprendre aux populations que les réalités des années soixante ne sont plus celles que nous vivons aujourd’hui au 21e siècle.»

Impliquer les migrants

Les jeunes filles et garçons doivent avoir les mêmes chances d’accès à l’éducation. Déjà dominée par la gente masculine, la jeune fille malienne fait face à plusieurs défis comme le mariage précoce.

Le gouvernement doit durcir le ton sur la question de la scolarisation des filles en faisant voter des lois qui répriment ceux qui s’opposent aux études de la jeune fille.

Pour mettre fin au phénomène, il faut surtout impliquer les migrants dans la sensibilisation des communautés villageoises dans la région de Kayes. Supportant pour la plupart les dépenses familiales, ils sont écoutés et peuvent influer sur des décisions familliales.

Source : Benbere