Recrudescence de la violence universitaire: l’appel des recteurs des cinq universités aux autorités

Face à la croissance de la violence dans l’espace universitaire, depuis plusieurs années, avec son cortège de blessés et de pertes en vies humaines, les cinq recteurs des universités publiques du pays ont animé une conférence de presse vendredi dans la salle de réunion de l’USJPB, pour interpeler les autorités de la transition. Dans une déclaration commune adressée aux autorités de la transition, les recteurs sollicitent et encouragent le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, en collaboration avec ses homologues de l’Éducation nationale, de la Sécurité, de la Justice et de l’Administration territoriale, à prendre des mesures énergiques immédiates face phénomène.

 

Les universités transformées en champs de bataille en lieu et place d’espace d’acquisition du savoir, l’AEEM transformée en refuge de brigands s’oppose à toutes les normes et règles de fonctionnement des universités dans le seul but de défendre les intérêts égoïstes de quelques individus. Des étudiants exclus par conseil de disciple reviennent narguer le personnel enseignant et administratif.
Nous vous proposons l’intégralité de la déclaration des responsables des IESR à propos des violences dans l’espace universitaire
À Monsieur le Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique,

Monsieur le Ministre,
Nous, Recteurs des Universités publiques du Mali, venons par la présence attirer votre attention sur les violences qui sont devenues endémiques dans nos différentes structures.
En effet, depuis plusieurs années, nos facultés et instituts sont devenus des champs de bataille entre les étudiants pour les postes de responsabilité au sein de leur organisation, l’Association des Élèves et Étudiants du Mali (AEEM). À ce jour il n’y a pas une université qui soit épargnée par ces actes de violence.
Des pistolets artisanaux, des machettes, des couteaux, des marteaux, ceinturons, des gourdins, des barres de fer, des ciseaux, des tournevis, des lance-pierres, des bonbonnes de gaz neutralisant sont devenus les nouveaux outils d’étudiants qui ont remplacé les stylos et les livres. Le crépitement des balles, le recours à des loubards qui n’ont aucune attache avec l’université font partie de la nouvelle donne dans la mise en place des comités AEEM et le choix des responsables de classes. La question qui se pose est de savoir si nous sommes encore dans les universités ou sur les champs de bataille. Sommes-nous avec les étudiants ou les terroristes ?
Le constat est hallucinant. Citons quelques faits :
Pour ne pas remonter très loin, on peut rappeler, entre autres, la mort de 4 étudiants en 2012 avec en prime une dizaine de blessés graves lors d’affrontements entre les étudiants ;
Le 23 janvier 2017, un étudiant du département d’Enseignement et de Recherche Études germaniques a été assassiné par ses camarades. Sans être inquiétés, les assassins ont pris place dans la voiture à bord de laquelle ils étaient arrivés pour commettre leur forfait et sont repartis. La même année, un étudiant de la FDPRI est abattu par balle. L’année suivante, en décembre 2018, un autre étudiant est assassiné par coupe-coupe dans la même faculté.
À l’Université des Lettres et des Sciences Humaines de Bamako, un enseignant est molesté par un groupe d’étudiants armé de gourdins.
À la faculté d’Histoire et de Géographie, un étudiant a été froidement abattu par balle à bout portant le 4 juillet 2019 lors de l’élection des responsables de classes. Dans la même faculté, la même année, les étudiants, membres du comité AEEM, en grands maitres, ont dérobé le plus gros des taureaux achetés par enseignants pour célébrer la fête de Ramadan. Ils l’ont égorgé et ont partagé la viande entre eux.
Cette liste est loin d’être exhaustive, Monsieur le Ministre.
Plus récemment, lundi 12 octobre 2020, les membres du comité AEEM de l’IUG et de la FST se sont illustrés par des violences d’une extrême gravité avec encore l’assassinat d’un étudiant et plusieurs blessés graves.
