Université malienne : la licence doit être professionnalisée

Après l’université, les étudiants maliens sont nombreux à rechercher désespérément un emploi correspondant à leur diplôme. Pis, ils n’ont même pas la chance d’obtenir un stage de qualification pour se performer. 

 

Il est loin le temps où les étudiants maliens étaient des privilégiés. Aussitôt les études universitaires terminées, Ils étaient sollicités lors des différents recrutements dans la fonction publique et ailleurs. Mais depuis l’intégration du système « licence-master doctorat » (LMD) dans l’enseignement supérieur est venu tout chambouler.

A l’origine, le système LMD devait permettre aux étudiants de poursuivre leurs études jusqu’au doctorat. Également, son objectif était d’aligner notre système universitaire sur celui d’autres pays, qui accueillent nos étudiants. Malheureusement, ce système, mal intégré dans nos universités, est en déphasage avec les réalités du marché de l’emploi.

Inadéquation entre offre et formation

La grande majorité des établissements d’enseignement supérieur n’offre qu’un court cycle de trois années d’études sanctionné par le diplôme universitaire de licence. Ce diplôme ne permet pas aux nombreux étudiants de faire prévaloir les compétences nécessaires pour postuler à l’emploi correspondant, déplore plusieurs étudiants. « Trois années d’études avec les programmes et matières dispensés dans nos classes, cela n’offre qu’une formation de base », estime Boubacar Coulibaly, détenteur d’une licence de la Faculté des sciences et techniques de Bamako (FST)

Le problème se trouve ailleurs, selon Fousseyni Diarra, étudiant en master à l’École normale d’enseignement technique et professionnel (ENETP). « Depuis 2014-2015, les détenteurs de la licence sont considérés comme cadres A dans les différents recrutements. Ce qui fait que les entreprises craignent leur poids salarial. Même l’ État en demande peu dans les différents concours d’entrée à la fonction publique », affirme-t-il.

Etablissements privés hors de portée

Les autres établissements, qui offrent des formations au-delà de la licence, découragent malheureusement en raison des frais de formation proposés. Ils demeurent insupportables pour la plupart des étudiants qui ont des conditions financières modestes. « Quand je finissais ma formation à la FST, il fallait payer 850.000 Francs CFA par cycle pour faire un master. C’est-à-dire un total de 1.700.000 FCFA pour les masters I et II », nous confie toujours Boubacar Coulibaly.

« Comment comprendre que dans une université publique, les frais de formation puissent s’élever à plus d’un million. Sérieusement, c’est abusé », s’insurge Maimouna Diarra, étudiante à la Faculté de droit privé de Bamako.

Pour ces raisons, des milliers d’étudiants maliens se retrouvent bloqués avec leur seul diplôme de licence, qui ne leur permet ni de postuler à un concours de la fonction publique ni d’être sollicités par les entreprises privées. Pis, ils sont privés même de simples offres de stage professionnel.

Ils sont nombreux à abandonner les études faute de moyens. Certains d’entre eux décident d’exercer des métiers dans le secteur informel, comme ce fut le cas de mon oncle maternel, détenteur d’une licence de géographie. Ils vont à la recherche de moyens financiers pour continuer à financer le reste de leurs études. Hélas, ils ne reviennent plus jamais sur les bancs de l’université!

Qualifications nécessaires 

Puisque nous sommes déjà dans le système et qu’il serait difficile d’en ressortir, il convient de faire en sorte de l’adapter aux réalités du marché de l’emploi.

Soit un détenteur de llicence redevient un cadre B2 dans le corps de recrutement de la fonction publique ou du privé. Soit on convient de le considérer comme un cadre A avec tous les avantages, l’assurance et le plein accompagnement de l’État et des organismes du secteur privé, nous propose enfin Fousseyni Diarra.

Pour sa part, Boubacar Coulibaly recommande de « professionnaliser nos diplômes de licence ». Pour qu’après ce cycle d’études, les étudiants puissent disposer des qualifications nécessaires pour postuler à un emploi et l’exercer. Il ajoute qu’à défaut de cela, les universités peuvent sélectionner un bon nombre parmi les étudiants qui ont prouvé leur mérite durant le cycle d’études et leur offrir l’opportunité de poursuivre les études en master.

Source : Benbere

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