Au-delà des tueries et coups et blessures, les agressions contre les enseignants sont monnaie courante. Le personnel administratif de L’UISJPB a été agressé au nom d’un principe non écrit qui veut l’imposition du « droit de passage » pour les responsables du comité AEEM. Ces actions s’accompagnent généralement de la prise en otage des évaluations sous divers prétextes fallacieux.
À longueur de journée, les administrateurs au niveau des universités sont victimes d’insultes et de menaces des étudiants. Beaucoup d’enseignants et membres du personnel administratif et technique ont vu leurs véhicules endommagés du fait de la violence des étudiants, membres des comités AEEM : roues crevées, pare-brise cassé, etc.
Ces actes inqualifiables font que les Enseignants, administrateurs, étudiants viennent toujours à l’université angoissés. La violence est devenue un principe régulateur d’une sorte de mode de gouvernance que l’AEEM veut imposer aux autres acteurs du système éducatif que sont les enseignants et les autres étudiants. Elle a pris des proportions très inquiétantes, voire mafieuses.
Aujourd’hui, les établissements d’enseignement supérieur et de recherche sont devenus des espaces d’affrontements armés, des terrains de violences aveugles. Cette situation est bien loin des fonctions traditionnelles et essentielles de l’école qui sont la transmission du savoir, du savoir-faire et du savoir-être, la préparation à l’exercice d’un métier.
La situation chaotique dans laquelle nous sommes nous interpelle tous. C’est fort d’une analyse lucide des questions de violence que nous, responsables des Instituts d’Enseignement supérieur et de Recherche publiques, notamment les 5 universités du Mali sollicitons et encourageons le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, en collaboration avec ses homologues de l’Éducation nationale, de la Sécurité, de la Justice et de l’Administration territoriale à prendre des mesures énergiques immédiates face aux violences dans l’espace universitaire.
Nous proposons à court terme, la mise en œuvre des recommandations du FORUM sur l’insécurité dans les établissements scolaires et universitaire tenu en janvier 2018, notamment :
-La mise en écart de l’AEEM de la gestion des parkings, des résidences universitaires, et autres œuvres sociales universitaires ;
-l’ouverture dans les meilleurs délaie des postes de sécurité au niveau de la colline de Badalabougou ;
-l’évacuation de tous les occupants non étudiants des résidences ;
-la traduction en justice de tous les auteurs des récents crimes ;
-le suivi, le contrôle et l’application de ces différentes mesures par les autorités universitaires et les forces de sécurité ;
-la mise en place d’une commission de réflexion sur le syndicalisme estudiantin.
Au-delà, nous suggérons la suspension de toutes les activités de l’AEEM dans tous les établissements scolaires et universitaires, au moins pendant la période de la transition. Cette suspension devra être mise à profit pour engager une réflexion sur le syndicalisme estudiantin, l’accompagnement des élèves et étudiants dans la mise en place de nouvelles règles d’organisation et de fonctionnement de leur association, avec la participation des partenaires de l’école.
Nous, signataires de la présente déclaration, en accord avec nos collègues et administrés, invitons les hautes autorités de la transition à répondre favorablement à cet appel pour l’Histoire, car, nous estimons qu’éducation et violence ne pourront jamais marcher ensemble. La refondation de l’État, que nous appelons de toutes nos forces, se réalisera d’abord à l’École, une École pacifiée, avec des étudiants disciplinés et studieux, soucieux de bien se former, pour eux-mêmes d’abord, leur famille et toute la nation malienne.
Fait à Bamako le 23 octobre 2020
Recteur de l’Université des sciences juridiques et politiques de Bamako
Recteur de l’Université des sciences techniques et des technologies de Bamako
Recteur de l’Université des sciences sociales et de gestion de Bamako
Recteur de l’Université des lettres et des sciences humaines de Bamako
Recteur par intérim de l’Université de Ségou.

Source : INFO-MATIN

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